Août 1942 (1/7)
1er août
Estuaire de la Tamise
Des chasseurs-bombardiers allemands du 10 (Jabo)/JG 26 attaquent des navires attendant la marée et coulent deux caboteurs. Ils échappent à l’interception des Tornado basés à Manston ou des nouveaux Spitfire XII.
Grèce
Les avions alliés mènent de nombreuses missions à basse altitude d’interdiction ferroviaire et routière entre Athènes et Larissa. Un NA-73 du GC II/6, venu de Maleme, est abattu par la flak en attaquant des camions sur la route qui longe la côte d’Eubée.
Dans l’après-midi, les avions du JG 27 et du II/JG 3 tentent de gêner les appareils alliés qui rôdent au dessus de la Grèce à moyenne ou basse altitude. La 13ème EC perd deux NA-92FGA (du GC II/13) et trois NA-73 (un du I/13 et deux du III/13), mais elle ne se laisse pas faire ! Lors de combats aériens qui se déroulent souvent à moins de 1000 pieds, trois Bf-109 sont abattus, ainsi que deux MC-200 du 6° Gruppo du Major Marco Larcher (1er Stormo CT). En effet, sans que cela ait été officiellement indiqué à Mussolini, les unités de la Regia Aeronautica ont été maintenues en Grèce malgré ses demandes pressantes.
Front russe
Secteur Centre – Saillant de Smolensk
De fréquents bombardements d’artillerie soviétique frappent la 256ème D.I. allemande, le long de la rivière Vop (un affluent du Dnepr), à la pointe de la partie nord du Saillant. Sur sa gauche, la 15ème D.I., récemment arrivée, n’est pas épargnée.
Le Général G.K. Joukov établit son poste de commandement avancé à Yartsevo, tandis que Vyazma devient le QG principal du 1er Front de Biélorussie et le principal centre logistique pour les forces soviétiques engagées au nord du Saillant (Roslav étant le centre logistique pour les forces engagées au sud). L’existence de deux lignes de chemin de fer importantes (l’une allant à Vyazma et l’autre à Roslav) permet un trafic quotidien soutenu, atteignant parfois 20 trains, pour amasser des munitions. Une partie de la population civile de Roslav et Vyazma est mobilisée pour accélérer le déchargement des trains.
Mer Noire
Tôt dans la matinée, le DL Tashkent, escorté par les DD Smyshlonnyi, Soobrazitelnyi, Sposobnyi et Soverscheenyi, quitte Sébastopol pour une nouvelle mission de mouillage de mines. Vers 22h50, cette flottille pose 232 mines au large de Varna (Bulgarie). Les navires soviétiques évitent de bombarder les installations portuaires, car l’Union Soviétique n’est pas officiellement en guerre avec la Bulgarie, même si les forces allemandes traversent librement le pays et que des avions bulgares organisent des patrouilles contre les sous-marins soviétiques.
Trincomalee
22h30 – Sous le commandement du Vice-Amiral Sommerville, la flotte britannique de l’Océan Indien[1] lève l’ancre et prend la direction des îles Nicobar.
Chine – Campagne de Chekiang et Kiangsi
Les forces de la 11e Armée japonaise isolées derrière les lignes chinoises réussissent à atteindre Jingde-Shan et à faire leur jonction avec la 13e Armée. Le Général Anami n’a plus avec lui que 35 000 hommes, presque tous Japonais. Il a perdu plus de 60 000 soldats (dont 40 000 Mandchous).
Piste de Bulldog (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
Des éléments de la Force Horito explorent les premiers kilomètres de la piste de Bulldog, le long de la rivière Bulolo. Ils tombent dans une embuscade de la Force Kanga, tendue à trois heures de marche vers le nord-est en direction de Kaisenik, et perdent huit hommes. Horito ordonne alors à 200 hommes de faire mouvement dans la nuit et d’attaquer dès l’aube les positions de la Force Kanga.
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Après presque trois semaines de préparation et de patrouilles, Wootten commence à avancer sa 18ème Brigade sur la Piste de Kokoda le long d’Eora Creek. Les Japonais, qui ont eux-mêmes fait de leur mieux pour se renforcer, les attendent au village d’Eora, mais ce n’est pas tout de suite visible. De Templeton’s Crossing au village, il n’y a que six km, mais le terrain est accidenté – deux heures et demi de marche difficile pour un homme en forme et ne portant aucune charge. Sur les deux premiers km, les Japonais n’opposent aucune résistance. Ils ne vont commencer à se raidir qu’à 3 km du village.
Il faut rappeler que la piste qui va de Templeton’s Crossing à Eora suit la rive droite du canyon d’Eora Creek. Avant d’atteindre le village, la piste grimpe à flanc de montagne au milieu d’une forêt vierge saturée d’humidité jusqu’à ce que le grondement du torrent glacé qu’est Eora Creek ne soit plus perceptible. De la piste, dans la jungle, la visibilité est nulle – dix mètres, peut-être. La piste traverse à angle droit quatre crêtes en lame de couteau avant de plonger dans la pente jusqu’à la saillie où s’accroche le village d’Eora, puis va retraverser le torrent.
Wootten fait progresser quatre compagnies de front. Les hommes cheminent au milieu d’une jungle épaisse où de l’eau dégouline de toute part, sur d’épaisses couches de mousses et de champignons et des amas de feuilles pourries. A chaque pas, les soldats de l’AIF découvrent des preuves de la résistance acharnée opposée par l’AMF durant leur retraite après la bataille d’Eora Creek – beaucoup de ceux que plus personne n’appelle “Chocolate soldiers”, qui dorment de leur dernier sommeil. Il faut ramasser les plaques d’identité et marquer les endroits où reposent les corps.
La première crête est atteinte sans incident avant la tombée de la nuit. Au sommet se trouve un arbre, un parmi des milliers d’autres, mais à son pied est allongé le cadavre pourrissant d’un homme qui fut de haute taille. Tout autour de lui gisent les restes de onze Japonais. C’est Sam Templeton. La crête est immédiatement baptisée Templeton’s Stand.
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
« A la pointe est de la Nouvelle-Guinée, Milne Bay est en forme de rectangle, allongée d’ouest en est sur une trentaine de km, large d’une douzaine, et ouverte à son extrémité est, entre le détroit de Chine, au sud-est, et la péninsule du Cap Est, au nord-est. La baie est donc très abritée, entourée de trois côtés par de pentes raides et boisées, ne donnant sur la mer que par des mangroves ou par d’étroites bandes de terre marécageuse entrecoupées de zones plus sèches, sablonneuses et semées d’innombrables palmiers et cocotiers. Quoique la baie soit assez profonde, les seuls points de la côte où il soit impossible de débarquer sont les mangroves.
Si, le long des bords nord et sud de la baie, la bande côtière ne fait jamais plus de 1 500 mètres de large, et souvent deux ou trois fois moins, elle s’élargit à l’extrémité ouest en une plaine côtière de 6 à 8 km de large, avant de rencontrer les collines.
Milne Bay est en général très humide, et plus humide encore pendant la saison des pluies, qui commence en juillet. Elle est également réputée comme l’une des capitales mondiales du paludisme, tant par le nombre et la férocité de ses moustiques que par la virulence de ses parasites sanguins.
C’est dans cet villégiature enchanteresse que l’armée australienne avait envoyé la 7ème Brigade de la 1ère Division de l’AMF, venant du Queensland (Brisbane) et commandée par le Brigadier Field. La 7ème comprenait les 8ème, 25ème et 61ème bataillons d’infanterie, le 5ème Royal Australian Artillery et le 7ème Royal Australian Engineers. La 18ème Brigade arrivant à Port Moresby, l’état-major avait décidé de renforcer la 7ème Brigade avec le 53ème Bataillon de la 30ème Brigade, stationnée à Port Moresby et censée être acclimatée.
Puis, la 15ème Brigade avait été assignée à Milne Bay. Ses quatre bataillons (57ème, 58ème, 59ème et 60ème) arrivaient de l’Etat de Victoria et n’étaient nullement acclimatés, ce qui réduisit sévèrement leur capacité de travail. Le pire était qu’ils persistaient, malgré les conseils, à porter des shorts et à relever leurs manches, voire à ne pas mettre de chemise chaque fois qu’ils le pouvaient… ce qui les rendait très vulnérables aux piqûres de moustiques, donc au paludisme.
Le Major-Général Clowes commandait l’ensemble de la région. Sa tâche principale était de construire des infrastructures. Il disposait pour cela du 7ème Bataillon des RAE et de quelques compagnies du génie de l’US Army. Ces troupes installèrent assez rapidement deux terrains d’aviation à l’angle nord-ouest de la baie, près du village de Gili-Gili (Turnbull, sur Swinger Bay, au nord-est du village, et Gurney, 3 km à l’ouest du village). On construisit aussi des appontements près de la Mission Ladava et un réseau routier décent. Les conditions de travail des hommes du génie étaient atroces. Choisir les endroits où installer les terrains avait été facile, mais élargir trente km de pistes, les renforcer de plaques métalliques, creuser tout le long des fossés de drainage et remplacer les dix-sept ponts de bois légers par des structures capables de supporter le passage d’un camion de 10 tonnes à pleine charge avait été une tâche herculéenne. Et tout cela avait dû être fait avant que les pluies ne transforment les routes en question en bourbiers infranchissables. A l’ouest de Waigani (à 8 km environ de Gili-Gili), il n’y avait que des pistes.
Au début d’août, il y avait là trois squadrons de la RAAF : le Sqn 75, sur Hurricane, le Sqn 76, sur Boomerang et Wirraway, pour l’appui au sol, et le Sqn 100, sur Beaufort, dont on espérait beaucoup. La base n’avait pourtant pas été prévue pour recevoir autre chose qu’un squadron de chasse, et l’état des pistes posaient d’énormes problèmes, en dépit des couvertures de plaques Marsden. Les pistes étaient souvent recouvertes par 5 à 10 cm d’eau et il était fréquent que les avions aquaplanent et aillent s’enliser au bord de la piste dans le sol mou et spongieux. Ces difficultés épargnaient heureusement les hydravions Saro Lerwick du Sqn 11, installés au creux de la baie. En revanche, l’humidité omniprésente affectait gravement les appareils de l’unité de radar N° 37, qui étaient souvent en panne.
Clowes avait aussi fait construire une solide ligne défensive le long de la mer, de la Mission Ladava au sud-ouest jusqu’à l’embouchure de Poin Creek, au nord-est, près du point où la piste de Turnbull touchait presque la mer. La partie est de cette ligne était défendue par le 53ème Bataillon. Le QG de la 15ème Brigade avait été établi à Gili-Gili et ses unités couvraient la côte à l’est du 53ème Bataillon, jusqu’à la Mission K.B. Le QG de la 7ème Brigade était à Hagita House, au sud de la piste de Gurney, et ses unités couvraient la côte au sud-ouest.
Toute cette installation n’avait pu se faire que grâce à des transports par la mer et notamment à deux petits cargos, les AK Anshun (3 188 GRT) et Anking (3 472 GRT), tous deux de la China Navigation Co et filant à la vitesse raisonnable de 12 nœuds. Six bâtiments de guerre devaient les couvrir : le DD Warramunga (tout neuf et mis en service à la hâte), les DD Thracian, Vampire, Vendetta et Voyager et les avisos Swan et Yarra (tous de la RAN, sauf le Thracian, de la Royal Navy).
Le commandement allié avait bien pressenti que la stratégie japonaise ne s’en tiendrait pas à l’attaque de Lae/Wau (en mars) et de Buna-Kokoda (en mai). Milne Bay était en effet en troisième position sur la liste des cibles de la Marine Impériale en Nouvelle-Guinée. Son attaque devait utiliser les mêmes transports et les mêmes navires de guerre de seconde ligne. La flotte d’invasion de Milne Bay était ainsi composée :
– Force principale : CLTT Ooi (amiral), CL Tama, DD Asagao, Fuyo, Minekaze, Okikaze et Sawakaze, ACR Yakumo, Idzumo et Iwate[2], ML Okinoshima, ravitailleur d’hydravions auxiliaire (AV) Kunikawa Maru (avec 8 x A6M2-N et 4 x E13A1), transports AK Bangkok Maru (5350 GRT), AK Nankai Maru et Nanai Maru (3 500 GRT), AK Ka Maru n°4 et Ka Maru n°33, LSI Shinshu Maru et Mayasan Maru, LSV(A) Koryu Maru n°1 et Koryu Maru n°2.
– Force d’appui : 2 x dragueurs de mines auxiliaires (AMS) type 1[3] et 4 x chasseurs de sous-marins auxiliaires (ASC) type Cha-1[4], 8 x péniches de débarquement de 17 m (39 t, 10 nœuds, chargées de ravitaillement). »
(extrait de B. Marcus – Les Forces Armées Australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale)
Brisbane
Dans la nuit, quatre G4M1 de Tenaru attaquent la ville. Les dommages sont minimes, mais la défense commence enfin à s’organiser efficacement : un Defiant de la RAAF abat un des bombardiers, qui s’écrase en mer avec tout son équipage.
Tenaru est attaqué par un B-17 et trois Manchester. Un dépôt d’essence est incendié.
2 août
Sicile
Le terrain de Cagliari-Elmas est attaqué par 48 B-24 de l’USAAF (24 du 98ème BG et 24 du 376ème BG), escortés par 48 Mustang II de la 5ème EC. Cette fois, la Regia Aeronautica ne tente aucune interception et l’aérodrome reçoit 192 tonnes de bombes. Cinq bombardiers-torpilleurs SM-79 II et deux Fiat CR-25bis de reconnaissance sont détruits et plusieurs autres avions endommagés.
Grèce
Les bombardiers alliés frappent durement la région d’Athènes. La Force Aérienne de Mer Egée perd 11 appareils (dont deux abattus par la flak), mais détruit quatre chasseurs allemands et deux italiens.
Front russe
Secteur Centre – Saillant de Smolensk
Nouvelle journée de bombardement de l’artillerie russe contre les divisions allemandes. Chacune des quatre divisions du XXème Corps (d’est en ouest, 256ème, 15ème, 162ème et 112ème) subit entre 150 et 200 morts et blessés.
Observant que l’artillerie allemande mécanisée (canons de 75 et de 150 mm sur châssis de Pz-I et II notamment) commence à quitter le Saillant pour se redéployer vers la région de Zlobin et Gomel, le Général Materna (XXème Corps) demande au chef de la 9ème Armée, le Colonel-Général Strauss, l’autorisation de retirer son corps d’armée du Saillant. Cependant, Strauss ne peut que transmettre cette demande au chef du Groupe d’Armées Centre, von Bock, et celui-ci, respectant les nouveaux plans (et la volonté de Guderian et de Hitler), doit refuser.
Mer Noire
Un groupe de onze vedettes rapides G-5 soviétiques attaquent un petit convoi roumain quitant Soulina. Elles coulent un ferry Siebel et deux péniches fluviales du Danube. Mais les G-5 sont alors contre-attaquées par les trois vedettes rapides roumaines de classe Viforul, qui détruisent deux des vedettes soviétiques.
Piste de Bulldog (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
Les 80 soldats de la Force Kanga qui barrent la route à la Force Horito repoussent la première attaque, tuant une vingtaine d’assaillants, mais perdant douze hommes. Les survivants se replient lorsque leurs éclaireurs leur apprennent que les Japonais ont entamé un mouvement tournant. Ils vont rejoindre le “gros” de la Force Kanga trois heures de marche plus loin, à une heure de marche au sud-ouest de Winima. Harcelés par quelques tireurs isolés (des Papous engagés dans les New Guinea Volunteers Rifles), les Japonais vont mettre plus de deux jours pour regrouper leurs forces et rejoindre leurs adversaires.
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Avant l’aube, les hommes de la 18ème Brigade se remettent en marche.
A la deuxième crête, ils se rencontrent leurs premiers Japonais et une série de brèves actions commence, opposant des petits groupes d’hommes, sections ou escouades. Les Japonais ont construit de nombreuses petites positions très bien camouflées. Chacune oppose une résistance brève quoique mortellement dangereuse, mais les défenseurs se replient vers la troisième crête quand les Australiens commencent à les envelopper.
La troisième crête est plus sérieusement défendue, autour de quatre petites saillies. Chacune de ces positions comprend quinze ou vingt trous d’hommes autour d’un nid de mitrailleuse légère. Le tout est si bien caché que les hommes de l’AIF ne découvrent la présence de l’ennemi que lorsque des tirs venant de positions impossibles à voir à plus de quelques mètres éclatent au milieu d’eux, provoquant de lourdes pertes.
Rien à voir avec les combats contre les Italiens en Afrique…
Petit à petit, les Australiens avancent et entourent les positions japonaises, mais il faut alors les prendre d’assaut et aller chercher chaque Japonais de son trou en lançant une micro-attaque féroce. Les Japonais – une compagnie environ – combattent cette fois jusqu’à la mort. Peu avant le crépuscule, la dernière des quatre position est nettoyée. Les Australiens passent la troisième crête et se dirigent vers la quatrième.
C’est là qu’ils se heurtent à la principale ligne de défense japonaise, devant le village d’Eora. Un orage de tirs venus de mitrailleuses légères et de lance-grenades repousse alors les attaquants jusqu’à l’abri de la troisième crête. Dans la nuit, les deux compagnies les plus touchées sont relevées. Leurs remplaçantes sont immédiatement engagées dans une série de petites attaques de reconnaissance. Peu après minuit, les combats s’apaisent. Trois compagnies accrochent l’ennemi de face et la quatrième commence à contourner son flanc, mais elle aura besoin de toute la nuit pour y arriver.
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Milne est attaqué pour la première fois, par quatre A6M2 et quatre G3M venus de Lae. Trois Hurricanes sont détruits au sol et un Lerwick est coulé au mouillage. Le radar est en panne, mais six Hurricane en patrouille interceptent les Japonais sur le chemin du retour et abattent deux des bombardiers avant de perdre l’un des leurs sous les coups des Zéro (le pilote se parachute dans la baie). Quatre Hurricane de renfort arriveront le lendemain de Port Moresby.
Nouvelle-Calédonie
Le nouveau complexe d’aérodromes de la plaine des Gaiacs (au centre de la côte ouest) est déclaré opérationnel. Il possède une piste de 2 300 m, une de 1 700 m et huit petits terrains d’urgence. Le terrain de La Tontouta, un peu plus au sud sur la plaine des Gaiacs, à 90 km de Nouméa, doit être fermé pendant deux mois pour être remis en état : il faut achever de réparer les dégâts du raid japonais et l’usure liée à une utilisation intensive depuis plusieurs mois.
Au large de la côte est de l’Australie
Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)
04h50 – Le Ro-67 torpille le caboteur Melida B (250 GRT, allant de Taree à Sydney avec un chargement de beurre), qui navigue sans escorte au nord de Port Stephens. Le sous-marin a en effet pris le petit navire (qui, selon les consignes de la Marine Impériale, aurait dû être canonné) pour un vaisseau de 1 500 GRT. Sur cette modeste victoire, le sous-marin rentre à Kwajalein.
3 août
France et Belgique occupées
Circus-188 est le nom de code d’une grande opération destinée à tester la défense aérienne allemande avant Rutter.
Les aérodromes de Lille-nord, Abbeville-Drucat et Cambrai sont bombardés par sept squadrons de Beaumont de la RAF[5] et quatre Bomber Squadrons de B-17 de l’USAAF[6]. Le terrain d’Arques-la-Bataille est attaqué par les Tornado des Sqn 56 et 245, portant chacun deux bombes de 500 livres. Les portes des écluses de Bruges sont attaquées par les Hurri-bombers des Sqn 3 et 32. Une massive escorte de chasse est fournie par 204 Spitfire V de dix-sept squadrons de la RAF[7], couverts en altitude par 140 Spitfire IX de neuf squadrons de la RAF et deux groupes de l’Armée de l’Air[8]. Pendant toute l’opération, les terrains connus pour être des nids de chasseurs allemands sont harcelés à basse altitude par les Tornado de cinq squadrons[9].
L’opération provoque une violente réaction allemande.
A Bruges, le bombardement des écluses est assez réussi, et tous les Hurricane échappent à la flak. Mais alors qu’ils repassent la côte, au retour, le décor change. Les FW-190 du III/JG-26 de Joseph “Pips” Priller et ceux du I/JG-26, soit 40 avions, décollent de Wevelgham et Morseel, grimpent à 30000 pieds et plongent sur l’escorte des Hurri-bombers. Le wing de Spitfire V est rapidement débordé. Le Squadron 111 reçoit le premier choc et se disperse, perdant trois avions dont celui du squadron-leader. Les FW-190 attaquent ensuite le squadron 71, qui vole juste en dessous, et abattent deux Spitfire. C’est à ce moment que les Spitfire IX des Sqn 610 et 611 interviennent, et un grand combat tournoyant se développe ; deux autres Spitfire vont au tapis, mais cette fois, accompagnés de trois FW-190.
Alors que les FW-190 du JG-26 décrochent, ceux du JG-2 de Walter Œsau, qui ont ravitaillé à Beaumont-le-Roger, attaquent les bombardiers de la RAF, qui viennent d’attaquer Abbeville-Drucat. Deux Spitfire V du Sqn 310 et un du 308 sont balayés, mais les 40 appareils allemands font alors face aux 44 Spitfire IX du Sqn 412 et des deux Groupes français. Un nouveau combat très violent se déchaîne. Un Canadien du Sqn 412 et le chef du GC III/1, le Commandant E. Fayolle, se font tuer, mais quatre FW-190 sont abattus.
Pendant ce temps, les Tornado qui attaquent le terrain d’Arques mitraillent deux FW-190 et un Bf-109G au sol, mais un avion du Sqn 56 et un du 245 sont abattus par la flak. Cependant, peu après, les Tornado des Sqn 266 et 609 surprennent et détruisent trois FW-190 du JG-26 dans le circuit d’atterrissage d’Audembert et de Saint-Omer-Wizernes. Enfin, un autre Tornado du Sqn 253 s’écrase sans raison apparente au sud d’Aumale, tandis que les Tornado canadiens du Sqn 414 éliminent deux bimoteurs d’entraînement FW-58 Weihe un peu au nord de la Seine.
Cette bataille aérienne est considérée par la plupart des historiens comme un tournant. Les Alliés ont perdu 13 appareils en combat aérien (plus deux abattus par la flak, un perdu par accident et quatre autres obligés de se poser sur le ventre au retour). Leurs pilotes revendiquent 19 victoires, mais en réalité, ils n’ont détruit que dix chasseurs allemands en combat aérien. Avec les deux malheureux avions d’entraînement, le total allié n’atteint que douze victoires (plus quelques avions plus ou moins gravement endommagés). Le score est cependant bien meilleur que les résultats cumulés du mois d’avril précédent, avant l’introduction à grande échelle du Spitfire IX et du Tornado, quand la RAF avait perdu 108 appareils en ne détruisant que 15 chasseurs ennemis. Les deux nouveaux avions ont largement démontré leur valeur.
Les bombardements des terrains ont rencontré un succès mitigé, car les avions restés au sol ont été dispersés et protégés. Cependant, réparer les pistes semées de cratères et reconstruire les installations pilonnées prendra du temps.
Mais ce qui inquiète le plus Œsau et Priller est le fait qu’en dépit de leurs succès personnels (deux victoires pour chacun), ils n’ont pu approcher les bombardiers alliés…
Olbia (Sardaigne)
Le port est attaqué par 18 B-25B/C de la 11ème EB. Les B-25 volent à grande vitesse, sous la couverture radar et sans escorte. Leur arrivée jette le port dans la confusion, un caboteur est coulé et deux endommagés. Sur le chemin du retour, allégés de leurs bombes, les Mitchell rencontrent un groupe d’avions de transport (cinq Ju-52 et trois SM-81) allant de Naples à Cagliari ; ravis de l’aubaine, ils abattent deux des Junkers et un des Pipistrello.
Zanthe (Mer Ionienne)
Les deux terrains construits à Zanthe sont opérationnels. Ils peuvent recevoir des chasseurs et des bombardiers légers.
Front russe
Secteur Centre – Saillant de Smolensk
Les Soviétiques lancent deux attaques destinées à tester les défenses allemandes, l’une au nord du Saillant, contre la 15ème D.I., l’autre au sud, contre la 292ème D.I. Après un puissant barrage d’artillerie, les deux divisions subissent de brutales attaques en pleine nuit, de 01h30 à 05h00. La 15ème D.I. est la plus sévèrement touchée, car elle n’est arrivée que peu de jours plus tôt et ses hommes n’ont pas eu le temps de se retrancher très solidement. Le Général Materna doit demander à la 162ème D.I. de soutenir le flanc gauche de la 15ème, ce qui oblige la 112ème D.I., sur la gauche de la 162ème, à étendre son front à l’est de Roudn’a, pour maintenir le contact entre le XXème et le XLIIème Corps (à la base nord du Saillant).
En fin de journée, von Bock rencontre à Orsha le Feld-Maréchal von Kluge (commandant de la 4ème Armée), et le Colonel-Général Strauss (commandant de la 9ème Armée) pour coordonner les actions des deux armées. Le chef du Groupe d’Armées Centre est très préoccupé par l’activité soviétique dans le secteur de Roudn’a et craint une offensive vers Orsha venant du nord, visant d’abord à couper la voie ferrée Vitebsk-Orsha. La situation de la 9ème Armée (au nord du Saillant) est sombre, d’autant plus que sa seule réserve est le LIIIème Corps, déployé autour de Vitebsk et qui ne compte qu’une seule division (la 293ème D.I.). Von Kluge a de meilleures réserves, avec le XLIIIème Corps, au sud d’Orsha (avec les 131ème, 134ème et 252ème D.I.) et le XLVIème PanzerKorps (10ème PzD, PzD SS Das Reich, Régiment d’Infanterie mécanisée GrossDeutschland), déployé sur la rive est du Dnepr au nord de Moghilev ; cependant, ce PanzerKorps a été très éprouvé les semaines précédentes et il est en sous-effectif. Von Kluge accepte d’utiliser les divisions du XLIIIème Corps pour l’une ou l’autre des deux armées si besoin est. Cependant, von Kluge craint surtout une attaque venant du sud, destinée à éliminer la tête de pont allemande sur la rive gauche (sud-est) du Dnepr.
Mer Noire
Un mouilleur de mines roumain (classe Amiral Murgescu) est attaqué par le sous-marin S-36 alors qu’il pose un champ de mines défensif devant Constantsa. Mais le navire est raté et s’échappe sans mal.
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Juste avant l’aube, mitrailleuses et mortiers australiens ouvrent le feu, visant ce qu’ils peuvent voir des positions ennemies, et l’assaut commence. Le combat se déroule sous une pluie battante et froide, qui tombe sans discontinuer tandis que de sauvages orages électriques fouettent les sommets. Les nuages bas qui écrasent le champ de bataille sous un couvercle gris acier donnent à la scène un aspect presque mystique, mais la brume molle est pleine de métal hurlant. C’est un rêve (ou un cauchemar) pour un cinéaste – et de fait, la bataille est filmée ! En effet, la brigade est accompagnée de deux opérateurs de cinéma, dont le film deviendra le documentaire emblématique de cette campagne dans la “jungle d’altitude”, sans cesse repris au cinéma ou à la télévision chaque fois que l’on évoquera la guerre en Nouvelle-Guinée : Le Septième Cercle de l’Enfer : la seconde bataille d’Eora.
Le combat pour la quatrième crête est furieux, mais les hommes de l’AIF ont déjà beaucoup appris sous l’effet d’un brutal mécanisme darwinien – évolue ou meurs – et grâce aux conseils des survivants de l’AMF. De front, de petits groupes d’hommes lancent une série d’attaques, mitraillant généreusement le pied des arbres et autres positions probables des Japonais. Les tirs des défenseurs infligent des pertes sévères à ces téméraires, mais leurs coups d’épingle couvrent le déclenchement d’une violente attaque de flanc lancée par l’ensemble de la compagnie qui a pu se placer en position de débordement. Les hommes doivent commencer par escalader une pente à 40°, mais ils n’en bousculent pas moins les Japonais, avant d’être contre-attaqués par une charge sauvage à la baïonnette, menée par des officiers brandissant leurs sabres. Le choc à l’arme blanche dure vingt terribles minutes. Dans la brume qui gêne toute tentative de les ajuster au fusil avant qu’il soit trop tard, deux des officiers font un massacre dans l’infanterie australienne, avant d’être abattus à la baïonnette. Parmi les Australiens, deux ne sont armés que d’une caméra, mais ils réussissent à filmer les cinq minutes les plus sanglantes, et à survivre. L’un des opérateurs fixe ainsi sur la pellicule la mort de l’un des officiers japonais, tué par le Sergent McKibbon (compagnie B, 2/9ème Bat.), après deux interminables minutes de combat entre sabre et baïonnette.
A midi, les dernières poches où des Japonais résistent furieusement sur la crête sont exterminées. A ce moment, le 2/12ème, formant une réserve raisonnablement fraîche, s’élance vers le village d’Eora. Les troupes percent les dernières résistances japonaises sur 800 mètres avant de déboucher des broussailles sur la zone découverte qui s’étend devant le village. Celui-ci n’est normalement qu’un misérable hameau de huttes moisies, mais les Japonais l’ont considérablement transformé. Les Australiens sont accueillis par des tirs extrêmement violents, pendant que la tempête se déchaîne – tonnerre, éclairs et pluie aveuglante poussée par un vent si violent qu’elle tombe presque à l’horizontale. Bloqués, les hommes cèdent à regret un peu de terrain et se retranchent à la lisière de la brousse. Il va falloir se battre pour Eora.
Visiblement, la lutte ne fait que commencer. Il n’y a nulle part, de Port Moresby à Kokoda, une meilleure position défensive où arrêter une force venant du sud. Venant de Templeton’s Crossing, le torrent dévale au fond d’une gorge humide, lugubre et toujours plus profonde jusqu’à ce qu’il reçoive un affluent arrivant du sud-est. Les remous créés par la rencontre de ces torrents ont creusé autour du point de confluence une sorte de vaste fosse. Là, les eaux froides bouillonnent et rugissent autour de blocs géants de roche dure. Juste au dessus et juste au dessous du confluent se trouvent deux ponts, tous deux reconstruits par les Japonais. Comme la piste, après avoir escaladé puis dévalé les crêtes, approche du premier pont, elle traverse une zone dénudée qui forme un parfait champ de tir, puis plonge jusqu’à une sorte de corniche où se trouve le hameau, avant de descendre encore plus bas, jusqu’au confluent. La piste est dominée sur trois côtés par des crêtes couvertes de jungle.
Les Japonais ont fortifié tout cela en y semant des bunkers, des tranchées et des trous d’homme. Là, près de 2 000 soldats, avec deux batteries de canons de montagne de 70 mm, attendent les hommes fatigués du Brigadier Wootten. Leur principal handicap (que les Australiens ne peuvent évidemment qu’espérer) : ils manquent quelque peu de ravitaillement.
Nouvelles-Hébrides
Dix-huit PBY-5 (15 de l’US Navy, 3 de la Marine Nationale) arrivent à Espiritu Santo, qui doit jouer le rôle de base avancée pour Watchtower. Ils doivent être équipés d’instruments de détection de radar, ainsi que deux Hudson de la RAAF basés à Port-Vila (Efaté).
Au large de la côte est de l’Australie
Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)
01h30 – Le Ro-64 repère un nouveau convoi côtier et accélère à 16 nœuds pour se placer sur son avant. Mais au bout de 45 minutes, il subit un grave incident mécanique, qui réduit sa vitesse à 5 nœuds. Le mécanicien indique que l’un des moteurs est complètement hors service, et qu’en tombant en panne, il a endommagé l’autre.
Le sous-marin se dirige alors vers Rabaul pour réparer. Le temps étant très mauvais et l’intervention d’avions étant peu probable, le commandant décide de prendre le risque de signaler ses ennuis par radio. L’I-6, en train de rentrer vers Kwajalein, capte le message et rejoint le Ro-64, qu’il accompagne jusqu’à Rabaul.
La phase 3c de l’opération Oni 1 est terminée. Elle s’est traduite par la destruction d’environ 35 500 GRT de tonnage marchand et d’une corvette. Mais l’âge et le manque de fiabilité croissant des Type Ro vont bientôt les faire retirer des premières lignes. Ils seront relégués à l’entraînement quand leurs équipages pourront recevoir de meilleurs sous-marins.
4 août
Augsburg - Haunstetten
Sur l’aérodrome habituel de Messerschmitt, le prototype du Me-309 reprend ses essais. Cependant, le vol est vite écourté, lorsque l’appareil se montre très lourd aux ailerons, au point de devenir difficile à contrôler.
Oran - Mers-El-Kébir
Les PBY-5 de la Flottille E-22 lancent une vaste opération de recherche et secours en mer, destinée à récupérer d’éventuels survivants d’un avion reliant Alger à Gibraltar, dont la chute en mer a été annoncée la nuit précédente. La nouvelle de l’accident soulève apparemment une grande émotion dans les hautes sphères du commandement allié.
Ajaccio
09h45 – Le terrain de Campo dell’Oro est attaqué par 48 B-24 de l’USAAF (98ème et 376ème BG) escortés par 48 NA-89 Mustang II de la 5ème EC. Le raid est intercepté par 14 Re-2001 du 2° Gruppo, commandés par le Lt-Col. Quarantotti, qui se sont positionnés au mieux, car les attaquants ont été détectés par radar longtemps auparavant. En cinq minutes de combat, les Falco II réussissent à abattre trois des Mustang II, dont celui du Capitaine Leparc, et même un B-24 du 376ème BG, premier bombardier lourd de l’USAAF abattu en Méditerranée. Mais les chasseurs français se vengent largement, détruisant neuf de leurs adversaires.
Par un temps superbe, le bombardement est exécuté à la perfection et la plupart des Ju-87 d’Ajaccio sont détruits, ainsi que deux SM-84 de transport et deux Caproni Ghibli d’attaque au sol, utilisés comme avions anti-guérilla. Par dessus le marché, les réservoirs de carburant sont incendiés. Après l’attaque, il ne reste plus en état de vol à Ajaccio que six Stukas et cinq Re-2001. Cinq, pour peu de temps…
A peine posé entre les cratères de bombes, le Lt-Colonel Quarantotti, qui a abattu un Mustang et endommagé un B-24, ordonne à ses mécaniciens de refaire immédiatement les pleins de son avion, pour qu’il puisse redécoller à la recherche de certains de ses pilotes, qui ont pu tomber en mer. Mais quelques minutes plus tard, son avion prend feu – peut-être à cause de dégâts subis en combat et passés inaperçus. Quarantotti saute au dessus de la mer, mais il se noie (selon les secours italiens qui retrouveront son corps, il n’aurait pu se libérer des sangles et des suspentes de son parachute).
D’autres parachutés du jour ont plus de chance.
« Il faut toujours respecter l’adversaire, même en infériorité numérique et technique. C’est la leçon que nous donnent les Re-2001 qui nous sautent dessus à un contre trois (un contre six, en comptant les bombardiers) aux approches d’Ajaccio. L’un d’eux, profitant de sa maniabilité comme, naguère, nos MS-406 face aux Me.109, se glisse derrière moi et me plombe généreusement avant de dégager sous les rafales de Wade, mon ailier, qui reste persuadé qu’il l’a touché, mais me suit comme une nounou inquiète, car mon moteur crache une épaisse fumée. « Rouge 1, Rouge 1 ! Comment ça va ? Jean-Pierre, ça va ? » demande Léopold. Je suis inquiet moi aussi, mais plus encore furieux : « Moi, ça va, mais mon zinc, non. Vaut mieux que je saute ! » Je préfère en effet sauter au-dessus de la Corse plutôt que me retrouver à l’eau quelque part entre ici et Tunis.
Je me parachute comme le manuel conseille de le faire et je me retrouve suspendu en l’air au-dessus de l’Ile de Beauté, écrasée de soleil. En descendant, j’ai le temps de me traiter d’idiot maladroit, bien que le type qui m’a flingué ne soit pas le premier venu, les insignes que Léopold a vu (et que sa ciné-mitrailleuse a filmés) le prouvent.
Au sol, en plein maquis (du mois je suppose que c’est le maquis !), je continue à suivre le manuel : je replie mon pépin pour le cacher. Mais où ? Le paysage est écrasé de soleil et j’ai l’impression qu’il n’y a pas âme qui vive à des centaines de kilomètres. Impression fausse : une demi-douzaine d’individus patibulaires armés jusqu’aux dents semblent surgir de terre, et l’un m’interpelle dans un langage étrange en me braquant une mitraillette sous le nez. J’en reste muet de peur et de surprise. Par bonheur, l’un de ses acolytes intervient : « Du calme, Tino, tu vois bien que ce n’est pas un Italien ! »
(Le reste du dialogue est en corse, mais il me sera traduit par la suite, au milieu des rires.)
– Alors, pourquoi il ne répond pas quand je lui parle anglais ? Tu m’as bien dit que tous les pilotes alliés comprenaient l’anglais, non ?
– Euh, Tino, peut-être parce que l’anglais qu’il comprend ne ressemble pas à celui que tu as appris à New York, pendant ton… stage de 1937 chez le cousin Paolo…
C’est ainsi que commencent mes premières vacances en Corse, épicées de courses dans le maquis et de repas très frugaux avec l’équipe des cousins Hector et Tino Garneri. Sans parler d’épisodes plus… guerriers.
(…)
[Trois semaines après avoir été abattu, Jean-Pierre Leparc sera récupéré sans incident par le sous-marin Henri-Poincaré, mais il aura auparavant laissé un souvenir ineffaçable dans l’île de Beauté.]
(…) Ce ne sera pas mon dernier séjour en Corse. J’y ai aujourd’hui une petite maison baptisée “Le Parachute”, à peu près sur les lieux de mon arrivée involontaire, où ma famille vient chaque année passer des vacances moins agitées et où nous pouvons profiter des spécialités culinaires corses que je n’avais pu goûter en 1942.
[Ajout à l’édition anniversaire de 2000] Il y a quelques années, ma maison a subi le sort de nombreuses autres appartenant à des Continentaux. En arrivant de Paris, nous l’avons trouvée en ruines : des individus cagoulés étaient venus la veille exercer leurs talents d’artificiers. Mais dès le lendemain, j’ai vu arriver une équipe d’ouvriers dirigée par un personnage visiblement très, très embêté. Ils venaient réparer les dégâts, et gratuitement ! Les travaux achevés en un temps record, le patron me demanda un certificat disant que tout allait bien et partit en me remerciant sur ces mots : “Encore désolé, Monsieur Leparc. On ne connaissait pas l’histoire du Parachute.” Apparemment, d’autres Corses s’en souvenaient. » (Jean-Pierre Leparc, Les Gars du Lafayette)
Ce raid est le dernier des opérations « d’entraînement » avant le début de Blowlamp/Lampe à Souder. Tous les B-24 américains doivent dès le lendemain rejoindre Benghazi, avant de se redéployer à Rhodes et en Crète.
Reggio de Calabre
Des Beaumont I de la RAF et des B-25 de l’Armée de l’Air, fortement escortés, attaquent la ville. La Regia Aeronautica ne réplique pas.
Brindisi
Après une escale à Zanthe, 12 DB-73 de la 19ème EB et 12 Boston III du 235ème Bomber Wing attaquent à basse altitude le terrain de Brindisi. Ils y détruisent trois Fiat G-50 et cinq SM-79 II et incendient quelques installations. La DCA abat un avion français et un anglais.
Front russe
Secteur Centre – Saillant de Smolensk
La 43ème Armée soviétique reprend son attaque contre la 292ème D.I. allemande, sur le flanc sud du Saillant. Elle s’en prend également à la jonction entre la 292ème et la 7ème D.I., sur son flanc droit, au nord-est de Gorki, au niveau du Pronya (un affluent du Dnepr). Von Kluge doit engager le régiment mécanisé GrossDeutschland (von Stockhausen) pour maîtriser la seconde attaque. Il ordonne aux 131ème et 134ème D.I. de se déployer sur la route Orsha - Smolensk, derrière les 7ème et 292ème D.I., ne laissant que la 252ème D.I. comme réserve disponible pour un éventuel transfert à la 9ème Armée en cas de nécessité.
En plus de ces attaques, l’Armée Rouge se manifeste par des tirs d’artillerie continuels sur toute la longueur du Saillant, et toutes les divisions allemandes déployées sur le front perdent 150 à 200 hommes (morts et blessés) dans la journée. L’aviation soviétique est elle aussi très active, et la Luftwaffe a beaucoup de mal à protéger ses appareils de reconnaissance et d’observation du champ de bataille. Cependant, en fin d’après-midi, un Fw-189 repère de nombreuses traces de chenilles à l’ouest de Krichev (sur le cours du Soj, un autre affluent du Dnepr) et une intense activité des troupes du génie soviétiques sur le pont de Krichev.
Peu après la tombée de la nuit, les postes avancés allemands des 7ème et 23ème D.I. (à la base sud-est du Saillant) signalent de nombreux bruits de chars se dirigeant vers le sud.
Mer Noire
Une formation de 9 SB-bis et 12 Pe-2 attaque un convoi de neuf bateaux allant de Constantsa à Silouma et escorté par le DD Marasesti, les canonnières Locotenant-Commandor Eugen Stihi et Sublocotenant Ghigulescu et deux dragueurs de mines. Ce convoi est chargé de matériel et de ravitaillement dont ont grand besoin les divisions roumaines engagées contre les forces soviétiques sur le front d’Odessa.
Malgré une patrouille de deux hydravions He-114 allemands, les avions soviétiques poursuivent leur attaque. Deux SB-bis sont abattus par la DCA, mais un cargo est incendié et un autre sérieusement endommagé. Craignant que ce raid aérien ne soit que le prélude à une attaque par une escadre navale, le commandant du convoi décide de retourner à Constantsa.
Sumatra
04h35 – D’une position au sud de la Grande Nicobar, les porte-avions de l’Amiral Sommerville lancent une formation de 10 Albacore et 8 Martlet II armés de bombes, escortés par 8 F4F-3A (de la Flottille AC-2). A l’aube, ces avions attaquent les casernements et les entrepôts japonais à Banda Aceh, surprenant les défenseurs, dont la DCA ne peut qu’endommager légèrement un Martlet.
10h30 – Le commandement japonais en Malaisie est informé de cette attaque menée par des avions visiblement venus de porte-avions. Le Général Yamashita ordonne l’alerte générale dans tout le Détroit de Malacca, craignant que ce raid n’annonce un nouveau convoi destiné à Singapour. En fait, ce n’est qu’une diversion destinée à détourner l’attention japonaise des Salomon.
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Wootten demande l’aide de la RAAF et des Boomerang, Wirraway et Battle font de leur mieux pour bombarder les positions japonaises. Les Hurricane de couverture sont attaqués à deux reprises par des Zéro venus de Lae. Trois Hurricane et deux Zéro sont abattus, mais les chasseurs japonais ne parviennent à passer qu’une fois l’écran australien – malgré une résistance acharnée, un Boomerang est abattu. Le pilote saute, son parachute s’ouvre juste au dessus du sol et le 2/9ème Bataillon envoie aussitôt une escouade le récupérer. Elle y parvient malgré une patrouille japonaise, mais le pilote, blessé, refuse d’être évacué et demande à parler au Brigadier Wootten lui-même ! « Maintenant que j’ai vu la situation d’en haut et d’en bas, explique-t-il, je peux vous dire qu’on n’y arrivera jamais s’il n’y a pas avec vous un type de chez nous pour parler en direct aux pilotes qui essayent de vous aider. Je suis là, j’y reste. »
Nouvelles-Hébrides
Dix P-40E de l’AC20 se posent à Port-Vila (Efaté) afin d’assurer la couverture d’Espiritu Santo.
Plus au nord, le destroyer américain USS Tucker, qui assure l’escorte des convois entre Fiji, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, coule en tout début de matinée. Dans la nuit, le navire s’était fourvoyé dans un des champs de mines posés moins de 24 heures auparavant par l’USN dans le Segond Channel, pour protéger le port principal d’Espiritu Santo.
Opération Oni, Phase 3d (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)
La 13e Division de Sous-Marins (trois type KRS, les I-121, I-122 et I-123, dûment remis en état), a reçu pour mission de créer un grand champ de mines au large de Sydney, avec un mélange de mines marines de contact et de mines acoustiques allemandes, destinées à rendre le dragage plus difficile. Cette idée vient de la Kriegsmarine et certains documents capturés sur le Prince of Wales ont confirmé son efficacité pour prolonger la vie d’un champ de mines et infliger des pertes aux dragueurs. La Marine Impériale possède quelques centaines de ces mines allemandes, mais elle n’a guère de chances d’en obtenir davantage et la production de mines acoustiques japonaises ne commencera pas avant le courant de 1943, d’où l’idée d’utiliser les mines allemandes pour “densifier” un champ de mines marines classique.
La 13e Division a quitté Kwajalein le 21 juillet, avec 42 mines de contact et 8 acoustiques (toutes posées par les tubes lance-torpilles) dans chaque submersible. Les 150 mines sont mises en place dans la nuit du 3 au 4 et les trois sous-marins repartent immédiatement pour Kwajalein. Ils ont l’ordre de ne tenter d’attaque à la torpille que si une très bonne occasion se présente. Seul l’I-122 pourra tenter sa chance, le 6 août, contre un gros cargo isolé, mais ses deux torpilles rateront leur but. Les sous-marins arriveront le 18 août à Kwajalein sans autre incident.
5 août
Madrid
Le Chargé d’Affaires français auprès du gouvernement du Général Franco est informé par les autorités espagnoles que des pêcheurs ont retrouvé deux jours plus tôt le corps d’un officier français noyé au large de Torrevieja. Le diplomate demande avec énergie que le corps soit immédiatement confié à la garde du consulat français d’Alicante.
Les attaques aériennes alliées se poursuivent sur les aérodromes et les installations militaires de la côte est. En 432 missions offensives, les Alliés perdent six avions (3 français, 2 britanniques, 1 américain), tous abattus par la DCA. Deux avions italiens sont abattus en combat aérien et onze détruits au sol.
Front russe
Mer Noire
Dès l’aube, deux TB-3 et deux Pe-8 Aviamatka lancent quatre I-16 SB et quatre Yak-1 SB vers le port de Constantsa. Malgré une violente DCA, qui abat un I-16 SB, les avions soviétiques détruisent deux caboteurs côtiers, encore chargés de ravitaillement, et une péniche de carburant.
Piste de Bulldog (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
La plupart des hommes en état de combattre de la Force Kanga – environ 280 – barrent la piste de Bulldog sur une position dominant un gué du cours supérieur de la Bulolo. Les Japonais s’approchent avec précautions et passent la journée à reconnaître la zone. Ils découvrent que la position n’est pas facile à flanquer, et une attaque frontale par le gué de la Bulolo est hors de question.
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Les combattants au sol récupèrent. A l’aube, un Lodestar hollandais dépose à Myola une radio de la RAAF permettant de contacter directement les avions, avec son opérateur, et tous deux sont expédiés en première ligne. Tard dans la soirée, ils rejoignent le pilote blessé.
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Ce jour-là, le radar de Milne fonctionne bien ! Treize Hurricane et neuf Boomerang se heurtent à douze A6M2 de Lae en patrouille offensive. Pour une fois, le ciel au-dessus de la baie est clair, les nuages habituels étant restés accrochés aux collines. Une furieuse bataille voit les pilotes australiens payer chèrement leur manque d’expérience. Trois Hurricane et deux Boomerang sont abattus, pour seulement deux A6M2. Cependant, les Australiens constatent que le Boomerang résiste honorablement en combat tournoyant contre le Zéro, bien qu’il soit plus lent – en revanche, comme on le savait déjà, le Hurricane, s’il est plus rapide, ne peut affronter l’A6M2 en duel tournoyant. Pendant ce temps, un C/J1N1 photographie la zone à haute altitude. Obstinés, les Australiens envoient de nouveaux avions de Port Moresby.
En fin de matinée, un G4M1 de Tenaru en patrouille de routine aperçoit, environ 350 nautiques au sud de Guadalcanal, un convoi d’environ 25 transports, escorté de nombreux navires de guerre, cap au nord. Le G4M1 tente de suivre cette force et alerte sa base, précisant que les navires de guerre comprennent deux cuirassés et plusieurs croiseurs. Peu après, il signale qu’il est attaqué par des chasseurs basés sur porte-avions, puis disparaît des ondes.
Malgré le temps très médiocre pour la reconnaissance aérienne, deux hydravions E13A1 sont immédiatement envoyés et un raid de douze G4M1 armés de torpilles est préparé. Les huit autres G4M1 disponibles sont laissés de côté, car Tenaru ne possède plus d’autres torpilles.
A 14h00, l’un des E13A1 signale le convoi, qui n’a pas changé de cap. L’autre, envoyé plus à l’est, découvre « plusieurs porte-avions » 300 nautiques au sud-est de Guadalcanal, avant de cesser toute transmission.
Les douze G4M1 décollent, escortés par seize A6M2. Le temps est toujours très nuageux, et les G4M1 ne réussissent pas à trouver le convoi, mais au crépuscule, ils croient apercevoir les porte-avions. En fait, il s’agit des pétroliers Cimarron, Kanewha, Kaskaskia, Neosho, Platte et Sabine, escortés par deux croiseurs lourds et six destroyers. Ils sont aussi couverts par une CAP de neuf F4F Wildcat, qui voient arriver les Zéro à moyenne altitude, mais ne distinguent pas, dans le crépuscule, les bombardiers torpilleurs volant au ras de l’eau. Ils surprennent les chasseurs japonais et en abattent quatre, puis s’enfuient en piqué. Seuls deux, oubliant les consignes des vétérans de la Mer de Corail, se laissent entraîner en combat tournoyant et sont détruits.
Cependant, les G4M1 attaquent les pétroliers, mais l’intensité et la précision de la DCA américaine les surprend. Cinq sont abattus, un sérieusement endommagé, mais aucun ne renonce et deux d’entre eux parviennent à toucher le Neosho. La chambre des machines est détruite et le navire prend feu ; il est rapidement abandonné et sabordé.
A l’atterrissage à Tenaru, le G4M1 gravement endommagé s’écrase. La base japonaise ne possède plus que quatorze G4M1 opérationnels, et plus une seule torpille. Devant l’arrivée de la flotte alliée, l’état-major de la 24ème Flottille Aérienne ordonne de replier les bombardiers sur Rabaul, ainsi que deux A6M2 en état de voler mais non de combattre. En effet, la taille de la flotte d’invasion interdit de penser qu’il ne s’agit que d’un simple raid.
Quant aux chasseurs, plutôt que de les replier aussi, l’état-major décide de les conserver à Tenaru pour infliger, un maximum de pertes aux avions ennemis dont l’attaque est prévisible, et ce, jusqu’à ce que l’aérodrome devienne impraticable – au plus tard lorsque les cuirassés américains aperçus seraient à portée de canon.
Les hydravions de chasse et les hydravions légers de reconnaissance doivent eux aussi rester le plus longtemps possible à Tulagi. Cependant, la plus grande partie du personnel technique de l’hydrobase est évacuée par des hydravions H6K, conformément aux nouvelle instructions de la Marine Impériale.
Vers 23h00, 4 B-17 de l’USAAF, 4 Hudson de la RNZAF, 9 Whitley, 3 Wellington et 12 Manchester de la RAAF attaquent Tenaru. Un coup heureux de la DCA abat un Whitley. Les bombardements ne causent pas de gros dégâts, mais désorganisent un peu la mise en état de défense de l’archipel, qui se poursuit fébrilement toute la nuit.
Opération Oni, Phase 3e (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)
La 19e Division de Sous-Marins (Kure) est composée de trois vieux bâtiments de type KD3A et B, les I-56, I-57 et I-58. La Sixième Flotte a décidé de prolonger la phase 3 de l’opération Oni-1 en les envoyant sur la côte est de l’Australie. Venant de Kwajalein après une escale à Rabaul, les sous-marins sont arrivés entre le 27 et le 30 juillet dans leurs zones de patrouille : l’I-56 (KD3A) entre Brisbane et la frontière des Nouvelles-Galles du Sud, l’I-57 (KD3B) entre cette frontière et Wollongong, l’I-58 (KD3A) entre Wollongong et le détroit de Bass.
12h30 – L’I-56 aperçoit un convoi au large de Tweed Heads. Il effectue une attaque de jour très bien calculée et deux torpilles frappent le pétrolier américain Gulfbird (Gulf Oil Corporation, 10 208 GRT, en route pour Sydney avec de l’essence d’aviation), qui explose et coule à 13h00. L’escorte pourchasse l’I-56 quatre heures durant avec l’aide de deux Anson et un Botha venus de Caloundra. Une tache d’huile est repérée, pouvant indiquer que le sous-marin a été endommagé.
[1] BB Nelson (amiral) et Rodney ; CV Illustrious et Indomitable ; CL Fiji, Gloucester, Newfoundland, Sheffield et Trinidad ; CLAA Charybdis et Phoebe ; DD Antelope, Ithuriel, Jervis, Napier, Nestor, Partridge, Quadrant, Quality, Queenborough, Quentin, Quiberon, Quickmatch, Quilliam et Raider.
[2] Ces “croiseurs cuirassés” étaient des antiquités qui plafonnaient à 14 nœuds et portaient 4 x 8-pouces/40, 4 x 6-pouces/40, 7 x 75 mm AA, 12 x 25 mm AA.
[3] 222 GRT, 9,5 nœuds, 1 x 75 mm AA et 3 x 25 mm AA.
[4] 135 GRT, 11 nœuds, 2 x 25 mm AA.
[5] Sqn 13, 88, 107, 226, 418 (RCAF), 605 et 614.
[6] 340ème, 341ème, 342ème et 414ème BS du 97ème BG.
[7] Sqn 65, 66, 71 Eagle, 81, 111, 121, 129, 130, 131, 232, 302 (Polonais), 303 (Polonais), 306, 308 (Polonais), 310, 312, 317(Polonais).
[8] Sqn 154, 165, 222, 242, 411 (RCAF), 412 (RCAF), 602, 610, 611 et GC II/1 et III/1.
[9] Sqn 253, 266, 400 (RCAF), 414 (RCAF) et 609.