Août 1942 (7/7)
26 août
Sardaigne
Peu après minuit, la Force d’attaque alliée commandée par l’Amiral Rawlings (RN) commence à bombarder le port de Cagliari. Le cuirassé MN Richelieu et les croiseurs lourds HMS Exeter, MN Algérie et USS Tuscaloosa pilonnent le port jusqu’à 02h00.
A l’aube, les B-25 des 11e et 31e EB, escortés par les Mustang II de la 5e EC et les P-51A/B des 33e et 79e FG attaquent les terrains entourant Cagliari.
Sicile
Comiso et Messine sont attaqués par les DB-73 français de Malte (23ème et 25ème EB) et par des B-25 et B-26 américains (12ème et 340ème BG pour les premiers, 17ème, 319ème et 320ème BG pour les seconds). Des chasseurs français, anglais et américains basés à Malte, Gozo et Pantelleria les escortent.
Ces deux puissantes attaques se heurtent à une réaction désespérée des chasseurs de la Regia Aeronautica. Celle-ci perd 17 avions contre six bombardiers et sept chasseurs alliés. Au sol, les terrains du complexe de Comiso ont beaucoup souffert, peu après ceux de Trapani.
Péloponnèse
Mégare est à nouveau attaquée, cette fois par 36 B-25B/C français de la 12ème EB et 48 Beaumont des 234ème et 237ème Bomber Wings de la RAF, couverts par une escorte massive : 48 Hurricane II des Sqn 3, 335(H), 336(H) et 450 (RAAF), 24 Kittyhawk des Sqn 94 et 260, 24 Spitfire V des Sqn 112 et 250 et 16 Mustang II du GC III/6. La Luftwaffe réagit de toutes ses forces. Les Alliés perdent 3 bombardiers (2 Beaumont et 1 B-25), ainsi que 3 Hurricane et 3 Kittyhawk (les deux types sont en cours de remplacement dans les forces alliées), 1 Spitfire et 1 Mustang. La JG-27 perd 4 Bf-109F.
Grèce du nord
La zone entre Larissa et Volos est assaillie par les NA-73 et les NA-92 FGA de la 13ème EC lors de plusieurs opérations “Mandragore”. Onze appareils allemands et italiens sont détruits au sol, ainsi que deux Bf-109F qui tentent d’intercepter les chasseurs de North-American à très basse altitude. La 13ème EC perd trois avions (deux abattus par la Flak et un en combat aérien).
Yunnan (Chine)
De multiples reconnaissances ont permis à l’Armée Impériale de localiser la plupart des onze aérodromes alliés au Yunnan. Une véritable offensive aérienne mobilisant d’importants moyens a été déclenchée, avec des centaines de sorties et une débauche de bombes qui pèsera bientôt sur les capacités offensives japonaises. Cependant, ces bombes n’ont pas été dépensées en vain.
Les premiers jours, les attaques des Ki-45 Toryu ont permis de reconnaître les aérodromes principaux. Puis, les bombardiers Donryu ont effectué de nombreuses missions, détruisant notamment des réserves de carburant sur les terrains Y-2 et Y-4.
Le plus grand succès est remporté le 26 : 6 B-26, 3 P-38, 4 B-17F et 3 CB-17 de transport de carburant sont détruits au sol. La réaction de la chasse américaine coûte aux Japonais 7 Ki-49 Donryu, 3 Ki-45 Toryu, 8 Ki-43 Hayabusa et 2 Ki-44 Tojo en échange de 12 P-40 et 2 P-38, mais les actions de la CATF au Yunnan resteront le plus souvent limitées à des reconnaissances et à du harcèlement durant les mois suivants.
Mer de Corail
Dès son arrivée à Port Moresby, le DD HMAS Arunta reçoit l’ordre de rejoindre Nouméa. En route, il doit retrouver les DD HMNethS Witt de With et Van Nes. Les trois navires se connaissent bien, ayant travaillé ensemble pour escorter des convois entre Brisbane et Port Moresby.
Piste de Bulldog (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
Dans une manifestation de bon sens pas si fréquente dans une armée, quelle qu’elle soit, l’état-major australien décide de confier le commandement de la défense de Bulldog au capitaine Minchin, du fait qu’il en sait plus que quiconque sur l’ennemi et le pays. En face, comme Minchin le pense, les Japonais, qui sont environ 200 (contre peut-être 120 combattants australiens), sont à court de ravitaillement, épuisés et malades.
Ce sont pourtant ces presque agonisants qui attaquent. Leurs premières reconnaissances frontales se heurtent à des feux croisés de mitrailleuses et à deux contre-attaques décidées. Cette réponse énergique déconcerte les Japonais, qui décident de prendre une journée pour se réorganiser.
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Après avoir regroupé et réparti les hommes entre les unités, après leur avoir donné une demi-journée de repos et un repas chaud (le premier depuis longtemps pour la plupart d’entre eux), l’avance reprend. Les Japonais vont vite, laissant derrière eux des cadavres mais guère plus.
Guadalcanal
Les vedettes d’Iishi sont utilisées pour établir deux postes d’observation d’une douzaine d’hommes chacun sur l’île de Savo.
Côte Orientale de l’Australie
Opération Oni, Phase 3e (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)
13h00 – L’I-57 aperçoit le convoi de troupes au nord de Wollongong, mais si celui-ci vient plus ou moins dans sa direction, il est couvert par plusieurs avions et ceux-ci obligent le sous-marin à plonger bien avant d’avoir atteint une position d’interception optimale. Son commandant n’hésite pas à prendre des risques et réussit à s’approcher en plongée à environ 8 500 mètres. Il se trouve sous un angle défavorable, mais décide néanmoins d’attaquer en raison de la grande valeur de l’objectif.
13h50 – L’I-57 tire huit torpilles Type 89 réglées à 35 nœuds (pour une portée maximale de 10 000 mètres), visant le croiseur HMS Bermuda. Les vigies du croiseur aperçoivent les sillages et le Bermuda abat brutalement sur tribord, tout en lançant un message d’alerte. L’une des torpilles expose dans le sillage du croiseur ; le choc provoque une légère voie d’eau et déforme une hélice, entraînant des vibrations de l’arbre qui limitent la vitesse du bâtiment à 22 nœuds. Le reste de la salve est évitée.
L’I-57 a observé la gerbe d’eau soulevée par l’explosion et l’équipage est persuadé d’avoir touché le croiseur. Il lui faut maintenant s’enfuir, mais en plein jour, sous un ciel parcouru d’avions, il ne peut espérer le faire qu’en plongée, à 8 nœuds et avec des batteries déjà fatiguées par une approche difficile. Or, les DD Napier et Nizam sont déjà en train de foncer dans la direction d’où sont venues les torpilles. Ils ont été mortifiés par la destruction impunie de l’un des paquebots confiés à leur garde et, avec l’aide de plusieurs avions, ces vétérans de la lutte ASM en Méditerranée vont s’acharner toute la fin de la journée et une grande partie de la nuit.
Vers 03h00, l’I-57, à bout de batteries, fait surface, espérant profiter de l’obscurité et du mauvais temps pour se dégager, mais cette fois les radars des destroyers le dépistent et c’est l’hallali. Canonné, le sous-marin tente de replonger, mais il est exécuté par une salve de grenades du Napier alors qu’il est à faible profondeur. Il émerge une dernière fois quelques instants avant de sombrer. Les Australiens retrouveront deux survivants, dont un officier.
27 août
Nord de la France
Un nouveau sweep de grande envergure vise les terrains des JG-2 et JG-26 au nord de la Seine. L’attaque associe des bombardiers lourds (B-17) et moyens (Beaumont) avec des frappes de chasseurs-bombardiers Tornado. La Luftwaffe se défend énergiquement et les FW-190 abattent neuf avions (cinq Spitfire, deux Tornado et deux Beaumont) mais perdent sept des leurs. Le commandant du JG-2, Walter Œsau, est lui-même abattu et blessé après un duel de cinq interminables minutes avec le commandant du GC II/1, Christian Martell.
Sicile
Agrigente et Porto Empedocle sont les cibles du jour. Les Beaumont de la RAF, les DB-73 de l’Armée de l’Air et les A20C de l’USAAF s’acharnent, escortés par 228 chasseurs. La Regia Aeronautica ne réagit plus. Malheureusement, le bombardement d’Agrigente touche des quartiers résidentiels, et plus de 700 civils sont tués ou blessés.
Italie du Sud
Brindisi est attaqué par 18 DB-73 et 18 Bristol Beaumont venus de Zanthe, escortés par 16 Mustang I, 16 Hawk-87 et 16 Mustang II en couverture haute.
Rome
En fin de soirée, Mussolini rencontre plusieurs chefs fascistes de haut rang (Scorza, Farinacci, Grandi) pour réfléchir à la situation intérieure italienne. En effet, les protestations contre le régime s’amplifient chaque jour davantage. Des grèves locales contre la poursuite de la guerre ont eu lieu dans le nord du pays, même dans certaines usines de la FIAT. Autour de la table du conseil, l’humeur est sombre, mais Farinacci réclame que le gouvernement et le Parti fassent preuve de « la dernière vigueur contre les défaitistes et les communistes. »
Grèce
Les SBD-3 de l’Aéronavale attaquent le port du Pirée, sous la protection des Mustang II du GC III/6 et des Spitfire V du 243ème Wing. Le dragueur de mines italien RD-22 est coulé, ainsi que trois caboteurs et cinq ferries Siebel. La Luftwaffe abat un Spitfire V et un Mustang II, mais perd deux Bf-109F. Cette attaque est la dernière effectuée par les SBD-3 des Flottilles AB12 et AB16. Les deux unités quittent discrètement K1 pour se joindre aux autres forces déployées de Malte en vue de Torch.
Leivadia et Corinthe sont attaquées par la Force Aérienne de Mer Egée, qui perd cinq avions et abat trois chasseurs ennemis (deux Bf-109F et un MC-202).
Les Mustang I français basés à Lesbos poursuivent pendant ce temps leurs raids à basse altitude contre les terrains allemands de la région d’Athènes. Ils abattent cinq Bf-109F et deux MC-200 pour la perte de trois avions.
Dans la soirée, le Major Neumann, commandant du JG-27, lance au Feld-Maréchal Kesselring un appel à l’aide : « Je n’ai même plus quarante chasseurs opérationnels, et mes pilotes sont épuisés. Les Italiens font ce qu’ils peuvent, mais ce n’est plus grand chose – et encore, ils ne se sont pas gênés pour me dire que leur place serait plutôt en Sicile qu’en Grèce. Il nous faut des renforts ! » Mais Kesselring ne peut rien faire. La plupart des chasseurs de la JG-53 ont été redéployés en Roumanie pour protéger Ploesti – les puits de pétrole et les raffineries ont terriblement souffert sous les attaques des semaines précédentes, et l’OKW a bien précisé qu’il n’était pas question que pareille catastrophe se reproduise. Quant aux 84 chasseurs du JG-77 (Xème FliegerKorps), ils doivent protéger le nord de la Grèce et la Bulgarie.
Piste de Bulldog (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
Les Japonais lancent leur habituelle manœuvre d’enveloppement, mais ils se heurtent à des Australiens qui se sont eux-mêmes installés la veille au soir sur les flancs japonais. Désorientés, les Japonais vont devoir nettoyer leurs flancs pendant trois jours, qui verront de féroces combats par petits groupes de deux ou trois hommes. Soudain, ils se retrouvent sur la défensive, juste ce que souhaitait Minchin.
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Alola est atteint après treize km de piste éreintants. A cet endroit, la piste de Kokoda se divise en deux : la branche nord-ouest se dirige vers Isurava, Deniki et Kokoda, la branche nord-est vers Fila et Kobara ; Kokoda et Kobara sont reliés par une piste qui part ensuite vers l’est, Oivi et Wairopi. La RAAF bombarde Wairopi, point clé de la ligne de ravitaillement japonaise, où elle détruit les ponts presque aussi vite que les Japonais les construisent. Il semble que les renforts ennemis ne dépassent pas Oivi. Mais avant ce point, il faut encore s’emparer de Kokoda.
Wootten envoie le 2/10ème, précédant le 2/12ème, encore épuisé, vers le nord-ouest. Les hommes traversent Isurava et atteignent Deniki au crépuscule. Le 2/9ème – à peine reposé – marche vers le nord-est et atteint Fila à peu près en même temps. Pendant la nuit, la piste reliant Deniki et Fila est reconnue et les communications établies entre les deux forces. Kokoda est mûre.
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Les Japonais achèvent de réparer le terrain de Gurney et les quelques routes du secteur, sur lesquels ils font rouler des véhicules capturés, qu’ils ont dû eux aussi réparer, la plupart ayant été plus ou moins sabotés. Le débarquement de leurs approvisionnements est maintenant à peu près terminé, malgré les attaques aériennes de la RAAF, dont les Boomerang ont détruits plusieurs dépôts et coulé deux petits transports (d’anciens bateaux de pêche de 200 tonnes), au prix de nouvelles pertes. Port Moresby n’a plus que le minimum pour assurer sa défense et celles des positions clés de la piste de Kokoda.
Guadalcanal
Les APD USS McKean et Gregory effectuent une mission de ravitaillement et déchargent le matériel transporté à Tetere. Les observateurs japonais embusqués un peu plus à l’est le signalent.
28 août
Italie du Nord
A Turin, les manifestations de colère augmentent. On voit même des militants de tous grades du Parti Fasciste prendre part à une grève à la FIAT.
Sicile
Trapani, Marsala et Palerme sont attaqués par des bombardiers alliés basés près de Tunis (3e Wing de la SAAF sur Baltimore, 235e et 237e Wings de la RAF sur Beaumont, 21e EB de l’Armée de l’Air sur DB-73, 11e et 31e EB sur B-25, 17e, 319e et 320e BG de l’USAAF sur B-26) sous une dense couverture de chasse. En dehors d’une tentative d’interception symbolique près de Trapani, la Regia Aeronautica ne réagit pas.
A Palerme, le sous-marin Ammiraglio Millo est surpris par le bombardement. Touché par une grappe de bombes, il est coulé.
Grèce
Charles de Gaulle lui-même participe au plan de leurrage destiné à couvrir l’opération Torch. Le ministre de la Guerre entame une visite de trois jours des forces alliées en Grèce, en compagnie d’un aréopage d’officiers de haut rang. Son voyage commence à Héraklion et se poursuivra à Sparte (où il rencontrera les Généraux Giraud et Ritchie) et Pyrgos.
Pour célébrer l’événement, les avions alliés harcèlent l’ennemi dans le Péloponnèse et autour d’Athènes. Les positions allemandes autour de Tripolis sont attaquées par des DB-73 français pendant que Baltimore, Beaumont et B-25 concentrent leurs efforts sur les terrains d’aviation et les gares de triage de la région d’Athènes. Cette opération massive voit l’engagement de plus de 300 avions et les chasseurs de l’Axe réagissent de leur mieux, mais ils sont débordés par le nombre. De plus, les avions de la JG-27 se heurtent à présent aux Spitfire V anglais et aux Mustang II du GC III/6, qui couvrent efficacement l’escorte rapprochée, encore constituée de Hurricane II et de Kittyhawk. Le journal de marche de la JG-27 en porte témoignage : « La 3/JG-27 a piqué à travers l’escorte et les Lieutenants Stahlschmidt et Schroer ont tous deux revendiqué un bombardier anglais. Mais l’escorte a réagi avec efficacité et elle était composée d’appareils plus efficaces que d’habitude. Le Lieutenant Korner, après avoir revendiqué deux Hurricane à la file, a été abattu par un des nouveaux chasseurs français, il a pu sauter. L’avion du Lieutenant Stahlschmidt a été gravement endommagé par les mêmes chasseurs, très agressifs. Le Capitaine Marseilles a été engagé par un pilote de Spitfire très compétent; il lui a fallu pas moins de quinze minutes de combat tournoyant avant de réussir à s’en débarrasser. »
Au total, les Alliés perdent quatre bombardiers et neuf chasseurs en échange de six Bf-109F et de cinq chasseurs italiens.
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Wooten ordonne au 2/9ème d’avancer jusqu’à Kobara et de tenir la zone, pour couper de tout renfort d’éventuelles forces japonaises à Kokoda. Pendant ce temps, le 2/10ème progresse vers Kokoda.
Nouméa
Les DD HMAS Arunta, HrMs Witt de With et HrMs Van Nes rejoignent les forces du contre-amiral Crace (CA HMS Shropshire et MN Duquesne, CL HMAS Brisbane, HMNZS Achilles[1] et HrMs Tromp, DD HrMs Isaac Sweers et Van Ghent) qui faisaient partie de l’écran de Mitscher. La force ABDF existe à nouveau, ce que salue Crace dans son fameux message : « La Force d’Attaque de l’ABDF est reconstituée. Nous avons reculé pour la dernière fois. A partir de maintenant, nous n’irons plus qu’en avant. »
29 août
Méditerranée
L’U-213, rentrant de patrouille, est coulé au large de Toulon par le sous-marin français La Sultane.
Grèce
Les positions des Italiens occupant l’île de Céphalonie sont attaquées à de multiples reprises par les avions alliés basés à Zanthe, tout près de là. D’abord, les Vengeance yougoslaves, escortés par leurs compatriotes sur P-39D. Puis viennent Bleinheim, Beaumont et DB-73, couverts par des Mustang I et II français et par des Hawk-87 yougoslaves.
Autour de Tripolis et de Stavrodomi, les attaques continuent. Les Alliés perdent 17 avions (6 bombardiers et 11 chasseurs) mais les défenseurs perdent douze chasseurs (neuf Bf-109F et trois Macchi MC-200). Le journal de marche du JG-27 n’est pas au bout de ses peines : « Nouvelle journée de durs combats au-dessus de nos lignes, sans cesse attaquées par l’aviation ennemie, avec des avions dont la qualité continue de s’améliorer. Chez les Anglais, les Spitfire sont des adversaires bien plus durs que les Hurricane et les chasseurs Curtiss, qu’ils remplacent progressivement. Mais le plus dangereux est le nouveau chasseur américain qui équipe les unités françaises et qui, sous un certain angle, ressemble étonnamment à notre vieil “Emil”. Le Schwarm du Lieutenant Schroer s’est fait coiffer par quatre d’entre eux ; Schroer a été touché et a pu sauter de justesse, mais son ailier, tout juste arrivé de Wiener-Neustadt, s’est fait tuer. Le ciel de Grèce n’est pas un endroit pour les jeunes pilotes qui sortent à peine de l’école. »
En fin de journée, le Feld-Maréchal Kesselring transmet à Berlin que « … après plusieurs jours d’opérations continues, nos unités de chasse atteignent l’extrême limite de leurs capacités de résistance. Le manque de réserves oblige nos pilotes expérimentés à accomplir trois à quatre missions par jour. »
Pendant ce temps, à Sparte, Donald Lincoln fait partie du groupe de journalistes qui accompagne le Général de Gaulle dans son voyage. « Nous avons été très touchés de l’amabilité du ministre (que presque tous les Français appellent “le Général”, tout court). Il semble avoir un certain goût pour les relations avec la presse, malgré un anglais épouvantable (encore que je le soupçonne d’avoir fait depuis deux ans de grands progrès, mais de les cacher avec soin). Lors de la petite conférence de presse qui s’est déroulée à l’état-major allié dans le Péloponnèse, il a répondu à nos questions avec la facilité d’un vieux politicien, avant, pour conclure, de faire semblant d’avoir entendu une question que nul ne lui avait posé, et d’y répondre, histoire de faire passer le message qu'il souhaitait…
Cette aisance avec la presse paraît agacer fortement le Général Giraud, qui l’appelle curieusement “Gaulle”[2]. Il pense sans doute qu’il aurait pu lui aussi faire un très bon ministre de la Guerre s’il n’avait pas été, aux heures dramatiques de juin 1940, en train de chercher à fausser compagnie aux Allemands qui l’avaient capturé. Ce n’est pas l’avis d’un jeune capitaine de l’état-major, qui m’a soufflé : “Le vieux Giraud est un très bon patron et il se bat comme un lion, mais si Pétain lui avait dit de mettre bas les armes, il aurait claqué les talons et obéi aux ordres, quitte à le regretter, peut-être, par la suite.” »
Indochine
Vingt-quatre Hawk-87 de la 40ème EC décollent de la base Epervier (Dien-Bien-Phu) et vont attaquer les terrains japonais de la région autour d’Hanoï et de Haïphong. Surpris, les Japonais perdent quinze avions. Un seul Hawk-87 est perdu, abattu par la DCA.
Canberra (siège du gouvernement australien)
Un tableau détaillé de la situation sur le front de Milne Bay est présenté au Cabinet de guerre australien.
La principale unité présente est la 7ème Brigade de l’AMF (3ème Division), qui a été durement éprouvée. Les Queenslanders savent qu’ils se sont bien comportés et estiment avoir pris la mesure des Japonais. Les effectifs des 8ème, 25ème et 61ème Bataillons, du 5ème RAA (artillerie) et du 7ème RAE (génie) sont tous réduits de moitié environ par les pertes en combats et les maladies. Le 53ème Bataillon de Moresby n’a pas seulement été anéanti en combat, il a aussi été officiellement condamné à la dissolution. Les survivants ont tous été convaincus d’avoir fui devant l’ennemi. Ils sont employés comme ouvriers pour aider les indigènes du lieu qui ont été embauchés pour construire des pistes. Leur bonne acclimatation et leurs muscles sont utiles dans cette tâche, mais aucun autre soldat de l’AMF ne leur confierait plus sa vie.
La 15ème Brigade de la 3ème Division de l’AMF est toujours là, même si elle a été plus que décimée. Ses 57ème, 58ème, 59ème et 60ème Bataillons ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Ces unités viennent de l’état de Victoria et les hommes ne sont pas acclimatés, ce qui réduit leur capacité de travailler dans la région. Le pire, sur ce point, est qu’ils s’obstinent à porter des shorts et des chemises à manches courtes (ou pas de chemises du tout), ce qui les rend très vulnérables au paludisme. La marche forcée brutale pour échapper aux Japonais et rejoindre le reste des forces de Field a réduit chaque bataillon à la valeur d’une compagnie opérationnelle et la plupart des hommes sont épuisés et malades. Mais il est impossible de les laisser se reposer, la construction de défenses fiables est trop urgente.
Le Cabinet de Guerre décide alors d’envoyer à Milne Bay la 10ème Brigade de la 3ème Division (24ème, 37ème et 52ème Bataillons) et on prévoit de lui ajouter deux compagnies blindées mises sur pied en urgence (elle possède déjà quelques unités de reconnaissance équipées de véhicules d’entraînement et de quelques Bren carriers). La 10ème Brigade aura priorité pour recevoir des chars Valentine 2-pdr et des ICS, avant même les troupes engagées à Guadalcanal. Cependant, l’envoi de cette unité demandera plus d’un mois. D’ici là, Field va devoir se débrouiller seul.
Les dispositions de l’Armée australienne sont à ce moment les suivantes
1ère Division, AMF : déployée dans les Salomon (Guadalcanal)
2ème Division, AMF : Eastern Command, déploiement prévu en Nouvelle-Guinée
3ème Division, AMF : 7ème et 15ème Brigades déployées et 10ème Brigade en déploiement à Milne Bay
4ème Division, AMF : Southern Command
5ème Division, AMF : Northern Command
6ème Division, AIF : sur le théâtre européen
7ème Division, AIF : en déploiement en Nouvelle-Guinée (18e et 21e Brigades, piste de Kokoda ; 25e Brigade, en cours de transfert à Port Moresby) ; les restes du 30e Brigade Group, AMF, déployé à Kokoda, lui sont rattachés
8ème Division, AIF : en cours de reconstitution en Australie
9ème Division, AIF : en Australie (rattachée à l’Eastern Command)
1ère Armoured Division, AIF : en cours de reconstitution sur le théâtre européen
2ère Armoured Division, AMF : en cours de constitution en Australie, destinée au théâtre du Pacifique
1ère Division de Cavalerie : Eastern Command
2ème Division de Cavalerie : Southern Command
Iles Salomon
Le sous-marin de transport (SST) USS Bass effectue une opération de ravitaillement des coastwatchers près de Kolombangara. Après une escale à Port Moresby, son sister-ship l’USS Bonita part pour sa première mission de ce genre, vers les eaux au sud de la Nouvelle-Bretagne. Le temps est très favorable à cette mission – c’est-à-dire très pluvieux.
Guadalcanal
Les vedettes du Capitaine Iishi ravitaillent les postes d’observation.
Nouméa
Sur l’ordre de Ghormley, les navires de l’ABDF sont envoyés renforcer Scott. Après avoir ravitaillé, les deux formations s’entraînent. Scott évalue la formation en “longue ligne” qu’il souhaite utiliser en cas de combat de nuit.
30 août
Nord de la France
Les Tornado des Squadrons n° 56, 174, 245, 266, 400 (RCAF) et 609 (Belge) effectuent une série de missions “Rhubarb” au nord de la Seine. Ils s’en prennent à toutes les cibles qu’ils rencontrent.
Paris
La Légion des volontaires français contre le bolchevisme (dite LVF), présidée par Eugène Deloncle, est créée un peu plus de trois mois après le déclenchement de l’Opération Barbarossa. Bien que plusieurs ministres du gouvernement Laval, à commencer par Jacques Doriot et Marcel Déat, en soient les inspirateurs, l’initiative ne reçoit qu’un soutien du bout des lèvres de Laval lui-même, jusqu’à son approbation officielle par l’ambassadeur allemand Otto Abetz. Même ensuite, Laval interdira aux fonctionnaires de l’Etat de s’engager dans la LVF. Au demeurant, Hitler ne veut pas d’une collaboration militaire avec le “Nouvel État Français” et le statut extra-gouvernemental de la LVF convient donc parfaitement aux Allemands. Les organisateurs disent attendre cent mille combattants, mais 13 000 seulement vont s’enrôler.
Pour préciser l’ampleur de la collaboration militaire directe avec l’Allemagne nazie, on doit ajouter à ce chiffre celui des Français engagés directement sous l’uniforme allemand, notamment au sein de la Waffen SS. Ils constituent ainsi la Division Charlemagne (33ème Waffen-Grenadier-Division der SS Charlemagne), composée de la Sturmbrigade SS Frankreich (forte de 6 000 combattants et commandée par le SS-Brigadeführer Dr Gustav Krukenberg) et d’unités logistiques, d’artillerie et de transport (1 000 hommes en tout, dont beaucoup sont Suisses, Italiens, Norvégiens et même Suédois). On verra aussi près de 2 000 Français dans le Corps Automobile des Volontaires Antibolcheviques (der NSKK Transport Regiment Luftwaffe), qui est rapidement transformé en unité combattante, 4 000 dans l’organisation Todt et même 200 dans la Kriegsmarine. Mais dans ces trois cas, les motivations paraissent beaucoup plus diverses et en tout cas moins politiques qu’en ce qui concerne la LVF et la Division Charlemagne.
La collaboration avec l’occupant allemand dépasse cependant le cadre militaire, mais le nombre précis de personnes concernées reste aujourd’hui inconnu. On trouvera en annexe une évaluation, sans doute sujette à caution, mais qui propose des ordres de grandeur relativement fiables, d’après les rares documents écrits issus de cette période, des procès qui ont suivi la fin de la guerre et des archives de la résistance, FTP compris (voir annexe 42-8-9).
Paris
C’est une fin d’après-midi ensoleillée au Grand Cluny, l’un des nombreux cafés du Boulevard Saint-Michel. Il y a quelques instants, tout allait bien, le train-train quotidien, un peu de monde malgré la pauvreté de la carte des alcools, et pour une fois pas d’officiers allemands à servir. Mais c’était jusqu’à l’arrivée d’une demi-douzaine de membres de la toute neuve Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme, arborant fièrement un uniforme fort proche de celui des Waffen SS. Ils sortent de la conférence de presse ou Deloncle les a présentés à la “Nouvelle France” et à la “Nouvelle Europe”. Le son des verres entrechoqués et le murmure des conversations paisibles ont été couverts par des chants bruyamment interprétés : ceux du PPF, du NEF ou l’hymne de la LVF.
Le vide se fait autour de leur table, l’ambiance s’alourdit, mais le calme règne encore quand un homme aux cheveux gris, vêtu, malgré la chaleur, d’un long manteau noir, se lève et vient se dresser devant la table des “Volontaires Français” : « Vous n’avez pas honte ? » demande t-il d’une voix grave.
– Honte de quoi ? s’exclame un des jeunes gens, l’œil flamboyant. C’est pas un rebut du Chemin des Dames dans ton genre qui va venir nous chercher des poux ! Nous, on se bat pour la France, Monsieur ! Le bolchevisme est une plaie et d’ici Noël, on l’aura refoulé jusqu’en Sibérie. Tout ça, on le fait dans l’intérêt supérieur de toute l’Europe ! Les patriotes de la Nouvelle France, c’est nous !
L’homme secoue la tête, l’air consterné. Aucun de ses six interlocuteurs n’a plus de vingt ou vingt-cinq ans.
– Et c’est par patriotisme que vous allez monter au front sous un uniforme étranger ? C’est la France que vous allez représenter sous les ordres des hommes qui il y a deux ans ont envahi notre pays et qui l’occupent encore ? C’est cela, votre patriotisme : servir l’ennemi !
– Nous allons nous occuper de nos vrais ennemis, ceux que nous ont désignés les dirigeants désignés par l’Assemblée des Forces Vives de la Nation, pas ceux de la juiverie internationale. Si ça, c’est pas du patriotisme ! riposte un autre “Volontaire” d’un air suffisant.
– L’Assemblée des Forces Vives ? s’esclaffe l’individu. Un jeune homme l’a rejoint et lui pose la main sur le bras dans un geste apaisant, mais il le repousse avant de se lancer dans un véritable discours, dont les autres clients du café ne perdent pas une miette. Laissez-moi rire ! Laval et sa bande de jean-foutre ont remplacé un système où des dirigeants naïfs ou corrompus s’accrochaient à des brindilles de privilèges et de confort aux dépens du peuple, mais ils se comportent en charognards qui se repaissent des restes que l’Occupant leur abandonne après avoir pillé notre pays. Certes, on n’emmène pas la Patrie à la semelle de ses chaussures et certes le communisme n’apporte rien de bon, mais au bout du compte et pour l’essentiel, Messieurs, ce que combattra votre LVF, ce n’est pas le communisme ni le bolchevisme, appelez-le comme vous voulez, ce n’est pas la franc-maçonnerie, ce n’est pas “Ceux d’Alger” ou je ne sais qui encore. Messieurs, ce que vous combattez c’est la France !
Les six “Volontaires” se dressent, l’injure aux lèvres et les poings serrés, une douzaine de spectateurs s’interposent, brouhaha, cohue générale…
– Filez vite, colonel, on s’en occupe, glisse le patron du café.
L’homme, un temps réticent, accepte et s’en va à grands pas, accompagné du jeune homme qui avait tenté de le calmer.
– Imbécile que je suis ! grogne-t-il. Voilà que je me fais stupidement remarquer ! Quelqu’un m’aura sûrement reconnu.
– Je le crains, mon colonel, il n’y a pas de raison que seul le patron du café soit physionomiste, répond son jeune compagnon.
– Les sbires de Darnand vont faire savoir à Laval que je n’ai pas abdiqué, je me suis mis bêtement en danger, il va falloir prendre des dispositions… Tout ça pour un coup de sang…
– C’est de ma faute, j’aurais dû vous retenir…
– Vous n’y êtes pour rien, Morland, grommelle le colonel François de la Rocque, quand j’ai vu les couleurs françaises sur un uniforme allemand, j’ai eu un coup de sang… Tant pis, on ne badine pas avec la France !
Sardaigne
Cagliari est bombardé dans la nuit par des Wellington basés à Malte.
Sicile
Les aérodromes de Comiso sont durement attaqués par 144 B-26 américains et 108 B-25 américains et français, escortés par près de 300 chasseurs. En dehors de deux B-25 détruits par la DCA, les Alliés ne souffrent aucune perte. Les installations italiennes subissent de graves dommages ; 21 avions sont détruits au sol.
Pendant ce temps, les Baltimore de la SAAF et les Beaumont de la RAF basés près de Tunis attaquent Marsala et Agrigente, sans plus d’opposition.
Rome
Le Ministre-Comte Cini rencontre Mussolini pour discuter de la situation politique intérieure. « Je suis très inquiet, explique Cini, et je ne suis pas le seul. Les défaites que nous avons subies pourraient déstabiliser la situation sociale du pays. Déjà, les Communistes tentent de mettre le feu aux usines. Le monde des affaires, l’industrie, la banque… en un mot, tous ceux qui comptent en Italie sont en faveur d’un compromis avec les Alliés, Duce. » Mais Mussolini ne réagit pas à ce discours.
Grèce
A l’aube, des bombardiers alliés venus de Zanthe attaquent Patras et Missolonghi, infligeant de sérieux dommages aux entrepôts et aux matériels.
A midi, Mégare est à nouveau attaqué par une importante formation alliée. Dans l’après-midi, c’est au tour de Corinthe. Dans les deux cas, le JG-27 n’arrive à envoyer que deux éléments de huit avions. Le journal de marche décrit la seconde tentative d’interception et ses suites, qui seraient relativement banales sans la personnalité de la victime :
« Une formation du 3/JG27 menée par le Capitaine J. Marseilles avait décollé de Tatoi pour intercepter trente bombardiers ennemis. Le Capitaine Marseilles avait décidé de voler vers l’ouest et de traverser le golfe d’Alkyonides à l’ouest de Corinthe pour surprendre l’ennemi en arrivant du soleil. Mais il n’y a eu aucun contact, car l’alerte avait été transmise avec retard et les nouveaux bombardiers américains [NDT – des B-25 d’une escadre française] étaient plus rapides que les bombardiers britanniques habituels. Le Capitaine Marseilles s’est alors dirigé vers le sud mais, ne voyant aucun ennemi, a décidé de rentrer à Tatoi. La formation était au-dessus du golfe de Saronikos quand le Sergent Poettgen, l’ailier de Marseilles, commença à voir de la fumée venant du moteur de l’avion du Capitaine. Quelques secondes plus tard, celui-ci rompit le silence radio et signala que son cockpit était envahi de fumée. Moins d’une minute après, Marseille indiqua qu’il n’y voyait plus rien. Le Sergent Poettgen commença à l’orienter vers l’île de Salamine, car tous les pilotes avaient pour instructions de tenter de sauter au-dessus de la terre et de ne jamais tenter de se poser sur l’eau avec leur Bf-109. Le vol prit moins de cinq minutes, mais cela suffit pour que des flammes deviennent visibles du côté bâbord du moteur. Le Sergent Poettgen avertit son chef qu’ils étaient au-dessus de Salamine et Marseilles répondit “Il faut que je saute maintenant.” Il passa sur le dos et la verrière tomba, suivie par son corps. Mais, sous les yeux horrifiés de ses sept équipiers, le parachute ne s’ouvrit pas et le Capitaine Marseille tomba comme une pierre, heurtant le sol à 17h54 à l’est de Karakiani. Le Capitaine Ludwig Fransizket prit un Storch et réussit à se poser entre Karakiani et Alantio vers 19h10. Avec l’aide d’habitants du lieu, il put retrouver le corps de Marseilles. La commande d’ouverture du parachute n’avait pas été tirée et le corps avait une large blessure à la poitrine ; le Capitaine Marseilles a probablement été frappé par la dérive de son propre avion au moment où il a sauté. »
Piste de Bulldog (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
Les Japonais apprennent que leur dépôt de Middle Camp a été attaqué et incendié. En pratique, leur ligne de ravitaillement est coupée et il ne leur reste plus qu’à battre en retraite. Minchin pousse ses hommes à la limite de leurs forces pour poursuivre l’ennemi, mais ils sont au bout du rouleau – sur les 150 hommes qui ont choisi de l’accompagner le 8 août, il n’y en a plus que 30 qui soient capables de marcher. Ses troupes fraîches (les hommes de l’AIF) font de leur mieux, mais ils ne sont pas encore vraiment acclimatés. La poursuite durera pourtant dix jours !
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Le 2/10ème atteint Kokoda en début de matinée. Il y a encore dans le secteur une cinquantaine de Japonais, qu’il faut tuer jusqu’au dernier, et six hommes vont y perdre la vie. A midi, Kokoda est aux mains des Australiens.
La nouvelle atteint très vite Port Moresby, et elle est annoncée par le bulletin d’informations du soir à la radio dans toute l’Australie. La population est littéralement électrisée. Enfin, les Australiens ont infligé aux Japonais une défaite nette et sans bavure ! Un bulletin de victoire rédigé par Wootten est largement diffusé. Il souligne que les efforts de l’AMF pour arrêter les Japonais ont permis la victoire offensive remportée par l’AIF, et ces propos sont très appréciés par la population. Sa dernière phrase sera reprise par de nombreuses affiches de propagande : « Ce n’est pas l’AIF ou l’AMF qui combat le Jap. Pas ici. Ce sont des soldats australiens. »
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
L’aviation de l’Armée japonaise déploie sur la piste de Gurney des chasseurs Ki-43, des bombardiers légers Ki-48 et Ki-51, ainsi que deux Ki-15 de reconnaissance.
Guadalcanal
Deuxième bataille de Savo – Les plans (voir annexe 42-8-8)
Pour soutenir l’Armée et préparer la reconquête de toute l’île de Guadalcanal, la Marine Impériale a décidé d’infliger aux Américains débarqués un bombardement naval aux conséquences irréparables, grâce à des cuirassés. Or, trois d’entre eux sont au fond de la Mer de Chine, deux participent aux opérations contre Singapour, un (le Mutsu) est en réparations et un (le Musashi) n’est pas encore opérationnel. Comme l’état-major de la Flotte Combinée désire préserver les trois cuirassés rapides qui lui restent pour escorter ses porte-avions, les seuls navires de ligne disponibles sont le Nagato et le Yamato.
« Le plan de bataille d’Abe avait été mis au point avec l’aide de Tanaka. Abe, qui avait convaincu l’état-major de la Marine Impériale d’autoriser le Yamato à participer au bombardement prévu contre les positions américaines sur Guadalcanal, désirait que les cuirassés fussent dissimulés à l’ennemi aussi longtemps que possible. C’est pourquoi il décida de passer par le Canal de Saint-Georges et de suivre un cap nord-est jusqu’à être hors de vue de la terre. Il espérait en effet que si ses navires étaient signalés, ils auraient l’air de se diriger vers Truk par la côte est de la Nouvelle-Irlande.
Une fois loin des côtes, l’escadre mit le cap au sud-est et longea les Salomon au nord avant de passer entre Santa Isabel et Florida pour rejoindre la force de Tanaka. Ce dernier devait entrer dans la Baie de Guadalcanal en avant-garde, 4 000 mètres devant l’escadre de bombardement. En cas de rencontre avec l’ennemi à ce moment, il était prévu de réévaluer après l’action la décision de bombarder – un engagement violent aurait signé l’annulation du bombardement.
Si aucun ennemi n’était rencontré, Tanaka devait patrouiller dans la Baie au nord-ouest du groupe de bombardement. Celui-ci devait d’abord attaquer Tetere pendant 60 minutes. Le Nagato, accompagné du croiseur léger Yura et des trois destroyers, devait aller ensuite bombarder les positions américaines plus près du front pendant 40 minutes, pendant que le Yamato, avec les trois croiseurs lourds, continuerait son action (il n’était pas question de bombarder la zone du terrain de Tenaru, pour éviter de toucher des unités japonaises – l’Armée avait évité de préciser que ses forces avaient dû reculer à distance respectable de la piste). Cuirassés et croiseurs lourds devaient utiliser trois types de munitions. Quelques obus éclairants, 20% de shrapnels incendiaires Type 3 AA Communs (disponibles pour les canons de 18,1, 16,1, 8 et 5 pouces – mais seuls les 5-pouces du Nagato devaient participer au bombardement, et seulement à sa seconde phase), 35% d’explosifs et 45% d’APC, pour leur effet sur les structures verticales. Des forces ennemies étant signalées dans la zone de Guadalcanal, le bombardement ne devait pas se faire en phases ; tous les types de munitions seraient utilisés durant l’ensemble du bombardement.
Pendant celui-ci, les trois DD de la 30ème Division couvriraient l’est de la Baie ; il était même prévu que le Yayoi inspectât le navire hôpital mouillé près des récifs de Sealark Channel et lui laissât certains documents, si le navire se conformait bien aux conventions internationales.
De son côté, le Capitaine Iishi avait reçu des ordres écrits pour patrouiller avec ses vedettes rapides entre Savo et Guadalcanal. Il devait surtout signaler d’éventuels navires ennemis et, si possible, les attaquer. Il avait reçu des instructions pour des signaux de reconnaissance spéciaux. » (Jack Bailey, Un Océan de flammes – La guerre aéronavale dans le Pacifique)
Côté américain, la force placée sous le commandement de Norman Scott a pour mission de couvrir les Marines de Guadalcanal et d’assurer la poursuite d’un ravitaillement régulier de l’île pour y achever la construction d’un aérodrome.
« Scott avait retenu la leçon de l’échec de Crutchley : il fallait éviter de disperser ses forces. Mais une formation unique rassemblant tous ses bâtiments risquait d’être peu maniable. Il avait donc décidé d’adopter une formation en “longue ligne”, éclairée par un groupe de huit destroyers. Cependant, la présence de la force ABDF de Crace compliquait sa tâche, avec ses navires de types variés appartenant à quatre nations. Scott avait donc décidé que la formation de Crace serait indépendante et chargée de servir d’appui rapproché aux destroyers américains.
Par ailleurs, il avait choisi de s’installer en dehors de la Baie, à l’ouest de Savo, où les îles voisines gêneraient moins ses radars.
Le groupe des huit destroyers devait patrouiller au nord-ouest, du côté d’où proviendrait la menace, et attaquer l’ennemi dès qu’il l’aurait aperçu, afin de le désorganiser et d’occuper ses destroyers. Il évoluerait en cercle de 4 000 mètres de diamètre environ, dans l’ordre : Farragut, Worden, MacDonough, Dale, Lang, Stack, Sterett, Selfridge.
A peu de distance en arrière de cette flottille viendraient les navires de l’ABDAF. Les croiseurs seraient emmenés par le Shropshire, suivi par le Duquesne, le Brisbane, l’Achilles et le Tromp. A 2 000 mètres par tribord avant, l’Arunta mènerait les Hollandais, Van Ghent, Van Nes, Witte de With et Isaac Sweers.
Si la force principale ennemie se composait de croiseurs (ce que les premiers renseignements indiquaient), l’escadre de Crace suffirait à les accrocher, les destroyers ayant l’ordre de se lancer à l’attaque, et les cuirassés achèveraient le travail. Si la force ennemie comprenait un cuirassé (éventualité qui devenait de plus en plus probable avec le temps), les croiseurs de Crace devaient le distraire et l’illuminer plutôt que tenter une attaque à la torpille, pendant que les cuirassés s’approcheraient pour écraser l’adversaire.
La task-force de Scott était conduite par le CA San Francisco, suivi du CL Nashville, des BB North Carolina et Washington et du CA Salt Lake City. Venaient ensuite le CL Honolulu, le CLAA Atlanta et les DD Farenholt, Aaron Ward et Phelps ; ces cinq navires étaient chargés de guetter un groupe de destroyers susceptibles de s’infiltrer furtivement près des cuirassés pour les torpiller, comme, pensait-on, ils l’avaient fait pour le Colorado et le Maryland.
Tout trafic dans la Baie avait été interrompu. » (Jack Bailey, op. cit.)
Deuxième bataille de Savo – L’entrée en scène
Comme prévu, quand les forces japonaises quittent Rabaul, Abe met le cap au nord-nord-est. Il est effectivement aperçu et signalé par un coastwatcher, qui croit voir un cuirassé, un croiseur lourd et trois croiseurs. Tanaka, cap au sud-est, est aperçu à deux reprises, par deux groupes de coastwatchers sur la côte sud de Bougainville. Le premier annonce un cuirassé, trois croiseurs et des destroyers. Le second parle d’un cuirassé et quatre croiseurs. Les reconnaissances aériennes alliées sont handicapées par une épaisse nébulosité et des pluies nombreuses, mais les rapports des coastwatchers conduisent Ghormley à supposer qu’un grand convoi de ravitaillement japonais se dirige vers Guadalcanal, en profitant du temps très défavorable pour échapper à un raid aérien. Il prend donc la décision fatidique d’envoyer son escadre de surface.
Néanmoins, il décide également de positionner Mitscher et son CV Hornet au sud de Guadalcanal, pour pouvoir attaquer d’éventuels Japonais le lendemain. Mais Mitscher se heurte à une météo de plus en plus mauvaise. Si ce n’est pas la saison des cyclones en Mer de Corail, des tempêtes tourbillonnaires tropicales peuvent se former dans cette mer à tout moment de l’année. L’une d’elles, qui se préparait depuis plusieurs jours, atteint à présent une grande violence dans le nord de la Mer de Corail. Elle vient du sud-est, avec de multiples couches nuageuses, des pluies diluviennes et une mer très agitée en dehors de la chaîne d’îles. Le long des crêtes montagneuses des plus grandes îles, les influences orographiques provoquent de puissants orages qui réduisent fortement la visibilité. Tandis que Mitscher fait route au nord-ouest, en plein cœur de la tempête, il rencontre de très mauvaises conditions météo – vent violent, mer forte, rafales de pluie et faible visibilité. Les opérations aériennes sont très difficiles dans la tempête.
De plus, le mauvais temps rend l’utilisation du radar extrêmement hasardeuse, à cause des pluies très denses qui perturbent le retour des ondes. Enfin, les violents orages gênent gravement les communications. Celles des Alliés sont très perturbées et celles des Japonais sont presque interdites.
Les reconnaissances de la Marine Impériale dans la région sont tout aussi peu satisfaisantes que celles des Alliés. Le seul rapport reçu par Abe vient d’un sous-marin, qui signale avoir repéré par hydrophone une formation ennemie comptant de nombreux navires, 100 nautiques au sud de Guadalcanal. Le sous-marin a tenté de poursuivre cette formation en surface, mais n’a pu qu’entrevoir de loin les navires avant d’être semé; il lui a semblé voir un croiseur lourd ou un cuirassé…
Abe comme Scott estiment donc que des forces ennemies importantes sont sorties, mais chacun pense disposer d’une confortable supériorité.
12h15 – Tanaka ordonne de monter à 25 nœuds et ses navires filent vers le Slot. Tanaka a donné ses ordres à son escadre. Tous savent qu’elle joue le rôle tenu par l’escadre de Goto trois semaines plus tôt, et chacun se souvient des lourdes pertes subies par celle-ci. « Je pense que nous allons affronter d’importantes forces ennemies la nuit prochaine, et le combat sera rude » a déclaré le contre-amiral à ses hommes. Lorsque Yamamoto lui demandera, quelques semaines plus tard, ce qui expliquait cette prévision, Tanaka répondra qu’il avait d’abord eu un très puissant pressentiment le 30 à son réveil, et que, dans la matinée, la notion d’un important trafic radio allié était venu nourrir ce pressentiment. « J’étais à Rabaul depuis plusieurs mois, expliquera-t-il, et j’avais davantage confiance dans les interceptions radio de la station locale de la Marine que l’Amiral Abe, qui était un peu un étranger dans la région. » Quoi qu’il en soit, il ordonne à ses bâtiments d’arborer une bande blanche d’un mètre de large et sept de long de chaque côté de la passerelle – c’est maintenant sa marque de reconnaissance standard.
18h49 – Le soleil se couche et, sur des dizaines de bâtiments, les hommes se préparent à l’action. Dans la Baie, le seul point lumineux est le HMAHS Wanganella, mouillé non loin des récifs de l’extrémité est, mais même ses feux sont partiellement masqués de façon à n’éclairer que ses ponts et ses flancs.
20h00 – L’escadre de Scott approche de Guadalcanal par l’ouest, filant 20 nœuds. Scott est convaincu que ses chances d’écraser les Japonais sont les meilleures en les affrontant en dehors de la Baie, relativement loin de la terre, afin que ses radars soient le plus efficaces possible. Mais il sait que la météo ne l’aidera pas. De violents orages grondent au dessus des montagnes des Salomon. La visibilité est inégale, de médiocre à nulle, sous dix dixièmes de couverture nuageuse, entre des voiles de brume et de nombreux grains entraînés par de fortes bourrasques.
20h15 – Le HMNZS Achilles, victime d’une panne d’une pompe à mazout, est forcé de réduire sa vitesse à 12 nœuds. Crace lui ordonne d’aller s’abriter dans la Baie (quand il pourra y parvenir) et l’équipage voit s’éloigner la flotte. Craignant de rater une action après deux ans et demi de patrouilles ennuyeuses, les hommes s’activent avec frénésie pour réparer la pompe fautive…
21h00 – Obéissant aux ordres reçus, le capitaine Iishi quitte sa tanière fluviale, emmenant deux canonnières et quatre vedettes lance-torpilles, qu’il dispose en trois groupes de deux dans le passage entre Savo et Guadalcanal. Lui-même croise avec deux vedettes à quelque distance du rivage, comme son expérience le lui a appris. Ce faisant, il s’inquiète du manque d’entraînement et de préparation des équipages novices qu’on lui a envoyés en renfort – mais il n’a d’autre choix que de les utiliser. Par ailleurs, il est enchanté à la pensée que l’état-major de la Marine Impériale attache une grande importance à sa petite flottille et qu’il recevra bientôt d’autres renforts, à commencer par l’une des premières vedettes T51 opérationnelles.
22h00 – Tanaka aperçoit la flotte d’Abe – l’énorme masse du Yamato s’avère très visible de loin pour ses vigies expérimentées et bien entraînées. Après un échange de signes de reconnaissance avec des lampes à éclats masquées, la formation file à 25 nœuds vers le passage entre Savo et Florida.
Au même moment, dans une sorte de jeu de scène vaudevillesque précédant la tragédie, l’escadre de Scott double la pointe ouest de Guadalcanal, cap au nord.
23h00 – L’escadre de Scott atteint sa zone de patrouille, à l’ouest de Savo. A 15 nœuds, cap au 025, il attend que les Japonais débouchent du Slot, dans le 315. Mais il ignore qu’il est en retard. Au même instant, l’escadre d’Abe, qui pénètre dans la Baie de Guadalcanal, est une quinzaine de nautiques plus à l’est. Les historiens navals débattront longtemps de ce qui se serait passé si Scott était arrivé une heure plus tôt…
31 août
Paris
Le colonel de la Rocque, accompagné de son secrétaire, le jeune François Morland, est arrêté en pleine rue par une dizaine d’agents des Sections Spéciales de Luttes contre les Activités Anti-Nationales. L’interpellation, exécutée sous le prétexte de “Haute trahison”, se déroule vers 17h00 sur des Champs-Elysées bondés. En quelques heures, la nouvelle fait le tour de la capitale.
Pourtant, De la Rocque n’aurait jamais dû se trouver là. La nuit précédente, il a pris plusieurs décisions qu’il repoussait depuis quelques mois. C’est ainsi que Noël Ottavi, son bras droit, prend sa place à la tête du Réseau Klan, qu’il représentera le soir même à la réunion du Comité National de la Résistance. Le colonel a pris ses dispositions pour fuir Paris et être exfiltré vers Londres. Mais le train qu’il devait prendre avec son secrétaire a été supprimé, la voie ferrée – ironie du destin – ayant été endommagée par une action de la Résistance et l’arrestation d’un des relais de la filière d’évasion – un malencontreux hasard de plus – a empêché de trouver immédiatement une solution de rechange.
C’est pourquoi De la Rocque et Morland se sont retrouvés bloqués à Paris. C’est Ottavi qui a présenté au colonel le jeune homme, dont le curriculum vitae atteste la valeur : membre des Volontaires Nationaux (le mouvement de jeunesse des Croix-de-Feu), fait prisonnier en Quarante, il s’est évadé et a repris contact, sitôt revenu en France, avec d’autres anciens des Volontaires Nationaux. Le colonel est fort satisfait des services de ce jeune homme cultivé, dont il a refusé de connaître le véritable nom. Ce sont les hommes de Doriot qui lui apprendront qu’il se nomme en réalité Mitterrand[3].
En effet, c’est bien Doriot, informé par un des jeunes LVF qui a reconnu De la Rocque, qui a donné l’ordre de l’arrêter. Laval sera mis devant le fait accompli un peu plus tard. Il semble que Doriot ait voulu se poser comme un dur parmi les durs, alors que le lancement de Barbarossa a donné un tour nouveau à la guerre et que la création de la LVF marque une étape de la collaboration.
Dans son bulletin d’informations du soir, Radio Nouvelle France[4] annonce brièvement l’arrestation du « politicien déchu, réfractaire à la Nouvelle France », le colonel de la Rocque. Quelques échauffourées ont lieu dans le courant de la nuit : d’anciens membres du Parti Social Français s’en prennent à des hommes des Sections Spéciales de Lutte contre les Activités Anti-Nationales de Doriot, mais aussi à des représentants du Service d’Ordre du Nouvel État Français de Darnand. On compte une dizaine de blessés, dont un grave, le jeune Lucien Lacombe, des SSLAAN. Il y a six interpellations pour “troubles à l’ordre public”.
Région parisienne
Réuni pour la première fois en séance “plénière” sous la présidence de Jean Moulin, le CNR décide que les FFI, son bras armé, seront directement rattachées au Ministère de la Guerre. Le général de Gaulle en fera très vite une sorte de subdivision de l’Armée de Terre, vouée à la disparition dès la Libération, provoquant ainsi la suspicion des chefs communistes, mais cette décision du CNR confirme l’unification des mouvements de la Résistance française.
………
Avant même que l’occupation complète du territoire métropolitain soit accomplie, des mouvements de Résistance ont commencé à naître. La création du gouvernement Laval encourage leur foisonnement plutôt qu’elle ne le ralentit. Un moment, chaque organisation politique semble vouloir le sien, conduisant à des excès de zèle et à des imprudences que beaucoup d’enthousiastes payeront de leur vie dans les camps allemands. Les mieux structurés de ces mouvements sont ceux qui éclosent dans les administrations, légitimistes par nature, et qui accueillent toutes avec la plus grande froideur les ministres de Laval qui prétendent les diriger. Il n’est pas exagéré de dire que chaque ministère – à commencer bien sûr par celui de l’Intérieur – devient un nid de Résistants. Sans doute cette Résistance n’est-elle pas toujours très “active”, mais qui dira ce que peut faire un fonctionnaire en se contentant de placer un dossier au-dessous d’une pile… puis de l’y replacer lorsqu’il est enfin remonté au sommet.
De Gaulle a dès le début souhaité l’unification de ces mouvements de Résistance, mais certains membres du gouvernement ont longtemps affirmé ne pas en voir la nécessité, peut-être parce qu’ils craignent déjà qu’une telle unification ne soit par la suite, pour celui qu’on appelle maintenant “Le Général” tout court, un outil politique très puissant – en quoi ils auront en grande partie raison. Mais l’opération Barbarossa fait voler en éclats ces oppositions, en précipitant les puissantes organisations communistes clandestines dans le camp de la Résistance active. Beaucoup de communistes qui, par patriotisme, ont pris les armes malgré de pénibles tensions entre eux et le Parti, risquent fort de retourner au bercail idéologique (ce qui sera parfois le cas, mais pas toujours). Du coup, le PC, fort de ses structures (OS et GSD[5]) et de son habitude de la clandestinité (puisqu’il est interdit depuis la signature du Pacte Germano-Soviétique), pourrait apparaître du jour au lendemain comme le principal constituant de la Résistance ! Même pour les ministres qui trouvent excessif le poids pris par De Gaulle dans le gouvernement, il n’est pas question de laisser « les Rouges » faire cavalier seul !
C’est donc avec l’accord de l’ensemble du gouvernement que dès juillet 1942, l’envoyé spécial de De Gaulle, l’ancien préfet Jean Moulin, a jeté les bases du Conseil National de la Résistance, dont il devient le premier président.
………
La situation des Forces Françaises de l’Intérieur après deux ans d’occupation, au lendemain d’une unification tournée vers l’offensive, n’est cependant pas facile à préciser. L’ouvrage collectif “••• – , La Résistance française au combat” (s. d. Jean Lerouge, Paris, 1955) révèle bien ces incertitudes (les extraits qui suivent sont tirés d’un chapitre particulièrement consacré à la Région Parisienne).
« Sur quels effectifs les FFI allaient-elles pouvoir compter après l’unification des mouvements de résistance ? La question était de première importance pour le moment où s’engageraient des combats décisifs.
Le 1er Bureau de l’état-major de la région P1, dite “Condé”, vaste ensemble qui s’étendait sur une douzaine de départements du centre et du sud du Bassin Parisien, rassembla à plusieurs reprises des informations sur l’état des forces des différents mouvements de résistance. Le tableau du 15 avril (cf. annexe 115) faisait ainsi suite à un tableau du 9 mars, qui lui-même rectifiait un état des effectifs en date du 1er février, déclaré erroné. Précisons bien la nature de ces documents : il s’agissait de synthèses de renseignements fournis à l’état-major par les différents mouvements de résistances, sous leur responsabilité et selon leur bonne volonté (on constate par exemple que le mouvement CDLL ne fournissait presque jamais de chiffres). L’état-major n’avait aucun moyen de vérifier l’exactitude des données reçues. Il se contentait de faire la synthèse et l’addition des renseignements collectés : d’où des chiffres à l’unité près, alors qu’il s’agissait en fait d’approximations.
Par exemple, si l’on en croit le tableau du 15 avril, les FFI comptaient dans le département de la Seine 40000 hommes dont 10000 entraînés et armés, 13000 entraînés mais non armés et 17000 “en réserve”. En Seine-et-Oise, on annonçait environ 10000 hommes, dans l’Oise environ 6200 et en Seine-et-Marne 13000 à 14 000 hommes.
Mais chaque mouvement avait sa façon d’évaluer ses effectifs, leur qualité, leur armement. De plus, les préoccupations du moment influaient sur la comptabilité des hommes. Chacun avait tendance à sous-estimer ses effectifs armés par rapport à ses effectifs totaux, car c’était un moyen de faire pression auprès des instances coordinatrices pour obtenir des armes, en insistant sur le dénuement présent. Il est ainsi probable que les effectifs armés étaient supérieurs à ceux affichés (cf. annexe 256) dans les rapports d’août et septembre 1941. (…)
En 1942, l’arsenal de la Résistance en Région Parisienne était, comme ailleurs, essentiellement issu des armes dissimulées par des unités isolées de l’armée régulière en 1940 et des prises effectuées sur l’ennemi. Devant cet état de fait, et pour standardiser un minimum l’équipement des FFI, le gouvernement d’Alger décida de leur envoyer, via l’Armée de l’Air et la RAF, des armes provenant des anciens arsenaux de l’Armée et démodées par l’arrivée du matériel américain, mais aussi des armes prises sur l’ennemi (les maquis des régions occupées par l’Armée italienne reçurent ainsi des armes italiennes capturées pendant les campagnes de Libye, de Sardaigne et du Péloponnèse). Ces armes étaient bien souvent accompagnées d’instructeurs, professeurs ès-sabotage ou ès-guérilla. Ces instructeurs étaient français mais aussi britanniques. On estime ainsi que, de janvier à août 1942, des agents de Sa Majesté effectuèrent près de 1 200 missions de ce genre sur le sol français, tandis qu’Alger organisa plus de 3000 missions similaires. (…)
Que faut-il entendre par effectifs “entraînés non armés” ? Il s’agissait là d’une rubrique définie par l’officier rédacteur de la synthèse, qui recensait les hommes qui, sans faire partie de groupes armés, étaient supposés avoir participé à des actions de divers ordres, en particulier des sabotages, plus ou moins simples (arrachage de panneaux de signalisation) ou complexes (sabotages d’usines ou de voies ferrées). Pour la même raison qui les poussait à minimiser leur effectifs armés – obtenir des armes – les mouvements avaient intérêt à surévaluer ces effectifs afin de montrer que leur efficacité pourrait être multipliée s’ils avaient les moyens nécessaires. Il faut avoir présente à l’esprit cette véritable obsession des armes pour interpréter ces chiffres. (…)
Enfin, la “réserve” annoncée constituait une sorte d’évaluation de la capacité de mobilisation des mouvements. (…) »
………
Quoi qu’il en soit, les FFI représentaient, dès le milieu de 1942, une réelle capacité de nuisance pour les troupes d’occupation.
« Comme en témoigne un rapport régional d’août 1942, la Résistance française en Région parisienne était capable de perturber de manière efficace les voies de communications, donc les déplacements de l’ennemi. Sur l’ensemble du mois de juillet, une trentaine d’attaques de la part d’éléments armés, non compris ceux des maquis, s’ajoutant à plus de deux cents sabotages du réseau ferré (sabotage de locomotive, sabotage d’aiguillage provoquant des déraillements…) avait réduit de 25% le fonctionnement de l’ensemble des moyens de transports de la région parisienne. Mais c’est dès février 1941 que les FFI avaient reçu la consigne de s’attaquer au parc automobile de l’ennemi pour limiter sa mobilité et ses capacités de redéploiement. Lors des phases les plus dures de la campagne de Grèce, par exemple, les FFI avaient multiplié les actions de toutes sortes, détruisant en moyenne huit camions par jour et faisant dérailler, en un mois, 68 trains de vivres, de munitions et de matériel à destination de la Grèce.
Les télécommunications n’étaient pas oubliées. Selon le même rapport parisien d’août 1942, pas moins de quatre cents sabotages (coupures de câbles, destruction d’antennes radio…) avaient frappé les transmissions de la Wehrmacht en juillet. (…)
Les FFI se montrent même capables d’attaquer des détachements ennemis lors de combats frontaux tels ceux des 7 et 8 juillet 1942, qui voient une centaine de FFI de la Seine et des éléments d’un maquis de Seine-et-Marne s’attaquer à un convoi appartenant à la 78ème Division d’Infanterie allemande, lui causant de lourdes pertes et parvenant à détruire une trentaine de camions. (…)
Les actions de la Résistance pouvaient prendre bien d’autres formes : exécutions sommaires de collaborateurs (les assassinats d’officiers allemands étaient évités par certains mouvements afin de préserver la population des représailles aveugles qui s’ensuivaient, mais souvent pratiqués par les mouvements communistes), destruction de dossiers administratifs, vols de vivres, de munitions et même… de blindés légers (lors d’une opération à 3 km de la gare de Crépy-en-Valois). Toutes ces actions forcent les Allemands à doubler la garde des convois et surtout à immobiliser de nombreux contingents dans des opérations de contre-guérilla ou simplement dans la protection des dépôts. (…) »
Les documents d’époque illustrant ces propos (voir annexe 42-8-10) révèlent, dans leur sèche énumération au jour le jour des actions de la Résistance, combien les FFI pouvaient perturber les activités des troupes d’occupation.
Corse
Le sous-marin français Monge dépose 15 tonnes d’armes destinées à la Résistance.
Sardaigne
Les terrains de Cagliari-Elmas and Decimomanu sont attaqués par des B-26 américains et des B-25 français escortés par des Mustang II et des P-51A/B. Les bombardiers-torpilleurs des 105° et 130° Gruppi Aerosiluranti subissent de gros dommages.
Italie du Sud
La ville de Lecce est la cible de DB-73 basés à Zanthe, escortés de Mustang et de Hawk-87. La Regia Aeronautica s’efforce d’intercepter, mais perd sept chasseurs en échange de deux bombardiers, un Mustang I et un Hawk-87.
Rome
Le Ministre-Comte Cini rencontre des conseillers du roi Vittorio-Emmanuel III. La réunion se prolonge une partie de la nuit. Le Maréchal Badoglio prend part à la dernière partie.
Benghazi
Les 98e et 376e BG, qui ont été intensivement (et avec succès) engagés lors de l’opération Blowlamp, commencent à se regrouper à Benghazi pour entraîner de nouveaux membres d’équipage arrivant des Etats-Unis. Il est prévu qu’à la mi-septembre, les deux unités iront s’installer sur le nouvel ensemble d’aérodromes de Bône, où elles rejoindront le 93e BG, fraîchement arrivé (Colonel Edward Timberlake), pour constituer la branche de bombardement lourd de l’opération Torch.
Guadalcanal
Deuxième bataille de Savo – Le bombardement
00h00– Les navires de Scott atteignent l’extrémité de leur zone de patrouille, viennent au 315 et montent à 20 nœuds pendant 15 minutes, puis au 215 en ralentissant à 15 nœuds.
Au même moment, les navires de Tanaka, qui répète sans cesse à ses hommes qu’il sent la présence de l’ennemi, se sont disposés au centre de la Baie, 7 nautiques au nord de Pointe Cruz, pendant que la force de bombardement continue vers Tetere. Sachant qu’Iishi couvre l’entrée sud-ouest de la Baie, Tanaka porte son attention vers l’entrée nord-ouest.
00h20 – A 30 nautiques de la flotte alliée vers l’est-sud-est, les cuirassés et les croiseurs lourds d’Abe ouvrent le feu sur les positions américaines à Tetere. Les Marines bombardés surnommeront “The Big Night” la nuit de ce bombardement. Les obus de 457, de 406, de 203 et de 152 mm causent d’énormes dommages aux matériels, dépôts et réserves de toutes sortes dans la zone de Tetere. Sur les plages, de nombreuses petites embarcations sont détruites. Une bonne partie du ravitaillement de la 1ère Division de Marines est détruite.
00h40 – Scott reçoit enfin l’appel à l’aide des Marines. Ce retard dans les transmissions est dû à la fois aux perturbations météo et au fait que les antennes radio ont été endommagées par les premiers obus.
Effaré de découvrir que l’ennemi est dans la Baie alors qu’il le croyait encore dans le Slot, Scott ordonne à ses navires de pénétrer immédiatement dans la Baie et ce virage brutal leur fait quelque peu perdre leur cohésion tactique. La flottille de destroyers accélère à 32 nœuds pour prendre la tête, comme prévu, mais ils ne ralentissent pas une fois lancés. Crace n’a pas d’autre choix que de tenter de les suivre, mais le Shropshire a du mal à suivre les destroyers, et l’escadre de l’ABDAF perd peu à peu le contact avec la flottille. Les cuirassés montent à plus de 27 nœuds, mais perdent rapidement du terrain. Le zèle excessif des destroyers va leur permettre de préserver le reste de la flotte en attirant sur eux les premiers feux de l’ennemi, mais il va leur coûter cher.
Le martyre des destroyers américains
01h10 – Le premier sang va être tiré entre la flottille de destroyers américains et l’inévitable Capitaine Iishi. Les deux canonnières, de garde au milieu du passage entre Savo et Guadalcanal, aperçoivent les destroyers arrivant droit sur elles et lancent leurs moteurs principaux. Avertis par le bruit et observant leurs sillages, le Farragut et le Worden ouvrent le feu de leurs armes anti-aériennes. La H-12 est touchée et prend feu, l’autre canonnière s’enfuit. Les équipages novices des vedettes G-5 et G-7 lancent eux aussi leurs moteurs principaux pour une attaque à grande vitesse. Les deux vedettes deviennent ainsi visibles, et leurs cibles sont aussitôt remplacées par des cônes de traçantes qui convergent vers elles. La G-7, gravement touchée, lance ses torpilles à l’aveuglette et manque son but, puis explose. La G-5 zigzague, lance ses torpilles sans résultat, a la chance d’être épargnée et se rend (involontairement) utile en attirant l’attention des Américains. C’est suffisant pour Iishi, sur la G-1 accompagnée de la G-3, qui observe avec mécontentement ces manifestations d’incompétence. Ses bateaux avancent toujours à faible vitesse sur leurs moteurs auxiliaires silencieux, demeurant à peu près invisibles. Ils finissent par lancer leurs quatre torpilles à moins de 900 mètres contre l’arrière de la ligne américaine. Deux torpilles touchent le sixième destroyer, le malchanceux Stack, qui sort brutalement de la ligne, sombrant rapidement. Derrière lui, les Sterret et Selfridge doivent manœuvrer violemment pour l’éviter, et perdent immédiatement le contact avec les cinq premiers navires. Iishi a lancé un message d’alerte destiné à Tanaka et Abe, mais ce message se perdra dans les perturbations orageuses.
01h15 – Le Nagato quitte le Yamato et, accompagné du CL Yura et des DD Minegumo, Natsugumo et Harusame, se dirige vers l’ouest pour bombarder la zone de Red Beach.
01h20 – Les vigies de Tanaka observent une série d’éclairs lumineux à travers les ténèbres, au loin, entre Savo et Guadalcanal. Sachant qu’Iishi se trouve là, Tanaka en déduit immédiatement que des navires ennemis arrivent de cette direction et avertit Abe par radio. Aucun des navires d’Abe ne recevra ce message, sauf le Yayoi, qui se trouve à ce moment à couple du HMAHS Wanganella, dont il inspecte les papiers. L’inspection brutalement interrompue, le destroyer quitte le navire-hôpital, lui laissant une masse de paperasses en japonais parfaitement inutiles. Ses partenaires, les Mutsuki et Uzuki, qui inspectent le nord de la Baie, n’ont rien entendu.
01h22 – Le Nagato arrive devant Red Beach et commence à bombarder.
01h32 – Les vigies du Yubari aperçoivent à près de 10 000 mètres une colonne de destroyers américains – une performance exceptionnelle, même pour les hommes surentraînés de Tanaka. Ce sont les Farragut, Worden, MacDonough et Dale (2ème Division de DD), suivis du Lang (14ème Division). A ce moment, les Selfridge et Sterett sont à deux nautiques en arrière de leurs compagnons, et sur un cap divergent.
Tanaka ordonne au Kitakami de se mettre à l’écart, sous la protection du Tatsuta. Il reste avec ses quatre destroyers (Kuroshio, Oyashio, Hatsukaze et Hayashio) et ralentit à 12 nœuds.
01h35 – La distance est tombée à 7 000 mètres, et Tanaka ordonne à ses destroyers de lancer une salve complète. Bien entendu, ses canons restent silencieux tandis que les 32 torpilles Longues Lances filent vers leurs cibles.
01h38 – Les destroyers américains aperçoivent les cinq navires de Tanaka et ouvrent le feu – mais moins d’une minute plus tard, les torpilles frappent.Les résultats sont dévastateurs. Les Farragut et MacDonough sont touchés deux fois, le Dale trois fois, et tous trois sombrent en très peu de temps. Le Worden abat brutalement pour éviter le Farragut, ce qui le sauve des torpilles, mais il se jette ainsi sur le Yubari et sa suite. Accablé d’obus de 5 et 5,5 pouces, il parvient à toucher quatre fois le croiseur léger avant d’être incendié et de décrocher à faible vitesse vers Tulagi, à l’abri d’un grain miséricordieux. Cinquième de la file, le Lang a abattu en sens opposé au Worden, et s’est retrouvé seul dans l’obscurité, lui aussi en direction de Tulagi.
01h40 – Quelques nautiques plus au sud, les deux destroyers américains égarés, Selfridge et Sterett, tombent sur le Tatsuta, couvrant le Kitakami. Les quatre 140 mm du Tatsuta ont affaire aux quatre 127 mm du Sterett et aux huit du Selfridge. Le vieux croiseur léger est vite débordé, tandis que la portée tombe à 2 000 mètres, mais le Kitakami doit se mettre à l’abri – ses quarante torpilles le rendent trop vulnérable, et il n’est pas question qu’il les gaspille contre deux destroyers. Le Tatsuta lance ses trois torpilles, qui manquent leurs cibles car les deux Américains manœuvrent à grande vitesse ; lui-même évite les torpilles du Sterett, mais il reçoit 20 à 25 obus qui allument de violents incendies.
01h45 – C’est alors que surviennent le Yubari et ses destroyers. Le Sterett, atteint de façon répétée, est stoppé par trois impacts qui détruisent sa machinerie, et le Selfridge est obligé de décrocher vers l’ouest. Le Yubari achève le malheureux Sterett et s’apprête à porter secours au Tatsuta, en très mauvaise posture, quand le tonnerre se déchaîne à environ 6 000 mètres au sud-ouest.
L’ABDF attaque
Au large de la Pointe Lunga s’étend une large bande de pluie, l’une des nombreuses précipitations semées par le passage de la tempête tropicale sur la région. Ce très gros grain masque complètement aux vigies du Nagato (toujours fort occupé à bombarder Red Beach) le combat de l’escadre de Tanaka contre les destroyers américains. Cependant, Takama, sur le Yura, plus éloigné de la côte, se rend compte que Tanaka est engagé, et se dirige vers lui avec les DD Minegumo, Natsugumo et Harusame. Mais quand le Yura émerge à la limite nord du grain et perd de vue le Nagato, il est immédiatement pris pour cible.
01h44 – Le Shropshire, suivi du Duquesne, est en train d’abattre vers le nord-est, en direction du combat entre les destroyers américains et l’escadre de Tanaka, quand il voit surgir du rideau de pluie les navires de Takama. Heureusement pour le Yura, les premières salves des 8 pouces de l’Anglais et des 203 mm du Français sont mal ajustées et ces canons tirent assez lentement. Le croiseur léger peut lancer un appel radio, mais les communications japonaises se montrent à nouveau gravement déficientes (en partie du fait de la météo) : ni le Yamato, ni même le Nagato ne le captent, et aucun d’eux ne peut observer ce qui se passe, car la pluie qui barre la Baie se fait de plus en plus dense, tandis que les éclairs de départ des canons alliés se fondent avec les éclairs qui zèbrent les nuages bas.
Courageux et agressif, Takama décide d’attaquer à la torpille avec le Yura et ses trois destroyers. C’est une erreur, mais une erreur “selon le manuel” – le seul autre choix serait de tenter de se cacher à l’abri de la pluie, mais ce n’est certes pas un comportement recommandé dans la Marine Impériale. Crace, devant ce qui est visiblement une attaque à la torpille, donne l’ordre à ses navires de manœuvrer individuellement. Son escadre perd sa cohésion tactique, mais cette décision ruine tout espoir de trouver une solution de tir efficace pour les torpilles japonaises – et, au canon, les navires de Crace sont bien plus puissants que ceux de Takama. Toutes les torpilles japonaises ratent leur but, sauf une, qui frappe le Shropshire en avant de la passerelle. L’impact met hors service les tourelles A et B (la tourelle A sera réparée en quatre minutes, la B ne pourra plus tirer) et fait tomber la vitesse du croiseur anglais à 12 nœuds, mais il est loin d’être hors de combat. Dans la mêlée qui suit, le Yura est brutalement pilonné par les Shropshire et Duquesne, pendant que les 6-pouces du Brisbane écrasent le Natsugumo et que le Tromp incendie le Harusame.
01h48 – Le Brisbane lance de ses tubes bâbord contre le Yura en flammes. Deux torpilles vont au but et le croiseur japonais se casse en deux.
01h51 – Pendant ce temps, l’Arunta et les quatre DD hollandais mitraillent le Minegumo et le Harusame, qui brûle déjà. Tous deux se défendent de leur mieux, mais n’ont pas d’autre choix que de tenter de décrocher. Ils foncent vers l’est à 30 nœuds, poursuivis par le Tromp, bien dans son rôle originel de destroyer leader, qui emmène les Van Ghent, Van Nes, Witte de With, Isaac Sweers et Arunta.
La colère du Nagato
01h56 – Neuf minutes avant l’heure prévue pour la fin du bombardement, les deux destroyers japonais en fuite émergent du grain à 3 500 mètres du Nagato. Le Minegumo émet immédiatement un appel au secours au projecteur à éclats, qui sème la consternation sur la passerelle du cuirassé.
Quelques minutes plus tard, le Tromp et ses cinq destroyers débouchent à leur tour des nappes de pluie pour être accueillis par la vue effrayante d’un cuirassé ennemi en colère à guère plus de 3 000 mètres. Alors que d’énormes gerbes apparaissent au milieu d’eux, ils abattent immédiatement pour lancer leurs torpilles (3 000 mètres, c’est bien assez près !) et tentent de se réfugier dans l’épaisseur du grain. L’Arunta et le Van Nes sont engagés (sans résultat autre que de perturber le lancer de leurs torpilles) par le Minegumo et par le Harusame, mais la grande taille du Tromp attire le feu de l’artillerie principale du Nagato. Le croiseur hollandais est frappé par au moins trois (et peut être quatre ou cinq) obus de 406 mm ; il parvient de justesse à s’enfuir sous la pluie, mais ses machines endommagées tombent alors en panne. Il stoppe, dissimulé à la vue de tous malgré les flammes qui l’enveloppent. Dans le même temps, l’artillerie secondaire du Nagato a pris pour cible les destroyers[6] ; l’Isaac Sweers est à peine égratigné, mais le Witt de With est durement touché dans les hauts – cependant, sa machine est intacte et lui permet de s’enfuir. La riposte des destroyers n’a qu’un effet limité. Une torpille (sans doute de l’Arunta) frappe le Nagato à l’étrave. La voie d’eau n’affecte pas les capacités combatives du cuirassé, dont la proue penche simplement un peu. L’une des torpilles hollandaises touche en plein milieu, mais le bulbe anti-torpilles absorbe la plus grande partie de l’explosion. Une chaudière signale une sérieuse voie d’eau, mais elle reste en service et la vitesse du Nagato n’est pas modifiée.
02h07 – Sachant qu’il y a des croiseurs ennemis de l’autre côté du grain, le cuirassé suit ses deux destroyers à la poursuite des destroyers alliés.
Ce n’est qu’à ce moment qu’Abe apprend enfin que le reste de sa flotte affronte une force ennemie composée de croiseurs et de destroyers. Le Yamato est alors à l’extrémité est de son parcours de bombardement et ne peut rien voir de l’action. Précédé par deux croiseurs, les Myoko et Maya, et suivi par le Takao, il met le cap à l’ouest-nord-ouest, afin de passer au bord de la ligne des principaux grains.
02h12 – Le Nagato émerge des rideaux de pluie et découvre les croiseurs alliés, qui l’accueillent chaudement. Le Japonais dirige son artillerie principale sur le Duquesne pendant que son artillerie secondaire engage le Brisbane, lequel couvre ses destroyers, qui peuvent décrocher.
02h14 – Sur l’ordre de Crace, à bord du Shropshire, l’Australien et le Français décrochent à leur tour, laissant seul le croiseur britannique, qui ne peut donner plus de 12 nœuds mais arrose les superstructures du Nagato d’obus de 8 pouces. Le duel entre le cuirassé et le croiseur se prolonge huit minutes, mais son issue est écrite dès le premier obus.
02h22 – Le Shropshire n’est plus qu’un bûcher qui sombre. Cependant, plus de la moitié de son équipage sera recueillie par les petits navires de Phipps, dont Crace lui-même, qui n’est que légèrement blessé.
« Il avait été prévu que le Shropshire serait transféré à la marine australienne par un prêt dès la fin de 1942, et son équipage britannique était en cours de remplacement par de jeunes recrues australiennes et des officiers sortant de l’école navale. Ces Australiens constituaient au moment du naufrage environ la moitié de l’équipage et beaucoup occupaient des postes exposés (équipes de contrôle des dommages et équipes de pont supérieur). Leur âge moyen dépassait à peine 18 ans. L’Amirauté britannique décida qu’il fallait faire un geste pour saluer la perte de ces jeunes gens, qui laissait en Australie une amertume similaire à celle provoquée au Canada en 1914 par la mort des jeunes recrues embarquées sur le HMS Good Hope et tuées à la bataille de Coronel par les obus allemands. En dépit de sa destruction, le Shropshire fut officiellement versé à la Royal Australian Navy un jour avant d’être rayé des rôles de la Royal Navy. » (Jack Bailey, op. cit.)
02h25 – Le reste de la flotte de l’ABDF se dirige vers Tulagi.
Le Duquesne a été durement touché. Il a reçu quatre obus de 16,1 pouces. L’un a explosé à l’arrière et a détruit sa tourelle 3. Le deuxième (sans doute un APC) a tout simplement traversé le croiseur de part en part un peu au-dessus de la flottaison, détruisant deux chaudières et explosant en dehors du navire, dont la minceur du blindage réjouit pour la première fois son équipage. Le troisième obus a explosé contre le pied arrière bâbord du mât principal, ravageant de façon spectaculaire le pont supérieur et la superstructure. Le quatrième, un shrapnel incendiaire, a déchiqueté la cheminée arrière et provoqué des incendies sérieux sur le pont supérieur. Le Brisbane n’a pas été épargné, mais les huit obus de 6 pouces qu’il a reçus n’ont pas diminué ses possibilités combatives. Sachant que Scott arrive, les deux navires se replient vers Tulagi pour ne pas gêner sa télémétrie et éteindre leurs incendies. Les cinq destroyers se replient avec eux, mais trois n’ont plus de torpilles ou sont endommagés. Au bout d’un moment, le Brisbane ordonne à ces derniers d’accompagner le Duquesne et se prépare à retourner au combat, avec l’Arunta et l’Isaac Sweers, à qui il reste respectivement deux et trois torpilles.
Pendant ce temps, près de Tulagi, l’Achilles, qui a réparé sa pompe à mazout, a entendu le vacarme du combat, mais n’a pu rien y comprendre. Son commandant sait parfaitement que se rapprocher de l’action à l’aveuglette pourrait être désastreux, mais il n’en ordonne pas moins de se diriger vers le sud à vitesse prudente, attiré comme tout officier de la Royal Navy par le son du canon.
A ce moment, le champ de bataille appartient aux Japonais, qui ont défait les deux formations alliées pour un coût limité. Mais la lutte ne fait que commencer.
Le premier choc des géants
C’est alors que Scott fait son apparition, à la tête d’une très longue ligne de bataille : dans l’ordre, CA San Francisco (amiral), CL Nashville, BB North Carolina, BB Washington, CA Salt Lake City, CL Honolulu, CLAA Atlanta et DD Farenholt, Aaron Ward et Phelps. De ce qu’il a pu observer et des messages qu’il a pu recevoir alors qu’il se dirigeait vers l’est à 27 nœuds, l’amiral américain a déduit qu’une force légère ennemie se trouvait vers le milieu de la Baie, et qu’une force comprenant un cuirassé était située droit devant.
02h18 – Les vigies de Tanaka n’ont pas été longues à apercevoir la force de Scott. Elles le suivent depuis quatre minutes quand Tanaka décide de lancer toutes ses torpilles sur cette cible idéale : dix navires ennemis dont deux cuirassés. Ce sont soixante-douze torpilles qui filent en deux vagues : d’abord, les 32 des quatre destroyers (qui ont rechargé) et les 20 d’une bordée du Kitakami, puis, peu après, les 20 de la seconde bordée du croiseur lance-torpilles.
02h20 – Apercevant des navires en flammes devant lui, Scott suppose (avec raison) qu’ils appartiennent à l’escadre de l’ABDF et que le cuirassé ennemi est proche. Il ordonne donc d’abattre de 90° sur bâbord pour ouvrir l’arc de tir de ses navires et détruire le cuirassé en question, dont il entend maintenant les obus écraser le malheureux Shropshire, 9 000 mètres plus loin. Les destroyers doivent cependant continuer pour attaquer à la torpille. Scott décide aussi qu’une fois l’abattée achevée, sa formation se divisera : les croiseurs se rapprocheront à 5 000 mètres de l’ennemi pendant que les cuirassés resteront à 7 000 ou 8 000 mètres et commenceront à tirer.
02h21 – Cette abattée est observée avec désespoir par Tanaka. Elle permet en effet aux grandes unités américaines d’éviter le flot de torpilles qui foncent vers elles. Il ordonne immédiatement de tirer des obus éclairants pour illuminer la formation ennemie : c’est la façon la plus rapide et la plus efficace d’avertir le Nagato, car l’éclat des flammes de l’épave du Shropshire empêche le cuirassé de voir les navires de Scott. Les obus explosent au-dessus de la ligne américaine, silhouettant les grands bâtiments sous les yeux sidérés des officiers du Nagato. Quelques instants plus tard, le Japonais et le North Carolina ouvrent le feu l’un sur l’autre, pendant que Tanaka observe avec fureur les bâtiments ennemis virer l’un après l’autre avant de parvenir à la zone visée par les torpilles. Il ne s’aperçoit pas à cet instant que l’Atlanta continue tout droit, menant les trois destroyers attaquer le Nagato à la torpille, ce qui les fait rester dans les “eaux des torpilles” alors qu’ils dépassent l’Honolulu, qui entame son virage dans le sillage du Salt Lake City.
Les éclairs de départ des canons des six navires qui engagent le Nagato empêchent Tanaka de distinguer la suite, mais il aperçoit plusieurs détonations qui lui font penser qu’il a quand même obtenu quelques coups au but. En fait, il peut inscrire trois navires américains de plus à un tableau de chasse déjà bien fourni.
L’Honolulu a viré trop tard et reçoit deux torpilles : l’une ouvre un énorme trou dans la coque au niveau de la tourelle B, faisant taire d’un coup toute l’artillerie ; la seconde frappe entre les cheminées et met les machines hors d’usage. Le croiseur léger continue à virer sur bâbord et reçoit finalement une troisième torpille, venant à coup sûr de la deuxième salve du Kitakami, qui la brise en deux.
Peu après, l’Atlanta reçoit deux torpilles, une à l’arrière et une au milieu, et commence à couler par la poupe. Le Phelps est foudroyé par une autre et coule rapidement. Les deux autres destroyers sont épargnés mais, ne sachant d’où viennent les coups, ils interrompent leur attaque et se replient derrière le Salt Lake City.
Pendant ce temps, le Nagato touche à plusieurs reprises le North Carolina (huit fois en tout, avec des obus de divers calibres), mais il reçoit cette fois la monnaie de sa pièce. Une pluie d’obus, dont bien trop de 16 pouces, pesant chacun 1 200 kg, s’abattent sur lui et en font très vite une épave – et un enfer. L’explosion des obus qui le frappent produit un grondement continuel et l’air lui-même semble en permanence chargé de fragments de métal brûlant. En neuf minutes, le Nagato n’est plus qu’un énorme brûlot qui progresse encore à 12 nœuds vers la ligne américaine, dont il est à 5 000 ou 6 000 mètres. Les marins américains le décrivent alors comme « un amas sauvage d’acier tordu en flammes. » A ce moment, la plus grande partie des hommes d’équipage sont morts ou en train de mourir.
De son côté, le Nashville a aperçu le Minegumo et l’a presque désintégré avant qu’il puisse lancer ses torpilles sous ce que les survivants décriront comme « un déluge d’obus de 6 pouces. » Le dernier destroyer japonais, le Harusame, déjà en flammes, est engagé et touché par le Salt Lake City ; il s’enfuit vers le nord-ouest, mais ne tardera pas à être victime d’incendies incontrôlables.
02h25 – Alors que flambe le bûcher funéraire du Nagato, aux environs de Tulagi, les navires de l’ABDF se réorganisent et accueillent un invité : c’est l’USS Lang. Le Brisbane lui souhaite la bienvenue par ces mots typiques de la Royal Navy, “Australian” ou pas : « Ravis que vous puissiez vous joindre à nous, nous retournons justement à la fête pour nous amuser encore un peu ! » (So glad you could join us, we are going back to the party for another round of fun).
02h30 – Les vigies du Brisbane aperçoivent un navire non identifié qui avance à faible vitesse. Après quelques secondes tendues, elles réalisent que ce croiseur qui clignote « Vous ne pensiez quand même pas être débarrassés de nous ! » n’est autre que l’Achilles, qui a résolu ses ennuis de machines. C’est donc cinq bâtiments de quatre nationalités (RNZN Achilles, RAN Brisbane, RAN Arunta, USS Lang et HrMs Isaac Sweers) qui remettent le cap vers les combats.
Le second choc des géants
Sur le Yamato, pendant ce temps, Abe a été retardé par la pluie. Il ne voulait pas s’engager au milieu des grains sans être éclairé par un solide écran de destroyers – or, il n’en a que trois avec lui. Observant que les grains dérivaient vers le nord-ouest, il s’est rapproché de la terre pour chercher un trou dans le rideau de pluie.
02h35 – L’ombre énorme du Yamato émerge enfin sur la scène, au milieu d’averses dont l’intensité diminue, cap au 260. A ce moment, Scott se dirige au 035; il est à 8 000 mètres environ du Japonais. Les radars américains, brouillés par les torrents de pluie, signalent le Yamato quelques secondes avant son apparition en visuel, mais la lueur des incendies du Nagato mourant et les éclairs de départ de leurs propres canons empêchent les vigies américaines de voir de quoi il s’agit.
Abe engage immédiatement le cuirassé ennemi de tête – c’est le North Carolina. La première bordée du Yamato est relativement heureuse : deux obus touchent leur cible. La deuxième bordée obtient également deux coups au but et, cette fois, elle obtient un résultat inespéré ! Abe voit jaillir du North Carolina un pilier de flammes qui s’élève à trois cents mètres de haut, puis le cuirassé semble s’évanouir en fumée. Le Yamato ne tarde pas à diriger son feu sur le Washington, qui vient de régler son tir, ayant dépassé l’épave du Nagato.
Simultanément, les croiseurs s’affrontent. Le Myoko et le Maya, devant le Yamato, engagent respectivement le San Francisco et le Nashville. A l’arrière, le Takao engage le Salt Lake City, pendant que les Farenholt et Aaron Ward s’opposent à une tentative d’attaque à la torpille des Yayoi, Mutsuki et Uzuki. Les trois croiseurs japonais lancent eux aussi leurs torpilles (14 en tout). Mais dans la chaleur du combat, les treize navires se mettent à zigzaguer et seules deux torpilles touchent un navire américain : l’une frappe le Washington au milieu, crevant son carénage anti-torpilles, l’autre, bien au-delà de la ligne américaine, va atteindre le North Carolina. En effet, malgré la ferme conviction d’Abe qui croit l’avoir vu exploser et couler, le cuirassé est à flot et se dirige en titubant vers le nord-ouest. La torpille le frappe à l’arrière et tord les deux arbres de transmission tribord, faisant entrer huit mille tonnes d’eau, mais ce n’est rien comparé à l’état de sa partie avant.
La bataille fait rage, et le Yamato prend rapidement l’avantage sur le Washington. Cependant, la conception de ce dernier a réduit vitesse et blindage en échange d’une puissance de feu supérieure et ses canons utilisent les nouveaux obus de 1 200 kg, capables, à cette portée, de percer les 40 cm d’acier de la ceinture du Yamato si l’angle d’impact n’est pas trop différent de 90°. Deux obus y parviennent, causant des dommages substantiels au navire et des préoccupations considérables à l’état-major de l’Amiral Nagano[7]. Un autre obus frappe le blindage avant de la tourelle A. Il ne le pénètre pas, mais l’énergie cinétique de l’impact est énorme. Le choc est tel que le train de roulement de la tourelle est endommagé (bloquant la tourelle), le canon droit mis hors service et la plupart des servants tués ou blessés.[8]
Mais les dégâts causés au Washington sont encore plus sérieux. La tourelle principale arrière est mise hors service par un obus, un autre provoque un violent incendie au milieu du navire, puis deux autres perforent la ceinture et explosent dans la salle des machines n°3, qu’ils dévastent. De plus, les canons de 6,1 pouces du Yamato arrosent les ponts supérieurs du Washington d’une grêle de coups.
Au même moment, le Nashville prend l’avantage sur le Maya grâce à la cadence de tir supérieure de ses canons, pendant que le San Francisco et le Myoko font jeu égal et que le Takao domine de plus en plus nettement son adversaire, le Salt Lake City, le plus faible des croiseurs lourds engagés. Et tous les croiseurs japonais rechargent leurs tubes lance-torpilles.
02h26 – C’est un nouveau moment crucial de la bataille : quatre énormes obus de 18,1 pouces atteignent le malheureux Washington moins d’une minute trente. Deux pénètrent sa ceinture et explosent dans la machinerie, mettant la moitié des machines hors service et réduisant la vitesse à moins de 15 nœuds. Un troisième perce le blindage frontal de la tourelle B et explose à l’intérieur, éventrant la tourelle. Le quatrième endommage le gouvernail et le Washington se met à virer sur tribord, vers le Yamato. Celui-ci a aussi été atteint plusieurs fois, mais la plupart des obus n’ont pas pénétré son blindage et les seuls dommages touchant sa capacité de combattre sont la destruction d’une tourelle triple de 6,1 pouces. Il continue à soûler de coups le Washington, qui n’a plus qu’une tourelle tirant sous contrôle local.
Au même moment, le Salt Lake City quitte lui aussi la ligne. Il est gravement endommagé, perd rapidement sa stabilité (un problème congénital de sa classe) en raison d’une forte voie d’eau, et deux incendies sérieux brûlent sur son pont.
En face, le Maya souffre terriblement sous les coups du Nashville, sa superstructure massive semblant aimanter tous les obus. C’est pourquoi, débarrassé du Salt Lake City, le Takao redirige son tir sur le Nashville.
Dernier acte ?
Le Brisbane, suivi des Achilles, Arunta, Isaac Sweers et Lang, débouche sur la scène du drame. Les deux croiseurs arrosent immédiatement le Yamato de leurs vingt canons de 6 pouces, touchant de très nombreuses fois sa superstructure. Le Yamato riposte avec les batteries de 6,1 pouces qui lui restent pendant que ses 5-pouces engagent les destroyers. Les nouveaux arrivants lancent leurs torpilles à peu près au moment où les trois croiseurs japonais lancent leur seconde salve, le Lang lançant avec un temps de retard à cause d’un obus de 5 pouces japonais qui a perturbé ses communications.
Le Nashville est touché par deux torpilles (sans doute du Maya) et quitte la ligne, blessé à mort. Au moins une torpille du Takao frappe le Washington, qui gouverne de nouveau plus ou moins normalement, mais est toujours sous le feu du Yamato. A bord du San Francisco, Scott décide de décrocher en profitant de l’arrivée du Brisbane et de son groupe.
Les torpilles alliées troublent le tir du Yamato pendant plusieurs minutes et forcent la ligne japonaise à manœuvrer. Cela ne sauve pas le Maya, dont la superstructure ravagée flambe et dont trois tourelles sont hors de combat, mais dont les machines sont intactes. Une torpille, sans doute de l’Isaac Sweers, touche le croiseur en avant de la tourelle B. Sa vitesse tombe brutalement. L’Achilles, dont la ligne de tir vers le Yamato est momentanément gênée par un destroyer, lui envoie quelques bordées qui aggravent les choses.
Finalement, le Yamato peut consacrer toute son attention aux restes de la force de l’ABDF, et le Brisbane ordonne à sa flottille improvisée de se replier en émettant de la fumée. Le cuirassé a obtenu plusieurs coups au but avec son artillerie secondaire, mais un seul des obus de 18,1 pouces atteint son but ; il traverse sans exploser la passerelle de l’Achilles, tuant ou blessant tout le monde sauf un jeune enseigne de quart qui prend la barre. Ne pouvant appeler à l’aide, car les communications ont été coupées, il va gouverner seul le croiseur pendant de longues minutes…
Seul des trois destroyers à avoir encore des torpilles après l’engagement avec les deux destroyers américains, le Yayoi les lance sur ce qui reste du Washington. Quatre touchent, achevant le cuirassé qui coule rapidement, avec une grande partie de son équipage.
L’action s’apaise enfin. Abe rassemble ses navires et quitte la baie après avoir recueilli ce que ses destroyers ont pu trouver de survivants. L’épave du Nagato flotte encore, mais les survivants sont assez peu nombreux. Le Takao tire sur le vaisseau condamné les dernières torpilles de la nuit, de ses tubes tribord, qui n’ont pas servi en combat.
Puis, alors que s’éloignent les géants de Brobdignac, l’armada lilliputienne de Phipps commence à parcourir la Baie pour recueillir les survivants oubliés.
Le fantôme du North Carolina
Mais sous l’orage, près de Tulagi, le fantôme d’un géant erre encore.
Après les dommages infligés par le Nagato et avant d’être frappé à l’arrière par une torpille qui ne le visait pas, le North Carolina a reçu en quelques instants quatre dévastateurs obus de 18,1 pouces. Deux ont touché le blindage sous un angle trop faible pour le percer et n’ont pas fait de gros dégâts. Mais un autre a percé son blindage de ceinture et explosé dans sa machinerie et surtout, le dernier a perforé la barbette de la tourelle B et explosé à l’intérieur, mettant le feu aux charges entassées sur les élévateurs et dans la tourelle. Le coup était du même ordre de probabilité – faible ! – et de gravité – catastrophique ! – que celui qui avait anéanti le Hood en mai 1941. La déflagration aurait dû détruire le vaisseau, mais la pression n’est pas montée à un niveau catastrophique grâce à la grande stabilité des explosifs de propulsion de l’US Navy et au fait que le toit de la tourelle a sauté. L’explosion s’est donc “contentée” de provoquer un incendie d’une extrême violence. Les soutes à munitions avant ont été très vite noyées et, avec un petit peu de chance, le vaisseau a survécu. Cependant, quand le North Carolina a disparu aux yeux d’Abe derrière un rideau de pluie, un cinquième du cuirassé était un enfer, si brûlant autour de la tourelle B que l’acier fondait par plaques et que dans la tourelle A, la cordite des munitions commençait aussi à s’enflammer spontanément. Par bonheur, il n’y en avait pas beaucoup et l’aération de la tourelle a évité une nouvelle hausse de pression. En revanche, la température à l’avant est montée au point que la coque elle-même a bel et bien commencé à se tordre.
Quand le navire s’échoue au fond de la baie de Tulagi, toutes les ressources disponibles sont mobilisées pour combattre l’incendie, avec l’aide du Duquesne et des destroyers les plus endommagés, qui se sont réfugiés au même endroit. Au matin, Scott commence par être heureux que le très mauvais temps persiste. La pluie continuelle non seulement met la flotte à l’abri de la curiosité (et des bombes) des avions japonais, mais elle soutient les efforts des hommes qui combattent l’incendie. Vers 10h00, celui-ci est maîtrisé ; dans la soirée, il est repoussé ; le lendemain, il sera à peu près éteint, malgré plusieurs dangereux réveils.
La structure du navire est ravagée. La chaleur a été si intense que les caractéristiques métallurgiques de la barbette, de la tourelle et des blindages voisins ont été modifiées. Il en est de même pour les parois de la coque. Il semble pourtant possible que ce fantôme de cuirassé puisse aller jusqu’aux Fidji, où quelques réparations pourront être effectuées dans les eaux calmes de Suva Harbour. Nouméa est hors de question : la houle poussée par l’orage viendrait directement frapper la coque de côté, et celle-ci n’y résisterait pas. Le voyage vers les Fidji place la houle presque directement en poupe, ce qui réduit les mouvements du bateau et limite les contraintes imposées à sa structure, mais Scott ne s’attend pas à ce que le cuirassé survive au voyage.
Le Salt Lake City doit l’accompagner (ainsi que le Duquesne et quelques destroyers), mais le croiseur lourd américain a lui aussi beaucoup souffert. En dépit de mesures drastiques de réduction du poids dans les hauts, ses problèmes de stabilité sont si graves qu’il est décidé de ne lui laisser qu’un équipage réduit au strict minimum et composé de volontaires.
Comme Scott l’explique à Ghormley, il est impossible d’échouer correctement les deux navires près de Tulagi, ils n’ont aucune chance de survivre jusqu’à Nouméa en subissant une forte houle de côté, et la seule possibilité en dehors d’une évacuation vers les Fidji, pour terriblement aléatoire qu’elle soit, serait le sabordage pur et simple.
La mer cruelle
La fin de la bataille ne signifie pas la fin du mauvais temps. Toute la journée du 31, le temps va même se dégrader encore.
Alors qu’Abe se dirige vers Rabaul, lui aussi commence par accueillir avec plaisir les nuages et la pluie, car il y est à l’abri de l’aviation alliée (et singulièrement des avions du Hornet). Mais bien vite, se manifeste un aspect moins agréable de cette météo. Le croiseur lourd Maya est dans un état désespéré. Sur le chemin de Rabaul, dès qu’il émerge du Slot, il est exposé à la forte houle provoquée par la tempête alors qu’il tente de gagner l’abri de la côte est de Bougainville, escorté par les destroyers de Tanaka. Il commence à embarquer de grandes quantités d’eau par les brèches faites par les obus et les éclats dont il a été criblé ; son équipage, dont le tiers est mort ou gravement blessé et le reste est épuisé, est incapable de lutter. Alarmé, Abe lui ordonne de chercher l’abri de la côte, mais il est alors au sud-est de Bougainville. Il parvient à gagner les abords de la plus au sud des îles Shortland, mais ce n’est que pour y sombrer par 70 mètres de fond, à moins de deux nautiques d’eaux plus calmes. Presque tous les survivants sont récupérés grâce à des prodiges d’habileté des destroyers de l’escorte. Sur l’île voisine, un coastwatcher assiste au spectacle avec grand intérêt ; il signale à Nouméa qu’il a vu sombrer un croiseur de bataille de classe Kongo.
Pendant ce temps, une scène identique se déroule au sud-est des Salomon.
Le Salt Lake City a la malchance de subir une panne de machine complète. Il commence aussitôt à se mettre en travers, présentant le flanc à la houle ; son commandant comprend immédiatement que tout est perdu et ordonne d’abandonner le navire. Deux minutes après l’arrêt des machines, le Salt Lake City roule fortement sur bâbord. Quelques minutes plus tard, il chavire. La rapidité de décision de son commandant permet à tout l’équipage resté à bord de se sauver grâce à l’aide des destroyers hollandais et du Duquesne, qui réussissent à récupérer tout le monde malgré la force de la mer.
Ironiquement, le North Carolina, pourtant le plus terriblement touché des trois, survit au voyage jusqu’à Suva, bien que sa coque ait commencé à jouer au niveau de la tourelle B, où apparaît une forte voie d’eau.
De son côté, le Duquesne se dirige vers Brisbane, en Australie, où il subira quelques travaux qui lui permettront de rallier la côte ouest des Etats-Unis en toute sécurité.
Une épave ou un cuirassé ?
« L’état du North Carolina fut examiné avec précision à Suva. Il apparut que la coque avait besoin d’être sérieusement renforcée si le navire voulait un jour quitter l’abri de Suva Harbour, pour rallier Pearl Harbour et se mettre en cale sèche. Deux mois étaient nécessaire, avec l’aide d’un navire de réparations, plus un mois pour enlever les tourelles avant (du moins, la tourelle A et les restes de la B). Une fois à Pearl, il faudrait deux mois en cale sèche pour pouvoir faire le voyage jusqu’à la Côte Ouest afin d’y être à moitié reconstruit.
Informée de l’importance des dommages – les plus graves imaginables sans que le bâtiment coule – l’Amirauté britannique observa avec fair-play que les navires américains semblaient remarquablement bien construits et que leurs équipes de contrôle des dommages pouvaient donner des leçons même à celles de la Royal Navy. Néanmoins, elle constata aussi que, selon les standards britanniques, le coût économique de la réparation du cuirassé (élimination et reconstruction de 90% de la structure du vaisseau en avant des machines, soit 30% de la structure totale, nouveau blindage, nouvelle tourelle B et nouveaux canons) était trop lourd pour la mettre en œuvre, tout comme le temps nécessaire pour l’achever (24 à 30 mois).
Mais ces arguments ne parurent pas toucher les Américains. De leur point de vue, la réparation du North Carolina s’imposait, l’unique condition étant qu’il fallait pour cela réussir à le conduire jusqu’à Pearl Harbour… Ce n’était pas fait. » (Jack Bailey, op.cit.)
Défaite ou victoire ?
« L’état-major allié fut douloureusement surpris par les résultats de la bataille. Le cuirassé Washington était coulé et le North Carolina si endommagé que sa survie était incertaine. Deux croiseurs lourds (Salt Lake City et Shropshire), trois légers (Nashville, Honolulu et Tromp) et un anti-aérien (Atlanta), plus six destroyers (Dale, Farragut, MacDonough, Phelps, Stack et Sterett) avaient été coulés. Deux croiseurs lourds, deux légers et sept destroyers avaient été plus ou moins endommagés, les plus atteints étant le CA Duquesne et le DD Worden.
A ce moment, seuls les plus calmes des officiers purent considérer que, dans le cadre d’une guerre d’usure, la Deuxième Bataille de Savo était une victoire – une victoire stratégique et coûteuse, mais une victoire. Au bout du compte, l’US Navy et la Marine Impériale avaient “échangé” deux grands cuirassés, comme on échange deux pièces semblables aux échecs. De plus, si le North Carolina était hors de combat sine die, il semblait qu’un cuirassé rapide de classe Kongo avait été coulé (c’était en réalité le CA Maya).
Si, dans l’immédiat, le limogeage de Norman Scott fut envisagé, cette mesure fut assez vite écartée. Scott avait affronté de nuit une escadre japonaise de première importance et n’avait pas subi une défaite catastrophique. Ses tactiques avaient fonctionné. Et finalement, on oublia qu’il avait omis de garder un œil sur le passage entre Savo et Florida quand la nature des armes utilisées par les Japonais apparut au grand jour. Le North Carolina avait dans sa ceinture blindée principale deux énormes trous de plus de 18 pouces de diamètre. Deux jours plus tard, malgré la chaleur encore infernale, un homme examina de qui restait de la passerelle de commandement et constata qu’un obus avait percé un autre trou de 18 pouces dans 16 pouces de blindage. Enfin, la récupération de débris d’obus permit de conclure que le second adversaire des cuirassés américains était bien armé de canons de 18 pouces. Les enseignements de la bataille devaient être revus à la lumière de ce fait nouveau, qui provoqua un intense débat entre les responsables des constructions navales américaines.
On sait que l’issue de ce débat fut le lancement immédiat de la construction de deux cuirassés lourds de la classe Montana, aux dépens des deux derniers des six navires prévus de la classe New Jersey. Ceux-ci étaient dépeints comme des sortes de croiseurs de bataille, tout juste bons à escorter les porte-avions. Pour combattre les navires de ligne ennemis, avec la disparition (supposée) d’un deuxième classe Kongo et la disposition de navires rapides anglais et français, ce genre de navires ne s’imposait plus. Seuls les Iowa, New Jersey, Missouri et Wisconsin entrèrent donc en service, en janvier, avril, septembre et octobre 1943 respectivement. Les super-cuirassés Montana et Ohio, eux, entrèrent en service en avril-mai 1944.
Néanmoins, la construction de porte-avions lourds fut poursuivie et intensifiée, afin d’éviter de s’exposer aux aléas d’une bataille nocturne en surface. Et ces porte-avions se virent adjoindre les navires de la classe Alaska, baptisés “Croiseurs de Commandement”. Dotés d’un équipement radio, radar et anti-aérien considérable, ces six vaisseaux entrèrent en service entre le début de 1944 et la fin de la guerre. » (Jack Bailey, op. cit.)
Victoire ou défaite ?
« Dans la Marine Impériale, si certains chantèrent victoire et si les partisans des cuirassés se rengorgèrent devant la performance du Yamato, les têtes les plus froides de l’état-major conclurent très vite que ce n’était pas le genre de victoire que le Japon pouvait se permettre. « Je savais parfaitement, explique l’Amiral Yamamoto dans ses Mémoires, que toute bataille où le rapport des pertes était de moins de trois pour un en notre faveur nous rapprochait en réalité de la défaite ; or le résultat de celle-ci était de deux pour un. » Le cuirassé Nagato, qui n’avait qu’un sister-ship (le Mutsu) et n’était surpassé que par le Yamato et le Musashi dans la flotte japonaise, était coulé. Le croiseur lourd Maya et les croiseurs légers Yura et Tatsuta avaient été détruits, ainsi que les destroyers Harusame, Minegumo et Natsugumo. Le croiseur lourd Myoko était gravement touché, le croiseur lourd Takao, le léger Yubari et quatre destroyers étaient plus ou moins endommagés. Même le puissant Yamato avait sérieusement souffert.
Le fait que l’armure “invulnérable” du Yamato ait été percée fut d’ailleurs un choc très pénible. La découverte que l’US Navy avait utilisé des obus de 16 pouces originaux ne fut pas une consolation, bien qu’elle entraînât le lancement d’une étude sur la faisabilité d’une modification semblable des obus de 18,1 pouces de la classe Yamato.
L’efficacité des croiseurs alliés armés de 6-pouces était aussi source d’inquiétude. Le Maya en avait affronté un seul et avait fini par le couler, mais grâce à ses torpilles, et après s’être fait littéralement déchiqueter par les “petits” canons de son adversaire. La superstructure du Yamato lui-même avait subi de réels dommages sous les coups de ces canons de 6 pouces et des canons de 5 pouces de l’artillerie secondaire des cuirassés. Les servants des batteries de 5 pouces, mal protégés, avaient subi de lourdes pertes. Pourtant, le grand bâtiment avait fait ce pour quoi il avait été conçu. Il avait affronté deux cuirassés de type “traité de Washington” et les avait coulés tous les deux (supposait-on). Il était cependant très clair que le Nagato l’avait beaucoup aidé, volontairement (en endommageant le premier cuirassé ennemi) et involontairement (en gênant la visée du second pendant quelques minutes vitales). De plus, le Yamato avait eu beaucoup, beaucoup de chance lors de son premier duel. Enfin, il était évident que le plan de bataille d’Abe avait permis à l’ennemi d’affronter les deux cuirassés japonais l’un après l’autre, ce qui aurait pu lui permettre de les battre en détails. C’est pourquoi l’amiral fut démis de son poste quelques semaines plus tard.
Comme l’US Navy, la Marine Impériale réexamina son programme de constructions à la lumière du résultat de la bataille, mais elle n’avait pas les moyens de son ennemie. L’achèvement du Shinano comme cuirassé était hors de question, ce qui n’empêcha pas certains de le réclamer à cor et à cris. En revanche, il fut plus facile de s’accorder sur l’achèvement des croiseurs Ibuki et Kurama avec un armement à base de canons de 6,1 pouces. Ces canons existaient déjà : dix tourelles provenant des croiseurs de la classe Mogami et quatre (dont une endommagée) qui devaient être enlevées au Yamato et au Musashi pour être remplacées par des batteries anti-aériennes. L’achèvement de ces deux croiseurs devint une priorité. » (Jack Bailey, op. cit.)
Guadalcanal
Après la bataille
Les Marines s’appliquent à réparer les dégâts causés par le bombardement, pendant que la flottille néo-zélandaise recueille les survivants des navires coulés. Près de deux cents blessés doivent être évacués par hydravion, quand ils seront capables d’opérer normalement. En effet, la région est balayée par des vents forts et des pluies diluviennes.
Dans la nuit, la houle s’étant un peu apaisée, le CC Iishi conduit dans la baie deux de ses vedettes lance-torpilles, les G-1 et G-2, ainsi que deux canonnières, les H-11 et H-13. Il sait que de nombreuses embarcations alliées font la navette enre Tulagi et Tetere et il veut savoir ce que peuvent faire ses canonnières. A 23h30, il rencontre plusieurs LVT-I et en incendie trois ; à 00h10, c’est au tour d’un LCT et de deux Higgins. Les canons de 25 mm des canonnières se révèlent très efficaces contre ces petits bateaux non protégés et peu ou pas armés.
C’est alors qu’Iishi voit s’approcher deux autres bateaux, et il se lance à nouveau à l’attaque. Mais les nouveaux venus ripostent : ce sont le HMNZS Humphrey et la vedette NAB Kingfish, alertés par le bruit et par les flammes des bateaux incendiés. Une sorte de combat tournoyant s’engage, sans qu’Iishi puisse obtenir une solution de tir pour ses torpilles contre le Humphrey, qu’il prend pour un bâtiment nettement plus gros. Il y a de chaque côté plusieurs morts et blessés. Au bout de dix minutes de ce manège, les Japonais rompent le combat. La structure en bois du Kingfish est très endommagée, et la petite embarcation devra être tirée au sec à Tulagi pour y être réparée.
Cette action confirme la présence de vedettes rapides de la Marine Impériale dans la zone de Guadalcanal, et l’état-major allié, informé, demande l’envoi immédiat de bâtiments du même type. Les seules qui soient disponibles dans l’immédiat sont quatre vedettes hollandaise de classe TM-4, rescapées des Indes Néerlandaises. Ce sont de très petits navires (59 pieds de long – moins de 20 mètres – et 13 tonnes), légèrement armés (trois mitrailleuses légères), mais elles sont rapides (33 nœuds) et portent deux torpilles de 18 pouces. Les dispositions sont prises pour les acheminer au plus tôt jusqu’à Tulagi, où elles doivent renforcer la petite flotte de Phipps.
[1] L’Achilles vient d’arriver de l’Atlantique, où, après sa participation à la chasse au Graf Spee, il a pendant plus de deux ans assumé des tâches moins fameuses d’escorte de convois. Il a bénéficié en chemin d’une remise en condition en Nouvelle-Zélande.
[2] Giraud croit appliquer une règle du français en ne conservant pas la particule lorsqu’il s’adresse à De Gaulle (ou lorsqu’il parle de lui) d’une façon relativement familière, comme son grade le lui permet. En fait, cette règle ne s’applique que pour les noms de deux syllabes ou plus (Lafayette, par exemple).
[3] On sait aujourd’hui que ce dernier, à son arrivée à Paris, avait aussi pris contact avec certaines de ses relations dans l’entourage de Laval et notamment avec René Bousquet (par l’intermédiaire d’un collaborateur de celui-ci, Jean-Paul Martin). Mais ce lien, qui n’a pas suffi à éviter à Mitterrand l’arrestation, la prison et les mauvais traitements, ne permet pas d’en faire le Judas que certains ont dépeint. A la fin de sa vie, Mitterrand regrettera cependant publiquement le procès et l’exécution de Bousquet, en 1945, expliquant qu’une intervention de sa part lui avait sans doute « sauvé la peau » fin 1942.
[4] L’ancienne Radio Paris a été rebaptisée sur l’inspiration de Philippe Henriot, qui a cru ainsi échapper au slogan meurtrier « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand », mais en pratique, tout le monde continue d’appeler par son ancien nom la station la plus collaborationniste de France.
[5] L’Organisation Spéciale (OS) était une structure du Parti Communiste Français créée dès 1940 et chargée d’assurer la protection des cadres importants du Parti, à commencer par Jacques Duclos.
Le Groupe de Sabotage et de Destruction (GSD) était une autre structure du PCF créée en 1940 pour mener des actions de sabotage des infrastructures du pays, mais sans attaque directe contre l'occupant. Son rôle fut aussi d'infiltrer les syndicats et autres organisations de masse créées par les ministères lavalistes.
[6] Cette série d’actions est l’une des rares occasions où un cuirassé ait ainsi divisé son tir.
[7] Des fragments de ces obus seront recueillis et révèleront certaines de leurs originalités, conduisant les ingénieurs de la Marine Impériale à étudier un nouvel obus APC de 18,1 pouces.
[8] A 500 m/sec., l’énergie cinétique d’un obus américain de 16 pouces est de 306 450 tonnes par mètre-seconde2, soit l’équivalent de celle d’un navire de 1 500 tonnes filant 27 nœuds.