Mai 1941 (3/3)

 

21 mai

Scapa Flow

Au matin, l’Amirauté britannique reçoit le rapport de l’attaché naval de Stockholm et met en alerte plusieurs avions de reconnaissance du Coastal Command.

L’amiral Tovey, Commandant en Chef de la Home Fleet, après en avoir discuté avec le vice-amiral Holland, décide d’envoyer le 1er “Battlecruiser Squadron” (Hood, Richelieu, Algérie et leurs destroyers) à Hvalfjord (Islande), où ils seront mieux placés pour intercepter le Bismarck si celui-ci tentait de passer dans l’Atlantique. L’amiral Tovey décide de conserver pour l’instant à Scapa Flow le tout nouveau cuirassé Prince of Wales, pour améliorer sa finition et son entraînement auprès de son aîné le King George V.

« Mon vieux Robin – Avec encore un peu de chance, je vais avoir un scoop fumant… et, comme on me l’avait promis, sans même avoir à marcher pour suivre les combats ! Encore une fois, cette bonne vieille Lady Luck… » (dernière lettre de Bill Clifton à Robin Meyrson).

 

Norvège

L’escadre allemande pénètre dans le Korsfjord au sud de Bergen. L’amiral Lütjens aurait bien voulu poursuivre sa route vers le nord, mais le temps au beau fixe lui fait craindre une attaque aérienne et il décide d’attendre la nuit pour continuer sa route. Vers midi, les navires s’ancrent dans le Grimstadfjord (pour le Bismarck) et dans la baie de Kalvanes (pour le Prinz Eugen). Par mesure de précaution contre d’éventuelles torpilles, plusieurs navires marchands sont positionnés à proximité. Le Prinz Eugen refait le plein de carburant auprès du pétrolier Wollin, tandis que le camouflage des deux navires est modifié. En début d’après-midi, un Spitfire PR venant d’Ecosse survole le fjord à 8 000 mètres d’altitude et prend des photos très précises des navires allemands. En début de soirée, les deux navires et leur escorte lèvent l’ancre et mettent cap au nord. A ce moment, Lütjens reçoit un message de Berlin, indiquant (grâce à des interceptions radio) que l’aviation anglaise a reçu l’ordre de rechercher « deux cuirassés et trois destroyers ».

 

Balkans

Encore un jour de perdu pour les forces allemandes dans le sud de la Yougoslavie et le nord de la Grèce, tandis que les forces alliées se préparent fébrilement à repousser l’inévitable attaque. Les unités yougoslaves qui ont pu s’exiler sont concentrées à Volos pour réarmement et réorganisation.

Cependant, l’activité de la Luftwaffe s’accroît de façon significative. Un raid français sur Plovdiv est intercepté et 5 LeO-451 sont abattus. Différents raids de la RAF contre les carrefours routiers près de Skoplje et Nis se heurtent eux aussi aux Bf-109F, perdant 6 Blenheim et 3 Stirling. De son côté, la Luftwaffe lance plusieurs attaques contre Salonique, Volos et Athènes-Le Pirée, et envoie des bombardiers en piqué s’en prendre aux positions grecques à l’est de la ville de Kilkis.

 

Irak

La 3e CPLE franchit la frontière de l’Irak et de la Syrie dans le sens est-ouest. A 15h30, il n’y a plus de troupes françaises sur le territoire irakien.

 

 

22 mai

Norvège

Alors que le temps se gâte, l’escadre allemande progresse vers le nord, les trois destroyers en tête et le Prinz Eugen fermant la marche. En fin de nuit, les destroyers quittent la formation et se dirigent vers Trondheim. Vers midi, une alerte au sous-marin et une alerte aérienne forcent les deux navires à zigzaguer pendant une demi-heure. Par précaution, les toits des tourelles principales et secondaires sont repeints, tandis que les croix gammées géantes ornant les ponts sont dissimulées. Le cap est ensuite mis vers le Détroit du Danemark, alors que le brouillard devient de plus en plus dense, obligeant les équipages à recourir aux projecteurs à éclats pour maintenir le contact et leurs positions. Le temps est idéal pour atteindre l’Atlantique en toute discrétion !

 

Scapa Flow

L’état-major de la Home Fleet reçoit à 19h39 un signal de l’Air Station d’Hatston (îles Orcades) indiquant que « Cuirassé et croiseur ont quitté port de Bergen ». L’amiral Tovey envoie aussitôt les croiseurs lourds Norfolk et Suffolk dans le détroit de Danemark et ordonne au “1st Battlecruiser squadron” de couvrir la zone de mer au sud-ouest de l’Islande. Dans le même temps, il appareille de Scapa Flow avec un groupe de chasse chargé de bloquer une tentative de passage entre la Grande-Bretagne et l’Islande. Il est composé du cuirassé King George V, du porte-avions Victorious, des croiseurs légers Kenya, Galatea et Neptune, du croiseur léger anti-aérien Hermione et des destroyers Active, Inglefield, Intrepid, Lance, Punjabi et Windsor. Le croiseur de bataille Repulse, quittant l’embouchure de la Clyde, doit le rejoindre le lendemain matin, mais il a pour consigne de ne pas engager le Bismarck, sauf si ce dernier se trouve déjà sous le feu d’autres unités lourdes.

 

Londres

Dans la nuit du 22 au 23, Churchill fait envoyer un câble à Roosevelt. Il indique que, selon ses sources, un raid naval allemand majeur va être lancé contre les navires marchands dans l’Atlantique Nord. Si la Royal Navy ne réussissait pas à empêcher cette sortie, l’US Navy serait certainement en mesure de pister les raiders allemands pour permettre aux Anglais de les éliminer. En réalité, le Prime Minister n’est pas spécialement inquiet sur l’issue de l’affrontement, mais c’est une bonne manœuvre pour tenter d’impliquer les Américains dans la guerre.

 

Grèce

Sur le front nord, l’offensive contre Salonique reprend, sur deux axes : nord-sud, le long de la vallée du Vardar, et est-ouest, à travers les montagnes autour de Kilkis.

La Luftwaffe attaque violemment Salonique et tous les terrains alliés entre Salonique et Larissa. Profitant de ce que les chasseurs alliés sont occupés à défendre leurs terrains ou les cités, les Stukas attaquent sans opposition les défenses grecques.

« Ce jour-là, mon ami Du Mouzy menait une patrouille double, la Bleue, comme d’habitude (inutile de lui faire de la peine en lui donnant la ROUGE ! Celle-ci était pour moi, après tout, mon père était au parti Radical). Prenant son rôle d’éducateur avec sérieux (sinon avec joie), il avait choisi George Burgard comme ailier. Presque tout de suite, la patrouille avait dû se jeter sur un gros paquet de Boches qui attaquaient Salonique, et en quelques instants, les trois éléments s’étaient retrouvés dispersés. Mais Burgard, comme Du Mouzy le lui avait mille fois répété, restait bien accroché à son leader. Lequel n’avait pas mis longtemps à se trouver une victime de choix, un Do-17 bien gras (si l’on peut dire, avec un fuselage aussi étroit !). Au moment où Du Mouzy commençait à voir sa cible s’enflammer et perdre de gros morceaux, il se rendit compte qu’il était lui-même pris pour cible par un 109 plein de mauvaises intentions. Réagissant automatiquement, il dégagea à fond d’un côté, en hurlant “Bleu 2 ! Bleu 2, de Bleu 1, j’ai un Boche dans ma queue !” Une grande suée plus tard, il réalisa que le museau féroce du Hawk-81 de Burgard (qui appréciait les peintures de guerre tapageuses, et avait fait peindre une gueule de requin autour de son entrée d’air) avait remplacé dans son rétroviseur le nez du 109. “Bleu 2 ! J’avais un 109 dans ma queue !” gueula-t-il. “Je sais, Cap’taine… Bleu 1.” Toujours très calme en vol, le Burgard. “Où est-il passé ?” “Je l’ai baissé, Cap’taine.” Dans les écouteurs grésillants, et avec l’accent de Burgard, il était difficile de savoir s’il avait dit “baissé” avec deux s… ou avec un seul. Du Mouzy finit par comprendre que son ailier ne se montrait pas grossier, et voulait dire “Je l’ai descendu” (downed = baissé ou descendu, c’est tout pareil, non ?).

Malheureusement pour Hugues du Mouzy, des oreilles amies avaient entendu l’échange, et tout le Groupe fit bientôt mine de penser que, pour faire son éducation, Du Mouzy emmenait son ailier dans des maisons peu recommandables. En plus, le 109 baissé… euh, descendu par Burgard était historique : c’était la première victoire d’un “Infiltré”.

Malheureusement, nous apprîmes que, le même jour, à Larissa, un autre Infiltré avait pris une bombe sur la tête en courant vers son avion, parce que sa patrouille avait été alertée un peu trop tard. Lui aussi était devenu historique : le premier Américain mort pour la France dans cette guerre… » (Jean-Pierre Leparc, Escadrille Lafayette, Paris, 1960)[1].

Les chasseurs à long rayon d’action du GC III/2 basés à Limnos escortent des bombardiers Maryland du II/39 lors d’un raid sur les cols menant de l’est vers Salonique. Le bombardement est réussi, mais les attaquants subissent de lourdes pertes sous les coups de la Flak et de la chasse allemande.

Dans la nuit, un groupe de caboteurs et de péniches tente de débarquer des troupes allemandes et bulgares derrière le front au fond du Golfe de Strymon, près de Salonique. Le convoi est intercepté par une petite escadre grecque formée du vieil Giorgios Averoff et des destroyers anciens Ierax, Leon et Panther. Malgré leur âge, ces navires font un massacre parmi les petits bateaux de transport, qui sont coulés ou dispersés.

 

 

23 mai

Détroit du Danemark

Le temps se maintient, avec un brouillard dense. En fin d’après-midi, les deux navires allemands croient repérer des navires à tribord, avant de réaliser qu’il ne s’agit que d’icebergs, communs à cette latitude.

19h22. La vigie tribord arrière du Suffolk, le matelot Newell, repère, à une distance de 7 nautiques, « Deux navires, azimut Vert 140 ! » Ce sont forcément le Bismarck et le Prinz Eugen. Les Allemands ont également repéré le croiseur anglais, qui se replie immédiatement sous le couvert du brouillard. L’amiral Holland signale à sa force d’augmenter la vitesse jusqu’à 27 nœuds et de venir au 295. Les destroyers britanniques, Achates, Antelope, Anthony, Echo, Electra et Icarus, ont du mal à rester à poste à cette vitesse en raison de l’état de la mer, mais leurs capitaines sont prêts à subir quelques dommages pour y parvenir. Le Lt.Cdr. R.B.N. Hicks DSO, capitaine du HMS Antelope, dira après la bataille : « Il était inconcevable pour nous de ralentir et de laisser les Français comme seule escorte du Hood ». Mais les quatre navires de la classe Le Hardi, nettement plus gros, sont bien moins sensibles au mauvais temps et les destroyers anglais sont lentement distancés…

20h30. Le Norfolk aperçoit à son tour les navires allemands. Cette fois-ci, le Bismarck ouvre le feu immédiatement. Sur les cinq salves qu’il tire, trois encadrent le navire britannique, qui doit fuir derrière un écran de fumée. Les deux croiseurs, trop vulnérables, reçoivent alors l’ordre de suivre l’ennemi à distance, en restant en arrière, le Suffolk (équipé d’un radar type 284) sur tribord et le Norfolk (doté d’un type 286, plus ancien) sur bâbord. Sur le Bismarck, c’est la consternation, car les vibrations des tirs ont mis hors de service le radar principal (un FuMo 23). L’amiral Lütjens ordonne au Prinz Eugen (doté d’un radar FuMo 27) de passer en tête, la puissante artillerie du Bismarck servant à tenir les croiseurs anglais à distance. Ce changement induira une certaine confusion dans l’escadre alliée le lendemain matin.

22h00. Le Bismarck fait demi-tour pour tenter de surprendre le Suffolk, car Lütjens sous-estime l’efficacité des radars ennemis, mais le croiseur anglais ne s’y laisse pas prendre et se replie en maintenant la distance.

 

Grèce

Après de violent combats durant toute la nuit et toute la matinée, les lignes de défense couvrant Salonique sont rompues. Le général Giraud ordonne aux troupes engagées dans la vallée du Vardar de se replier vers la route Véroia-Salonique pour éviter d’être coupées au cas où la ville de Salonique tomberait. Près de Skoplje, le général Stumme, commandant du XLème PanzerKorps, est blessé lors d’un raid de bombardiers français. Dans la plaine côtière, les blindés allemands se heurtent à plusieurs reprises aux chars anglais et français survivants. Les troupes grecques abandonnent la ligne Kilkis et se retirent vers Salonique. L’amiral Sir Andrew Cunningham ordonne au vice-amiral Pridham-Wippell de préparer son Escadre de Mer Egée à évacuer les troupes de Salonique.

Les généraux Giraud, Wavell et Patagos tombent d’accord pour qu’au cas où les unités blindées allemandes parviendraient à dépasser la routeVéroia-Salonique, les troupes alliées se retirent sur la ligne de défense du mont Olympe, déjà garnie par des troupes britanniques et où il est décidé d’envoyer les unités yougoslaves en cours de réarmement à Volos.

Des bombardiers en piqué allemands attaquent le croiseur grec Giorgios Averoff et son escorte. Durement touché, le vieux bâtiment doit être échoué, en feu, à l’entrée du Golfe de Salonique. Les DD Leon et Panther sont coulés.

Sur le front ouest, le Skandenberg Korps reprend son offensive vers Ioanina, menaçant de tourner les forces anglo-grecques engagées plus au nord. Le QG grec ordonne à toutes les troupes encore engagées en Albanie de se replier vers le sud pour établir une ligne de défense le long de la chaîne du Pinde.

 

 

24 mai

Bataille du Détroit du Danemark (heures GMT+2)

« Le 24, juste après minuit, le Suffolk perd le contact radar avec le Bismarck. Informé, Holland ordonne au Hood et au Richelieu de venir plein nord, et envoie à 02h10 les destroyers anglais ratisser l’océan dans une autre direction. A 02h45, le Suffolk retrouve le contact, mais les destroyers ne sont pas immédiatement rappelés ; ils arriveront un peu en retard pour la bataille. » (Jack Bailey, The Cardinal and the Chancellor – The End of KM Bismarck, New York, 1963)

 

Edition Spéciale (article exceptionnellement publié en même temps, quelques jours après les faits, dans le New York Times et le New York Herald Tribune)

L’affrontement du Cardinal Combattant et du Chancelier de Fer

De notre Envoyé Spécial à bord du Richelieu, Donald “Abe” Lincoln

« (…) Il n’est guère plus de 5 heures 30. En mai et sous ces latitudes nordiques, le soleil est levé depuis un moment. Mais il jette sur l’océan une lueur étrange – on dirait que les couleurs ont disparu, que le monde est en noir et blanc. Le ciel est gris pâle, la mer est gris sombre, et les deux silhouettes qui viennent à l’horizon d’apparaître sont noires comme l’enfer. La distance diminue rapidement et bientôt quelques détails apparaissent. Les deux bâtiments sont très semblables, différant surtout par leur taille. Le plus petit, devant, c’est le Prinz Eugen. Le mastodonte, derrière, c’est lui, c’est le Bismarck. (…) »

 

05h25. Les hydrophones du Prinz Eugen détectent les bruits d’hélice de deux navires sur son bâbord.

05h42. Alors que le temps s’est nettement amélioré pendant la nuit et que la mer est calme, les vigies du Richelieu repèrent les deux navires ennemis. L’amiral Holland ordonne aussitôt de réduire la distance le plus vite possible (le Hood est très vulnérable à des tirs plongeants) et les navires alliés approchent l’ennemi par bâbord, selon un angle de 30°. Cette route empêche le Hood d’utiliser ses tourelles arrière, mais convient parfaitement au Richelieu, qui va également pouvoir employer deux de ses trois tourelles de 152 mm. Le Hood est en tête, suivi du Richelieu et de l’Algérie, les quatre torpilleurs un peu en arrière, sur bâbord.

05h49. L’amiral Holland ordonne de concentrer les tirs sur le navire ennemi de tête – qui est en réalité le Prinz Eugen. Cependant, l’officier de tir du Richelieu ne s’y trompe pas et le commandant du vaisseau français signale au Hood et à l’Algérie que le Bismarck est le second navire de la ligne allemande.

05h53. Les vaisseaux alliés ouvrent le feu, à 24 500 m. Le Richelieu et l’Algérie visent d’emblée le Bismarck, tandis que le Hood commence par tirer sur le Prinz Eugen, puis change de cible. Les deux Allemands répliquent au bout de quelques secondes, tous deux sur le Hood. Privé de radar, le Bismarck se voit obligé d’utiliser ses télémètres optiques. Sur le Prinz Eugen, les tubes lance-torpilles bâbord sont parés à tirer.

 

Lincoln : « Quelque part, un gong a dû retentir, et les adversaires ont commencé d’échanger des coups. Ils ont de l’allonge : plus de 15 miles les séparent. Et ils ont de la précision : déjà, les énormes gerbes d’eau qui montent vers le ciel ne sont pas très loin de leurs cibles. Questions suivantes : ont-ils du punch ? Et son corollaire : savent-ils encaisser ? Je sens que je ne vais pas tarder à avoir les réponses… »

 

05h55. Une salve du Prinz Eugen touche le Hood et fait exploser des munitions de canons de petit calibre, provoquant un violent incendie.

05h58. L’Algérie change de cible, prenant à partie le Prinz Eugen. Les tourelles secondaires du Richelieu (152 mm) commencent à prendre pour cible le Bismarck, qui réplique bientôt avec ses propres canons de 150 mm. Lütjens, d’abord réticent à entamer ce stock d’obus, en principe destiné à la guerre de course, a compris que cette bataille se joue à quitte ou double.

05h59. Alors que l’officier de tir du Prinz Eugen décide de diviser son feu entre le Richelieu et le Hood, la cinquième salve du Bismarck encadre le Hood. Un, peut-être deux obus percent le blindage du vieux croiseur de bataille et font exploser la soute à munitions des 4 pouces, dont l’explosion déclenche celle des deux soutes à munitions arrière des 15 pouces.

06h01. Le HMS Hood explose, se brise en deux et disparaît corps et biens en quelques minutes[2].

 

Lincoln : « Alors, l’incroyable arrive. Une flamme écarlate s’empare du Hood, le consume, un immense éclair blanc-jaune explose et, le temps de compter dix, l’orgueil de la Royal Navy est englouti par les flots… KO foudroyant au premier round. »

 

06h02. Tout le monde est frappé de stupeur par la destruction du Hood. Pourtant, à cet instant, le Bismarck vient lui-même d’être frappé par deux obus du Richelieu, à la proue et à la chaudière avant. Sa vitesse a été réduite à 25 nœuds. Le Prinz Eugen a également reçu deux obus, provenant, eux, de l’Algérie.

06h03. Le contre-amiral Edmond Derrien, chef de la partie française de l’escadre mais qui n’avait en pratique que peu de rôle à jouer en présence de l’amiral Holland, annonce qu’il prend le commandement de la flotte alliée. Devant le funeste destin du Hood (qu’il signale à l’amiral Tovey), il décide de virer légèrement sur bâbord et de stabiliser la distance à 22 000 m (stoppant ainsi l’engagement des tourelles secondaires). Cette distance permet à l’Algérie de tirer sur le Prinz Eugen à partir de sa “zone immune”[3]. Les deux navires français ralentissent quelque peu, pour ne pas dépasser leurs adversaires.

06h03 à 06h10. Lütjens décide de maintenir le cap en direction de l’Atlantique, car il espère que l’escadre alliée va jeter l’éponge après la perte du Hood. Libre de concentrer son tir sur le Richelieu, le Bismarck touche par trois fois son adversaire. Le troisième impact endommage la tourelle 1, dont le moteur est mis hors service par une panne électrique. Mais auparavant, un obus du Richelieu a détruit la tourelle “Bruno” et légèrement endommagé la tourelle “Anton”, tandis qu’un autre frappait le cuirassé près de la passerelle, obligeant à transférer le contrôle du tir à la position secondaire. Aucun témoignage parmi les rescapés du Bismarck n’a permis d’établir si l’amiral Lütjens a été touché lors de cet impact.

Le Prinz Eugen, lui, a cessé de tirer sur le Richelieu et fait maintenant feu sur l’Algérie, qu’il parvient à toucher quatre fois, mais deux des obus de 203 mm ne peuvent traverser le blindage du meilleur croiseur lourd français, tandis que les deux autres n’explosent pas (malfaçon des fusées). En revanche, l’Algérie touche trois fois son adversaire, détruisant successivement la position arrière de contrôle du tir et les tourelles “Caesar” et “Dora” (tourelles arrière).

 

Lincoln : « A nouveau, le Richelieu frémit sous le choc d’un des énormes obus allemands, mais cette fois, la conséquence est terrible : l’une des deux tourelles quadruples est réduite au silence ! Le combattant n’a plus qu’un poing pour frapper. Pourtant, il ne jette pas l’éponge et continue la lutte. Heureusement, l’Autre semble lui aussi souffrir : ses coups se font moins nombreux, moins précis… »

 

06h11. L’amiral Derrien ordonne aux deux croiseurs britanniques Suffolk et Norfolk, qui se trouvent toujours à plus de 20 000 m sur bâbord arrière de la formation allemande, de se rapprocher et d’ouvrir le feu sur le cuirassé ennemi ralenti. Le Prinz Eugen, toujours engagé par l’Algérie, ne pourra pas contrer leur manœuvre, leur permettant ainsi de préparer leurs torpilles. Il ordonne également aux torpilleurs de feindre une attaque à la torpille, pour distraire le Bismarck de son duel, mais de se retirer avant de risquer de recevoir un obus de 150 ou de 105.

06h11 à 06h27. Le duel au canon des deux cuirassés se prolonge sans résultat notable. Le Français n’a plus qu’une tourelle principale sur deux. Côté allemand, quelques salves sont employées à repousser la feinte d’attaque des torpilleurs. Puis, lorsque le tir contre le Richelieu reprend, c’est avec une précision réduite. En effet, le contrôle de tir du Bismarck a du mal à digérer la pluie d’obus infligée à partir de 06h15 par les canons arrière de 8 pouces des croiseurs britanniques, qui se sont progressivement rapprochés et suivent à présent une route parallèle, légèrement sur tribord arrière, alors que les Français sont à bâbord. Les deux croiseurs anglais utilisent leurs deux tourelles avant contre le Prinz Eugen pour soutenir l’Algérie, plus petit que son adversaire, « mais, commentera l’officier de tir du Suffolk, nous avons bientôt constaté que le Français se débrouillait très bien tout seul ». Les obus anglais ne peuvent percer le blindage du cuirassé allemand, mais ils finissent par mettre hors service sa direction de tir secondaire. Le Richelieu est pourtant touché à deux reprises par les six canons de 380 opérationnels de son adversaire : une fois au flanc, sous la ceinture blindée, l’obus provoquant une voie d’eau limitée, et une fois à l’arrière : le hangar à hydravion est incendié (les hydravions ont heureusement été laissés à Scapa en prévision d’un tel impact).

 

Lincoln : « Soudain, dans tous les haut-parleurs du vaisseau, la voix de l’amiral Derrien : “Nous avons reçu un message du général de Gaulle, ministre de la Guerre : « Amiral, sachez et dites à vos hommes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil. »J’ai l’impression qu’un courant électrique parcourt le navire. Un instant plus tard, le cuirassé gronde sa fierté : la tourelle muette a retrouvé sa voix. » (NDE – Le message avait en fait été envoyé par De Gaulle peu avant le début du combat).

 

06h28. La tourelle 1 est réparée et peu après, le Richelieu atteint trois fois de suite son adversaire. Deux obus frappent en plein milieu du bâtiment et l’une d’eux pénètre jusque dans une salle de turbine. Un autre atteint la superstructure arrière et allume un violent incendie. Le Bismarck ralentit à nouveau, il ne donne plus que 17 nœuds. Le Norfolk et le Suffolk obtiennent une série de coups au but sur la superstructure.

 

Lincoln : « Cette fois, le colosse nazi vacille ! Il a visiblement ralenti. La lueur d’un incendie est visible à l’arrière. J’aperçois dans mes jumelles les silhouettes semblables des deux croiseurs anglais Norfolk et Suffolk qui harcèlent le géant pour venger leur Hood. »

 

06h30. Le Prinz Eugen ne peut plus soutenir son vaisseau amiral, car l’Algérie l’a nettement maté. Les obus de ce dernier ont percé la ceinture blindée du croiseur allemand et ont sévèrement endommagé sa délicate machinerie à haute pression. La vitesse du Prinz Eugen tombe à 14 nœuds, il perd du terrain et est dépassé par son compagnon. Le Bismarck abat vers bâbord et l’escadre française pour passer en tête, avant de reprendre son cap. Il masque ainsi pendant deux minutes le Prinz Eugen à l'Algérie, qui doit interrompre son tir. Sur l’autre bord, c’est le Prinz Eugen qui masque le Bismarck aux deux croiseurs anglais. Ceux-ci en profitent pour lui décocher 4 salves complètes de 8 pouces, à une distance d’environ 16 000 m. La cible étant déjà acquise, les conséquences sont terrifiantes, entraînant de graves avaries à bord du croiseur allemand, qui commence à abattre de manière erratique vers le nord-ouest, puis vers le nord. Lorsque le Prinz Eugen réapparaît, constatant qu’il ne peut plus participer au combat, l’Algérie cesse de l’accabler et prend lui aussi pour cible le Bismarck.

Les Norfolk et Suffolk se glissent alors entre le Bismarck et le Prinz Eugen, prenant brièvement ce dernier à partie avec leur armement secondaire tribord (4 pouces AA). Mais le croiseur allemand brûle de la proue à la poupe et pourra manifestement être achevé plus tard. Les deux croiseurs anglais se préparent à lancer leurs torpilles contre le Bismarck.

06h34. Les destroyers britanniques rejoignent enfin le champ de bataille. L’amiral Derrien leur ordonne d’attaquer le Prinz Eugen pendant que les torpilleurs français attaqueront le Bismarck, la majorité de l’armement secondaire de ce dernier (150 mm et 105 mm AA) étant presque certainement hors d’usage.

06h39. Le Hardi, L’Adroit, le Foudroyant et le Casque effectuent – pour de bon, cette fois – une attaque coordonnée et lancent 20 torpilles sur le Bismarck, que le Richelieu vient encore de toucher (avec ses 380 comme avec ses 152, qui ont repris part au combat) et dont les contrôles de tir ont été mis totalement hors de combat par les obus de 8 pouces qui continuent de s’abattre sur lui.

06h44. En dépit de manœuvres d’évasion désespérées, le Bismarck reçoit trois torpilles : une à l’avant, sous la tourelle “Anton”, une au niveau de la passerelle, et une à l’arrière, au niveau du contrôle arrière de la DCA. La vitesse du cuirassé tombe à moins de 10 nœuds, et son tir devient erratique.

06h49 à 06h53. Le Richelieu se rapproche à 10 000 m, c’est-à-dire à courte portée (pour des canons de 380). Le Bismarck est en flammes, et seule sa tourelle “Dora” (arrière) répond encore, une fois toutes les deux minutes. Le Richelieu obtient au moins six coups au but, deux d’entre eux ouvrant d’énormes trous dans la coque du Bismarck et un autre obligeant à noyer la soute à munitions arrière, ce qui réduit définitivement au silence le cuirassé. Peu après, la tourelle 1 du Richelieu retombe en panne.

06h54. Au tour du Norfolk de lancer ses torpilles.

06h58. Le Bismarck encaisse deux torpilles du Norfolk et stoppe. Il brûle maintenant de la proue à la poupe.

07h01. Le Suffolk d’un côté, les torpilleurs français de l’autre, lancent une dernière salve de torpilles à bout portant (2 000 m). Plusieurs torpilles (peut-être cinq) frappent leur cible.

07h13. Le Bismarck s’incline lentement sur bâbord et coule. Les torpilleurs sauvent 118 hommes de son équipage.

 

Lincoln : « Lentement, le navire d’acier portant le nom du Chancelier de Fer est englouti par les eaux sombres de l’Atlantique. Blessé, noirci par la fumée des incendies, mais vainqueur, le Cardinal Combattant savoure son triomphe. »

 

07h46. Les destroyers britanniques rattrapent le Prinz Eugen, qui s’éloigne vers le nord à 12 nœuds, et l’attaquent à la torpille. Le croiseur allemand, qui n’a jamais été en position de lancer ses propres torpilles contre le Richelieu, ne peut répliquer. Il n’est plus qu’une épave brûlante et ses tubes sont hors d’état de fonctionner.

07h56. Le croiseur allemand est frappé par deux torpilles. Il stoppe.

08h42. L’Algérie, suivi du Norfolk, s’approche du croiseur dérivant lentement vers le sud. Après avoir tenté de joindre le commandant du navire allemand, dont les installations radio ont été détruites, pour lui demander de se rendre, les deux croiseurs alliés ouvrent le feu.

08h49. Comme il devient évident que son équipage est en train de saborder le Prinz Eugen, le tir est interrompu.

08h58. Le Prinz Eugen s’enfonce par la proue et coule. Les destroyers britanniques sauvent 131 hommes, dont le Second Officier Artilleur, le Kapitan-Leutnant Paul Schmalenbach, dont le “Destin du Bismarck et du Prinz Eugen est devenu célèbre après la guerre. L’histoire de ces deux navires, leur conception erronée, leur mission plus motivée par les luttes de pouvoir au sein de l’entourage d’Hitler que par la stratégie, puis leur fin brutale, y sont remarquablement narrées. On y retrouve aussi des anecdotes typiques ou bizarres, telle que celle de l’étrange erreur des vigies allemandes, qui leur fit prendre pendant plusieurs minutes le Richelieu pour « un cuirassé de classe King George V, sans doute le Prince of Wales »[4], tandis que la présence même de l’Algérie et des torpilleurs était d’abord ignorée…

 

Alger

Le Général De Gaulle attend l’issue du combat. « Après l’anéantissement soudain du Hood, la lutte prenait une dimension presque mythologique entre les champions de la France et de l’Allemagne. Quel pouvait être le sort du Richelieu face au monstre sorti des aciéries allemandes, qui venait en un instant de terrasser la fleur de la Marine anglaise ? Seul dans mon bureau, je travaille. Mais voici que, vers dix heures, l’Amirauté m’envoie dire : “Le Bismarck et le Prinz Eugen ont été coulés. Le Richelieu n’a subi que des dommages limités. Il fait route vers Scapa Flow.” Je remercie le messager, le congédie, ferme la porte. Je suis seul. Oh ! Cœur battant d’émotion, sanglots d’orgueil, larmes de joie ! » (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, tome 1, Le Sursaut, Ed. Plon).

 

Grèce

La ligne Véroia-Salonique est mise à l’épreuve par des blindés allemands, mais tient bon. En revanche, Salonique est presque encerclée. L’évacuation par mer des défenseurs est décidée. Au crépuscule, l’Escadre de Mer Egée de Pridham-Wippell arrive dans le Golfe de Salonique. Pendant que les croiseurs (HMS Ajax, HMAS Perth et MN Emile-Bertin) bombardent les troupes allemandes et bulgares, les destroyers entrent dans le port, encombré d’épaves coulées par les Ju-87, et embarquent le plus possible de troupes grecques.

 

 

25 mai

A bord du MN Richelieu, Atlantique Nord

Un flot de messages de félicitations inonde la passerelle du Richelieu (Churchill, Dudley-Pound, Reynaud, De Gaulle) tandis que le cuirassé endommagé mais victorieux se dirige vers Scapa Flow. Le navire sera rapidement envoyé aux Etats-Unis pour réparations définitives et amélioration de son armement anti-aérien. Il sera désormais connu sur toutes les mers du monde comme le “Cardinal” (Fighting Cardinal pour la Royal Navy et l’US Navy).

Quartiers du contre-amiral Jean-Marie Derrien.

– Merci d’avoir répondu si vite à mon invitation, M. Lincoln.

– C’est, heu, bien naturel, Amiral.

– J’ai lu votre… relation de la bataille d’hier. Je tenais à vous en féliciter. Je dois dire que je n’étais pas trop favorable à la présence d’un journaliste sur le Richelieu, mais j’espère que vos compatriotes seront touchés par votre récit, même si ou peut-être parce qu’on croirait parfois lire le compte-rendu d’un combat de boxe…

– (Toussotement embarrassé…)

– Nous allons faire transmettre votre texte à votre journal dans les plus brefs délais. Mais j’aimerais vous préciser un ou deux points. D’abord et surtout, vous devez comprendre l’immense importance de cette bataille pour mes compatriotes. Bismarck et Richelieu furent de grands ministres pour leurs pays. Mais de plus, Richelieu a sans doute retardé de plusieurs siècles la formation d’une Allemagne unie, et Bismarck nous a fait beaucoup de mal. Après la disparition du Hood, le combat est devenu une lutte directe entre les représentants des deux pays, la France et l’Allemagne. Et, pour la première fois depuis le début de cette guerre, c’est la France qui l’a emporté. En Corse, en Sardaigne, en Grèce, nos hommes ont été et sont magnifiques, mais ils ont dû, ils doivent céder le terrain. Dans ces batailles, l’Allemagne avance au prix de lourdes pertes, mais elle avance. Aujourd’hui cependant, l’Allemagne, le symbole de l’Allemagne, est au fond de l’Atlantique. Oui, la signification de cette bataille dépassait de loin le sort de nos navires.

– Je comprends… Mes prochains articles…

– A ce sujet, j’aimerais préciser quelques points. Vous avez peut-être entendu dire que certains amiraux de la Marine Nationale n’apprécient guère, pour diverses raisons, la composition du gouvernement actuel. D’aucuns rappellent que traditionnellement, dans notre pays, le marin est une sorte de royaliste “provisoirement au service de la République”… Mais tous les marins servent loyalement l’Etat. Et ces Messieurs d’Alger constituent le gouvernement légal, alors que les gens de Paris ne sont qu’un ramassis de canailles.

– (Confusion…)

– Mais je parle, et j’oublie la politesse la plus élémentaire… Vous avez perdu un ami, je crois, sur le Hood ? Monsieur… Sixton…

– Clifton. Bill – je veux dire, William Clifton. Ce n’était pas un ami, Amiral, c’était même un concurrent, nous ne travaillons pas pour les mêmes journaux, mais c’était… un exemple. J’ai souhaité devenir correspondant de guerre parce que j’ai lu ses articles. Et je suis aujourd’hui aussi désolé que s’il avait été mon ami.

– Ah… Mes condoléances… Et, hmm, si je puis me permettre, pourquoi étiez-vous sur le Richelieu et lui sur le Hood ?

– Ne le prenez pas mal, Amiral, mais nous voulions tous les deux être sur le Hood. Un navire fameux, la légende de la Royal Navy, l’ombre de Nelson… Alors nous avons tiré au sort. Et il a gagné. Je l’entends encore me dire : « Lady Luck, gamin ! La seule épouse possible pour un correspondant de guerre ! Chaque fois, je me dis qu’elle va me plaquer et puis, tu vois, elle tient ! »

 

Grèce

Salonique capitule en fin de journée. Près de 16 000 soldats grecs sont faits prisonniers, bien que, jusqu’au dernier moment, quelques-uns aient encore pu fuir, en bateau de pêche, en barque, voire, dans deux cas, à la nage !

Près de Véroia, le général Cruewell, qui remplace Stumme blessé l’avant-veille, lance une nouvelle attaque. Ayant constaté que le terrain devant Véroia est, pour une fois, plat et dégagé, il tente de percer vers la vallée de l’Aliakmon. Fatigué par des semaines de frustration et d’embouteillages dans les montagnes, il est assez téméraire pour imiter une fameuse tactique britannique : charger avec vaillance sous la gueule des canons. La 9ème Panzer Division, tout juste reconstituée pendant la “trêve List”, perd 70 de ses 150 blindés et l’infanterie du 1er Régiment motorisé SS est décimée par les tirs des 2 livres britanniques et des 47 mm et 75 mm français. Une tentative de débordement de la 16ème Panzer Division est contrée par des éléments de la 2ème Division Cuirassée, avec de lourdes pertes des deux côtés. Les forces alliées sont trop épuisées pour contre-attaquer, et leur organisation ne s’y prête pas – les Alliés perdent ainsi une bonne occasion de détruire entièrement des unités blindées allemandes pendant que l’infanterie de l’Axe (Allemands et Bulgares) est encore concentrée autour de Salonique.

Sur le front ouest, une tentative de prendre Ioannina d’assaut par surprise échoue, car les colonnes trop étirées du Skandenberg Korps sont contre-attaquées dans les cols par l’infanterie de montagne grecque.

 

Palmyre

Arrière-garde de la DLML, la 2e section de la 3e CPLE regagne sa garnison où l’attendent des renforts envoyés d’Algérie pour ramener l’effectif à son plein niveau. Le fanion de la compagnie s’orne désormais de la Croix de Guerre avec palme.

 

Damas

Le général Dentz prononce la dissolution de la DLML. Dans un dernier ordre du jour, le général de Larminat félicite ses troupes pour leur conduite au feu et leur dit sa fierté de les avoir commandées. Il englobe les aviateurs de l’EAML dans ses félicitations.

 

 

26 mai

Londres

Devant l’ampleur du phénomène des “V”, un comité de coordination interallié a été mis sur pied pour coordonner la campagne. Lors de la première réunion, le représentant belge Marc Schreiber remarque qu'en morse, le V se code sous la forme d’un son long, suivi de trois sons courts, soit exactement l’ouverture de la Ve symphonie de Beethoven. Aussitôt, les « coups du Destin » ainsi que les décrivait Stendhal, sont adoptés comme signe de ralliement, couronnant la campagne des V.

 

Paris

Les auteurs d’outre-Rhin apparaissent de plus en plus souvent dans les publications scientifiques et techniques françaises.

Le Concours Médical, journal spécialisé le plus lu par les médecins depuis la fin du XIXe siècle, présente cette semaine la traduction d’un article du Dr Josef Mengele, du Kaiser Wilhelm Institut de Berlin-Dahlem, initialement paru dans le Deutsche Zeitschrift der Rasseforschung (Revue allemande de la Recherche raciale). Le Dr Mengele y reprend les conclusions de sa thèse sur l’origine génétique du bec-de-lièvre. L’introduction précise que le Dr Mengele, qui sert actuellement comme médecin de bataillon dans l’une des unités de la SS engagées en Albanie, était déjà titulaire, à 27 ans à peine, de deux doctorats de l’université de Francfort, l’un en médecine et l’autre en anthropologie. « Aux yeux de ses maîtres et de ses collègues, il incarne aujourd’hui l’un des meilleurs espoirs de la Science médicale en Allemagne » affirme le Concours Médical[5].

 

Grèce

Près de Véroia, nouvelles attaques du XLe PzKorps. La 16e Panzer Division essaye cette fois de déborder les lignes alliées du côté des Britanniques, et est repoussée par les canons antichars anglais et les chasseurs de chars français. Les camions de ces derniers, très vulnérables, subissent cependant de lourdes pertes. Entre Véroia et la mer, une autre attaque est arrêtée par les unités anti-aériennes françaises, qui utilisent leurs 25 mm automatiques comme des armes antichars.

Dans la soirée, l’Escadre de Mer Egée bombarde la route côtière de Kavala à Salonique, très utilisée par les convois de ravitaillement allemands et bulgares, avant de se replier vers Limnos et Lesbos.

Violents combats dans les airs, disent les communiqués.

« Après la première victoire de George Burgard le 22, suivie d’une autre le 25, Du Mouzy avait déclaré que notre Infiltré n’avait plus besoin qu’on lui tienne la main et l’avait désigné comme leader d’un des éléments de sa patrouille. Cela n’avait rien d’étonnant : George n’était pas un novice comme ceux qui nous arrivaient de l’Ecole de Chasse, c’était un pilote qui avait beaucoup d’expérience, mais, jusqu’alors, pas celle du combat. En fait, il était plus âgé que la plupart d’entre nous ; c’était un vieux de presque 28 ans ! Son “handicap” effacé, il pouvait montrer toutes ses qualités.

Le 26, comme la veille, les combats aériens au-dessus de Véroia furent particulièrement intenses, les Allemands s’efforçant d’ouvrir la voie à leurs chars à coups de bombardements aériens. Burgard avait demandé Ramdane comme ailier – ce que Du Mouzy lui avait volontiers accordé – et lui avait fait le topo en ces termes : “Aziz, les gars au sol ont besoin qu’on descende les bombardiers Huns (il ne disait pas “Boches”). C’est mon boulot. Moi, j’ai besoin que les chasseurs Huns me foutent la paix (son français n’était pas très académique). C’est ton boulot. Oui ?” “OK !” avait répondu Ramdane, qui savait s’adapter.

Toute la journée, notre II/5 (qui était à ce moment basé à Larissa) fut engagé à fond dans la bagarre et le soir, George T. Burgard devenait le premier As américain depuis la Première Guerre, après avoir détruit deux Bf-110 et un He-111. “Ça n’a pas été très difficile, dit-il. Je n’ai pas regardé une seule fois dans mon rétroviseur, ce qui m’a permis d’être beaucoup plus efficace.” Aziz Ramdane, lui, faisait une drôle de tête. Une tête épuisée ! “Tu comprends, me raconta-t-il, c’est très éprouvant, de suivre George. J’ai cru cent fois qu’il allait percuter un Boche et moi, j’aurais eu l’air de quoi ? Pourtant, derrière lui, j’avais fait mon boulot !” Et bien fait : il avait abattu un 109, sans négliger pour autant d’achever un He-111 que Burgard avait entamé, ce qui lui faisait quatre victoires.

Quoi qu’il en soit, c’est à ce moment que, malgré le caractère officieux de la présence de nos Infiltrés, tout le monde commença à parler, non de Groupe II/5, mais de “Groupe Lafayette”. » (Jean-Pierre Leparc, op. cit.).

 

 

27 mai

Grèce

Suite de la bataille de Véroia : l’affaire des Bouches de l’Aliakmon.

Après un très violent bombardement effectué par des Stukas, des troupes allemandes traversent l’estuaire de l’Aliakmon, à l’est de Véroia, sur quatre ponts de bateaux, établissant une tête de pont sur la rive droite. Leur objectif est de progresser le long de la côte, vers Katerini, au sud. Les Blenheim anglais et les Maryland français qui ont survécu à plusieurs semaines de lutte attaquent les ponts de bateaux toute l’après-midi, malgré une flak très nourrie.

Au crépuscule, l’Escadre de Mer Egée bombarde la tête de pont. Dans la nuit, l’infanterie française, soutenue par les chars de la 3e brigade de la 2e D.C., attaque de Véroia vers la mer pour couper de leurs bases les troupes allemandes qui ont traversé le fleuve. L’utilisation nocturne des chars s’inspire des actions menées en Corse par les hommes du lieutenant-colonel Leclerc– rien d’étonnant, puisque celui-ci est aujourd’hui le colonel de Hauteclocque (bien que ses hommes et les journalistes continuent à l’appeler Leclerc). Pendant ce temps, les vieux torpilleurs grecs Alkyone, Arethousa, Doris et Pergamos pénètrent dans l’estuaire pour soutenir l’attaque des Français en prenant l’ennemi à revers. La bataille dure toute la nuit. Au matin, la plupart des survivants allemands battent en retraite vers la rive gauche…

 

Athènes

Patakos, Wavell et Giraud confèrent avec l’Amiral Cunningham pour coordonner le soutien naval à la défense de la Grèce du Nord.

 

Bulgarie

En fin de journée, les bombardiers français basés en Crète attaquent Plovdiv et Sofia. La nuit tombée, les Stirling et les Wellington britanniques prennent le relais.

 

Alger

Le gouvernement français décide d’envoyer en Crète deux bataillons de sa toute nouvelle “Infanterie de l’Air” (parachutistes) et le Bataillon de Choc de la Légion Etrangère. Il prévoit aussi l’envoi en Grèce, début juin, de renforts de blindés pour compenser les pertes subies jusqu’alors.

 

Damas

Affaire d’Irak, épilogue

TRÈS SECRET

Le général de division Larminat, ex commandant de la DLML, sous couvert de monsieur le général Dentz, commandant supérieur des Troupes du Levant, à:

- Monsieur le général de Gaulle, ministre de la Défense

- Monsieur le général Noguès, commandant en chef.

 

J’ai l’honneur de vous prier de trouver ci-joint, en complément de mon rapport sur les opérations de la DLML[6], un résumé des conclusions à tirer de l’action de cette grande unité de marche en campagne et au feu.

 

1) Comportement général

On aurait pu craindre pour la cohésion d’un ensemble aussi disparate. Pourtant, au-delà d’inévitables querelles de bouton, inhérentes à nos armées depuis des siècles et d’ailleurs partie intégrante d’un folklore non dépourvu de mérites, la DLML a vite fait preuve d’une cohérence qui a surpris les plus optimistes. Il m’apparaît que cet esprit de corps s’est forgé durant sa longue progression à travers le désert syrien. Elle a permis à des unités qui ne se connaissaient pas de s’entraider, de nouer des liens et, plus encore, de s’apprécier. Cette homogénéité est apparue dès le début des opérations actives.

Le moral de la division a été constamment élevé, y compris au moment où certaines unités ont éprouvé des pertes sensibles. À l’évidence, les personnels de tous grades, qui, pour l’essentiel, n’avaient pas pris part aux opérations en Métropole du printemps et de l’été 1940, ont été satisfaits de pouvoir enfin en découdre, même si les opérations en Irak paraissaient sans lien direct, à première vue, avec les intérêts français. Les cadres et les hommes jugeaient qu’ils trouvaient là un entraînement qui les préparait à nos futures batailles pour la libération du Pays.

Compte tenu de la saison, le personnel n’a pas souffert excessivement du climat. Il ne nécessite pas, à l’heure ou j’écris, de période de repos prolongée. La plupart des unités de la DLML peuvent être employés dès le début du mois de juin sur d’autres théâtres d’opérations, sous réserve, j’y insiste, de modernisation de leur armement léger (cf. infra) et de leurs moyens de transport.

 

2) Comportement particulier des unités

- 6e RICMS

J’ai exprimé par ailleurs (cf. mon RDL 2-26-02-41 destiné à DPMAT-Alger) les réserves que m’inspire l’expédient de régiments coloniaux mixtes. Néanmoins, j’admets que sous le commandement du colonel Ingold, officier d’expérience, le bataillon de Métropolitains (des engagés, pour plus des deux tiers) et les deux bataillons de Tirailleurs du régiment ont donné ce qu’on est en droit de réclamer à la Coloniale, aussi bien au feu qu’au repos. Le doigté d’Ingold et sa fermeté nous ont évité les problèmes de discipline que l’on aurait pu redouter de la cohabitation entre Blancs et Africains. Ce régiment, qui m’a surpris, je l’avoue, par son homogénéité, est maintenant en route pour l’Afrique du Nord où il sera rééquipé et motorisé. Il aura toute sa place comme pivot de l’une de nos futures DIC.

- 8e Zouaves

Le colonel Loustaunau-Lacau dispose d’un outil d’une solidité à toute épreuve, formé à la guerre d’aujourd’hui et doté d’un matériel moderne. En dépit de la jeunesse des hommes et de la majorité des cadres, le 8e Zouaves s’est imposé comme une unité d’élite capable de se plier à tous les impératifs de l’infanterie motorisée. Si le calme persiste dans nos mandats du Levant, le 8e Zouaves doit absolument être employé dans l’une de nos DIM – à moins que l’on en fasse l’élément fantassin d’une grande unité de cavalerie blindée. Quelle qu’aient pu être les réserves d’ordre politique formulées à son encontre au cours d’un passé récent – et sur le bien-fondé desquelles je n’ai pas à me prononcer – le colonel Loustaunau-Lacau doit recevoir au plus vite ses étoiles.

- 11e RCA

La campagne aura permis à nos Chasseurs d’Afrique de trouver leurs marques. Je dois rappeler que ce régiment a été reformé à Saïda à partir d’un bataillon de chars envoyé au Levant à l’automne 1939 et d’un second bataillon issu d’unités diverses d’AFN. Appartenant, à l’origine, à l’infanterie, les personnels ont éprouvé au début de l’année quelques difficultés à devenir des cavaliers blindés et à oublier les anciennes doctrines d’emploi – ce que démontre la persistance d’un vocabulaire devenu cependant caduc : bataillons et compagnies au lieu de groupes d’escadrons et d’escadrons, sections au lieu de pelotons. Les quatre escadrons mis à la disposition de la DLML ont rempli leur tâche à la satisfaction générale – dans la mesure où ils ont toujours été employés en masse malgré les velléités de certains officiers. Quelques mois d’entraînement supplémentaire et une dotation en matériels modernes feront du 11e RCA une unité que s’arracheront les patrons des DC. À noter que les personnels indigènes (environ 15% de l’effectif) se sont adaptés à la perfection à leur tâche de soutien et de ravitaillement dans les sections de TRC.

- RACL et batteries autonomes

Ce régiment a été divisé en groupes pour répondre à l’organisation en GT de la DLML. Nous n’avons eu qu’à nous louer de la qualité des personnels, à forte proportion d’engagés de l’avant-guerre, et des cadres. J’en dirai autant des deux batteries autonomes de montagne.

- CPLE

Nécessité faisant loi, ces compagnies, motorisées par nature mais prévues pour des missions de souveraineté, ont été utilisées comme élément de reconnaissance de la division et de ses GT, tâche dans laquelle elles ont donné toute satisfaction : la réputation d’adaptation de la Légion à toutes les circonstances n’est pas un leurre. Il faut souligner que nos légionnaires germanophones n’ont rien perdu de leurs qualités de discipline et d’allant, bien au contraire, lorsqu’ils ont été opposés à des Allemands. Si le commandement le souhaite, les six CPLE du Levant, dotées d’automitrailleuses et de matériel roulant moderne, pourraient former dans les mois à venir le noyau d’un régiment étranger de reconnaissance destiné à une DIM.

- Compagnie mobile de fusiliers marins

Cette unité légère, improvisée par la Marine du Levant au moment où l’on pouvait redouter des actions hostiles de la Turquie contre la Syrie à partir du sandjak d’Alexandrette, a été employée à toutes mains, notamment comme arrière-garde de la DLML et comme unité de reconnaissance du GTL formé d’unités britanniques. Elle a obtenu des résultats au-dessus de tout éloge et a fait honneur à la renommée acquise par ses anciens en 14-18.

- Chasseurs libanais

Issues des "troupes spéciales" du Levant, formées de chrétiens et de druzes, les trois compagnies du 1er groupe n’étaient préparées qu’à leurs missions de souveraineté dans la montagne libanaise et ne disposaient que d’un armement désuet. Leur encadrement n’était pas au complet. Elles se sont néanmoins comportées avec vaillance et ont apporté à la DLML un soutien d’infanterie légère très apprécié.

- 31e groupe autonome du Train

Formé pour l’essentiel de personnels indochinois et malgaches, cette unité a rempli ses missions à la satisfaction générale malgré un matériel souvent dépassé et peu adapté à de longs trajets dans le désert. La compétence et le dévouement des cadres et des personnels ne m’en ont pas moins fait regretter l’absence au Levant d’une aviation de transport.

- Services

Je n’ai ici à distribuer que de bonnes notes.

 

3) Organisation

Prévue par nos règlements d’avant-guerre, mais rarement mise en œuvre, la formation de groupements tactiques a donné au général commandant la DLML le moyen de jouer à tout moment de l’économie des forces. Chaque groupement comprenait :

- un régiment d’infanterie

- un groupe de 75 tractés

- deux compagnies (escadrons) de chars R-35

- deux CPLE

- deux sections de mitrailleuses (DCA)

- une section radio et télégraphe

- un peloton de circulation routière

- une section sanitaire.

Ce tableau d’effectifs reprend, en les adaptant aux nécessités du monde d’aujourd’hui, les principes d’organisation déjà préconisés par l’Empereur : chaque GT est en mesure de faire face à une division adverse et de tenir en attendant les gros. Commandé par un colonel, le GT est, en réalité, une brigade toutes armes.

Le général commandant la DLML avait conservé sous son contrôle direct:

- un groupe de compagnies de chasseurs libanais

- deux CPLE

- la compagnie motorisée de fusiliers marins de Lattaquieh

- un groupe de 105 tractés et deux groupes de 75 de montagne portés

- une batterie de 25 antichars

- une compagnie de sapeurs mineurs et une compagnie de pontonniers

- le 31e groupe autonome du Train, y compris sa demi-compagnie de QG et deux pelotons de circulation routière et de jalonnement

- un groupe d’exploitation et d’intendance

- une section des essences

- un groupe sanitaire lourd

- un peloton de la Prévôté.

Entièrement motorisés, ces ensembles sont parvenus à circuler à 15 km/h de moyenne dans le désert (y compris les porte-chars, qui auraient cependant dû être mis à la retraite dès le début des années 30), et même à dépasser les 25 km/h, vitesse réglementaire de nos convois, sur les bonnes routes d’Irak. Cette articulation s’est adaptée sans difficultés à la formation d’un troisième GT à base d’unités britanniques qui, de leur côté, ont su s’intégrer facilement à notre dispositif.

À l’évidence, le même schéma peut être conservé pour la création de GT de cavalerie blindée avec un régiment de chars, un bataillon d’infanterie et un groupe d’artillerie mixte. Je suggère que nos états-majors étudient la possibilité d’articuler ainsi les divisions d’infanterie et de cavalerie blindée en cours de formation ou de transformation en AFN et ailleurs. De mai à août 40, nos camarades ont appris qu’il faut pouvoir opposer la manœuvre autant que le feu à la mobilité et à la vitesse de l’adversaire.

 

4) Instruction

À la seule exception des zouaves, tous les éléments de la division avaient été instruits et formés dans nos territoires du Levant ou en AFN selon les méthodes en honneur avant la guerre. Cela n’a pas eu d’inconvénient, dans la mesure où l’adversaire n’était pas équipé de blindés ni d’aviation à proprement parler. Il n’en demeure pas moins que l’instruction est à reprendre, même pour les plus aguerris, et quel que soit leur grade, pour les former au combat contre les chars soutenus par l’aviation. Sinon, on s’exposera aux mêmes mécomptes qu’au printemps et à l’été 40.

 

5) Armement et matériel

a. Armement léger

On rencontrait au sein de la DLML le meilleur (MAS 36 des zouaves, FM 24/29) et le pire (FM Chauchat des chasseurs libanais).

Précis, robuste, maniable, le MAS 36 répond à ce que l’on en attendait. Il reste qu’il est néanmoins limité par la faible contenance de son magasin et par l’absence, incompréhensible, d’une sûreté : à tant faire qu’à copier le Mauser, on aurait pu mieux l’imiter. Ne parlons pas de sa baïonnette, fragile, difficile à extraire de son logement, qui paraît plus propre à la cuisson des chachliks à la russe qu’au combat au corps à corps.

Le 07-15 M 16 demeure ce qu’il a toujours été, solide et pratique. Mais sa longueur, si critiquée dans les tranchées de 14-18, est devenue rédhibitoire dans des unités motorisées. Il doit, dans toute la mesure des moyens, être remplacé par le M 34 dont le magasin – seulement cinq cartouches – lui vaudra les mêmes reproches qu’au MAS 36.

Le Lebel, superbe en son temps mais démodé, a vaillamment servi. Il conserve toutes ses vertus lorsqu’il est associé à la grenade VB. Mais sa longueur et la lenteur de son rechargement, d’ailleurs à l’origine d’incidents variés, sont devenues des handicaps insurmontables.

Les mousquetons Berthier, modifiés 16 ou non, ont été appréciés par leurs utilisateurs (CPLE, fusiliers marins). Comme le 07-15, ils sont desservis par notre munition 8 mm.

Il me paraît indispensable, néanmoins, de considérer, pour les mois à venir, que l’arme standard de notre infanterie doit être le MAS 36 ou le 07-15 M 34, en attendant de disposer en quantités d’un fusil semi-automatique en 7,5 mm d’origine française ou étrangère. Je demande instamment que les services de l’armement mettent aussi à l’étude la transformation en 7,5 des mousquetons 92. La logique exige désormais une unification impérative des calibres (fusil, fusil-mitrailleur, mitrailleuse) pour les unités de première ligne.

Le FM 24-29 est réellement un outil magnifique, en dépit d’un poids un peu élevé. Il vaut bien le Bren britannique, encore plus lourd et moins précis.

Comme le Lebel, le FM Chauchat a droit à une retraite méritée.

Utilisée seulement en DCA légère, la mitrailleuse Hotchkiss reste une arme précise et pratique, pénalisée par son poids et sa cadence de tir. Dans les unités, elle doit être remplacée très vite par un engin plus moderne, plus léger et en 7,5. La MAC des chars montre ce qui doit pouvoir être fait très vite.

Cela dit, la démonstration a été apportée, une fois de plus, que la valeur de la troupe et son instruction comptent davantage que la qualité de ses armes.

b. Armement lourd

Montés sur pneus, tractés, nos 75 et 105 C ont été plus à la peine qu’à l’honneur. Nos armées disposent là de deux types de canons aussi maniables qu'efficaces, utilisables en toutes sortes de situations. Je crois toutefois utile de signaler au commandement que notre 75 type 97, encore valable sur des terrains d’opérations secondaires ou coloniaux, ne supporte plus la comparaison avec les canons de campagne standard de nos alliés et, a fortiori, de nos ennemis. Il manque de puissance et d’allonge, comme un "poids coq", là où nous demandons aujourd’hui un "poids moyen". C’est plus vrai encore pour nos 75 de montagne, qui restent cependant sans rivaux pour la maniabilité et l’utilisation en terrain difficile.

À l’avenir, l’artillerie de nos DI devrait, me semble-t-il, être formée d’un régiment à trois groupes de 105 C et d’un régiment à deux groupes de 105 L, les 155 restant affectés au niveau du corps d’armée.

Les six 75 montés sur half-track apparaissent, par contre, comme un matériel d’avenir comme appui des blindés au plus près. Je suggèrerais volontiers une dotation d’une batterie de six engins à chaque bataillon, ou groupe d’escadrons, de chars.

Le mortier Brandt de 81 répond à tous les besoins de l’infanterie ou presque. Mais il est des circonstances où l’emploi du mortier de 120 s’imposerait. Je réclame son attribution au plus vite à nos régiments d’infanterie, à raison de trois sections de quatre tubes par régiment, en sus de l’équipement actuel en tubes de 81.

c. Chars

Nos R-35 n’ont jamais été opposés à d’autres blindés. Dans ces conditions, le canon de 37 TR s’est révélé suffisant pour combattre l’infanterie adverse. Les défauts du char Renault n’en sont pas moins criants : absence de radio, tourelle monoplace contraignant le chef de char à être au four et au moulin, manque de robustesse. Il faut renoncer à l’utilisation de cet engin en opérations actives et le réserver à la formation des personnels ou, éventuellement, à des missions de maintien de l’ordre. En tout état de cause, les combats de mai à août ont déjà démontré que notre conception d’avant-guerre (char léger biplace d’accompagnement de l’infanterie, donc lent et peu armé) n’a plus cours dans le combat moderne. Celui-ci exige des chars moyens ou lourds – 20 tonnes au moins, et probablement 30 tonnes et plus – aptes à la lutte antichars et, secondairement, à l’appui des fantassins (canon à haute vitesse initiale tirant aussi bien des perforants que des explosifs, mitrailleuses lourdes, autonomie), munis d’une tourelle biplace. On doit aussi accorder maintenant plus d’importance à la facilité d’entretien et de réparation.

Les tracteurs de ravitaillement TRC 37 Lorraine sont des matériels de haute qualité qui donnent toute satisfaction, quoiqu’ils soient plus adaptés à l’Europe qu’au Levant (faiblesse des filtres à air). Ils n’ont pas été ménagés par les personnels qui les ont surchargés trop souvent d’impedimenta divers et de munitions pour servir les blindés au plus près de la ligne de combat. Ils ont supporté sans broncher ces suppléments de poids.

d. Matériel roulant

La DLML réunissait, ici encore, le meilleur et le pire. Notre service du matériel va devoir réviser ses conceptions dans les meilleurs délais.

Les camions et camionnettes américains, conçus pour répondre aux besoins de l’armée US, se sont attiré tous les éloges. Plus frustes que les matériels français, mais plus simples, donc plus rustiques, polyvalents, ils sont sans équivalents pour les emplois en tout-terrain. Ils disposent, d’autre part, de qualités de traction appréciables – même pour les 105 C – en sus de leurs capacités d’emport. On leur reprochera seulement une consommation excessive. J’en dirai autant des camions Chevrolet d’usage courant dans les entreprises pétrolières en Irak, que nous avons souvent vu évoluer – et que nous avons réquisitionnés à l’occasion. Il faut rappeler que la fourniture d’outillage aux cotes anglo-saxonnes s’impose dans tous les cas – ce que notre intendance semblait avoir oublié.

Les P 23 et P 45 Citroën (RICMS, CPLE, fusiliers marins, artillerie portée, colonnes de ravitaillement de l’artillerie tractée) sont de bons matériels, que leur conception limite à un emploi tous-chemins. Du point de vue de la robustesse, ils ont donné à peu près satisfaction, grâce aux exploits des services d’entretien et de réparation, sans jamais égaler les camions GMC, Ford et Studebaker.

On pourrait en dire autant des semi-chenillés Citroën et Unic P 107 de l’artillerie et du génie, auxquels il manque un essieu avant moteur, à la différence des half-tracks américains.

Le quelques tout-terrain Laffly dotant les états-majors et les chars sont remarquables, mais ils manquent absolument de robustesse. Leur complexité a soulevé en zone désertique (sable et poussière) des problèmes d’entretien difficiles à résoudre. Plus de la moitié ont rendu l’âme et ont dû être abandonnés sans espoir de réparation, d’autant que les pièces de rechange ont souvent fait défaut.

Les camions citernes Lorraine à deux ou trois essieux moteurs chargés d’essence et d’eau – et même de vin – ont bien rempli leur tâche. Mais, comme les Laffly, ils ne sont pas adaptés à l’Outremer.

Le reste du matériel roulant, militaire ou de réquisition, de marques diverses (Renault, Delahaye, Berliet, etc.) nous a été utile. C’est le mieux que l’on en puisse dire. Les porte-chars Renault ou Saurer doivent, eux aussi, être mis à la retraite. Sans vouloir interférer dans un domaine qui n’est pas le mien, cette remarque, je le sais, s’applique également au matériel auto de l’EAML.

Nous avons payé, et nous paierons cher encore, une politique d’avant-guerre à courte vue qui a eu recours à des véhicules civils mal militarisés pour équiper nos armées : on voit, dès maintenant, que ces économies-là sont toujours coûteuses.

Je note, d’autre part, que nos alliés britanniques remplacent systématiquement leurs 2x4 par des 4x4 au fur et à mesure des livraisons.

 

6) Uniformes

J’ai quelquefois comparé la DLML à un arlequin, tant étaient diverses les tenues de nos troupes. Sans vouloir prêcher pour ma paroisse, je pense qu’il faut s’inspirer des modèles adoptés au cours des années 30 par les troupes coloniales et par les Sahariens, pratiques et élégants à la fois. J’ai proscrit, de ma propre autorité, les bandes molletières qui n’ont plus leur place dans une armée moderne (outre qu’elles sont d’une laideur excessive). Faute de pouvoir faire réaliser localement des guêtres en quantités suffisantes, elles ont été remplacées par des bas de laine écrue tricotés par les religieuses de nos couvents ou achetés dans le commerce. Le général Dentz a bien voulu m’approuver. Tout le monde s’en est bien porté.

Par ailleurs, la motorisation de la division a permis de libérer les hommes du poids du sac. Ils ne sont montés en ligne qu’avec un paquetage de combat de moins de huit kilos. Cet allègement me paraît s’imposer et doit impérativement inspirer nos futurs règlements.

Le casque Adrian type 26 nous a donné satisfaction. Je préconise cependant qu’il soit remplacé par le casque à bourrelet modèle 35 des motorisés, plus pratique et seyant. Le calot, léger et peu encombrant, s’impose comme coiffure de repos et de service courant à la place du casque de liège, dit colonial, en général inutile au Levant (comme en Afrique du Nord).

Sur l’exemplaire destiné au général de Gaulle, le seul qui ait été conservé, le texte dactylographié se termine par une formule de politesse banale : « Croyez, Monsieur le Ministre, etc. » Mais Larminat a ajouté à la main : « et à mes sentiments de confiance ».

 

 

28 mai

Cadix

Après avoir traversé la veille le détroit de Gibraltar, en plongée et sans encombre, le sous-marin Scire pénètre discrètement de nuit dans le port de Cadix et vient se mettre à couple du pétrolier Fulgor, navire italien prétendument interné par les Espagnols, qui sert de repaire aux services secrets italiens et aux hommes de la Xa MAS. L’équipage du Scire a droit à une douche chaude et à des provisions fraîches, les opérateurs vérifient leurs trois SLC, tandis que Borghese écoute le rapport d’un diplomate italien sur la situation des navires anglais à Gibraltar. Après quelques heures à Cadix, le Scire repart aussi discrètement qu’il est venu.

 

Grèce

Sur le front ouest, le Skandenberg Korps reprend son attaque vers Ioannina, mais il est de nouveau arrêté par les troupes grecques, malgré un soutien aérien continu de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica.

A l’est, la bataille de Véroia se poursuit. Dès l’aube, les restes des brigades blindées britanniques venant de Véroia attaquent sur la rive gauche de l’Aliakmon, pour soutenir les troupes françaises qui poursuivent leur attaque sur l’autre rive et pour détruire les ponts de bateaux. Les chars anglais sont arrêtés par le tir des 88 mm AA, mais pas avant que trois des quatre ponts n’aient été détruits. L’offensive allemande est bel et bien brisée et seule une très étroite tête de pont subsiste sur la rive droite. Les Stukas vengent cet échec en s’en prenant aux torpilleurs grecs et en coulant l’Alkyone, le Doris et le Pergamos.

En fin de journée, le Feld-Maréchal List avertit le QG d’Hitler que l’offensive sur le front est doit être suspendue pour permettre aux troupes de se regrouper et de se réorganiser. Furieux de ce qui lui apparaît comme un nouveau et inadmissible retard, Hitler menace de démettre List de son commandement, et n’y renonce que sur les prières instantes de Jodl et de von Rundstedt. Il décide alors de convoquer pour le lendemain une conférence d’Etat-Major pour préparer une grande offensive destinée à « écraser une bonne fois pour toutes la résistance ennemie en Grèce. »

 

Bagdad

Sir Archibal Wavell et Sir Alexander Cadogan, qui ont conféré pendant deux jours au Caire, arrivent dans la capitale pour signer un nouveau traité anglo-irakien avec le régent Abd al-Ilah et Noury Saïd. Ce texte prévoit notamment une “coordination” de la politique militaire du royaume avec le gouvernement de Londres et une alliance qui le privera, en pratique, de relations extérieures indépendantes. Une clause particulière stipule que les compagnies BP et Royal Dutch - Shell exploiteront le pétrole – « en coopération avec la CFP » a fait préciser Eden au dernier moment – « dans le meilleur intérêt de l’Irak et de la cause des Alliés ». Le dernier article du traité indique que les deux parties pourront envisager une révision après la victoire sur les forces de l’Axe.

 

 

29 mai

Détroit de Gibraltar

Les chassés-croisés des destroyers anglais, et surtout de forts courants marins, font échouer les deux premières tentatives du Sciré pour retraverser le détroit. Borghese décide de patienter et de tenter une nouvelle fois sa chance le lendemain.

 

Rastenburg

La réunion d’Etat-Major convoquée la veille au QG du Führer décide d’allouer une partie du parc de camions rassemblé en Pologne aux forces de List pour accroître leurs capacités logistiques, gravement limitées par les destructions du système ferroviaire dues aux attaques aériennes alliées sur les gares de triage. De plus, le IIème FliegerKorps, auparavant stationné en Pologne au sein de la 1ère Luftflotte, doit se redéployer en Bulgarie.

 

Grèce

Dans le nord de la Grèce, les opérations au sol connaissent une accalmie, pour la première fois depuis une semaine. La Luftwaffe reste cependant très active contre Athènes et Volos, s’acharnant sur la petite ville. Le port de Volos est maintenant en grande partie détruit et encombré de bateaux coulés, ce qui force les renforts français et britanniques à débarquer au Pirée.

 

Mer Egée

Sous la supervision de l’amiral Cunningham (commandant en chef, à Alexandrie), les forces navales soutenant les troupes alliées en Grèce sont réorganisées.

Escadre de Mer Egée (Aegean Squadron)

Cinq croiseurs légers et quinze destroyers (DD), dont neuf contre-torpilleurs (CT) ou “destroyer leaders” (DL), répartis en trois groupes d’action de surface.

– Force A (contre-amiral H.B. Rawlings, commandant de l’Escadre)

Croiseurs légers HMS Ajax, HMAS Perth et MN Montcalm. DD HMS Greyhound, Griffin, Imperial et Isis.

– Force B (Captain H.A. Rowley)

Croiseurs AA HMS Phoebe et Dido, DD HMS Janus et Kimberley, Vasileus Georgios et Vasilissa Olga (grecs).

– Force C (contre-amiral Lavoix, Commandant en second de l’Escadre)

DL Mogador, CT Lion, Valmy, Verdun, Vauban, Le Fantasque et Le Triomphant.

Groupe rapide ABEL (Abdiel, BErtin, Latona) basés en Baie de Suda (Crète)

Mouilleurs de mines rapides HMS Abdiel et Latona, croiseur léger MN Emile-Bertin (capable de transporter jusqu’à 200 mines).

Force de Soutien (vice-amiral Pridham-Wippell)

Porte-avions HMS Eagle et Formidable, Cuirassés HMS Warspite et Valiant, Croiseurs légers HMS Aurora (réparé après les dommages subis au large de la Corse) et Arethusa, Croiseurs AA HMS Calcutta et Carlisle, DD HMS Napier, Nizam, Hereward, Decoy, Hero et Hotspur.

A ce moment, l’Eagle porte 20 chasseurs G36A (des flottilles AC1 et 2), 8 SDB1 (de l’AB2) et 6 Swordfish (de la FAA) pour la lutte ASM. Le Formidable porte 12 Fulmar I (la totalité des avions de ce type en Méditerranée Orientale), 10 G36A (de la flottille AC3 – certains sont rangés en permanence sur le pont d’envol) et 12 Albacore TSR. L’Amiral Cunningham écrira après la guerre dans ses mémoires que sans la contribution de l’Aéronavale, un seul porte-avions aurait pu être déployé et Pridham-Wippell aurait gravement manqué de chasseurs.

 

Bagdad

L’Irak déclare la guerre à l’Allemagne, à l’Italie et à leurs alliés.

 

 

30 mai

Londres

Une réunion de l’Etat-Major Technique Conjoint Franco-Britannique (Joint British-French Technical Staff) est consacrée à la planification industrielle et aux achats en Prêt-Bail de matériel naval et aérien. Y participent l’Attaché Militaire américain à Londres, un représentant du “US BuShips”, un autre du “USBuAer” et un conseiller personnel du Président Roosevelt, M. Harry Hopkins. La question de l’avenir du Jean-Bart, cuirassé inachevé, est aussi discutée lors de cette réunion. Enfin, le Général Martial Vallin présente un Mémorandum décrivant le plan de ré-équipement de l’Armée de l’Air (voir en annexe 41-5-3 les détails de l’ensemble des besoins formulés lors de cette conférence).

 

Gibraltar

Le Sciré a finalement réussi à repasser le détroit de Gibraltar et à entrer en baie d’Algesiras. Alors que les opérateurs sont en train de vérifier leur matériel, un radiotélégramme de Supermarina annonce que l’escadre alliée a pris la mer le jour-même : les deux jours perdus à retraverser le détroit auront eu un effet catastrophique ! Borghese décide de tenter quand même l’opération, mais en visant des navires de commerce présents dans la rade. Les opérateurs quittent le sous-marin, qui évacue immédiatement la zone pour un paisible voyage de retour.

Très rapidement, les plongeurs italiens rencontrent des difficultés techniques : un SLC refuse de démarrer, puis certains appareils respiratoires tombent en panne… Tous ces problèmes techniques compromettent la mission ; aucun navire n’est attaqué, et trois des six plongeurs sont faits prisonniers par les Anglais.

Cette mission BG3 se solde donc encore par un échec, et pourtant les hommes de la Xa MAS voient dans cette opération de vraies raisons d’espérer. Borghese écrit, à propos du Sciré, dans son rapport de mission : « L’unité est restée sept jours dans des eaux comprises dans un rayon de cinquante nautiques autour du port de Gibraltar. En quatre jours, elle a traversé deux fois le détroit, y séjournant vingt-quatre heures. Elle a navigué en plongée et fait surface à deux nautiques du port de Gibraltar. Malgré tout cela, on peut estimer que l’ennemi n’en a pas eu connaissance. »

 

Grèce

Journée relativement calme. Les troupes allemandes se réorganisent pour de nouveaux assauts contre la ligne de défense de Véroia, « à l’ombre du Mont Olympe ».

Le porte-avions HMS Furious arrive à Héraklion pour y débarquer 54 Hurricane dont les squadrons de la RAF basés en Grèce ont un urgent besoin. De même, l’Armée de l’Air se renforce dans le Dodécanèse avec l’arrivée à Rhodes du Commandant-Teste, qui apporte 26 Dewoitine D-520M. Ces avions doivent former le quatrième Groupe de la 39ème Escadre Mixte (le IV/39), déployée dans les îles d’Ikaria, Chios et Lesbos et dont le I/39 est déjà équipé de D-520M. Cette Escadre est la seule à utiliser le chasseur Dewoitine hors d’Afrique du Nord.

Le Royaume-Uni accepter de transférer à la France 100 chasseurs Hawk-81A2 stockés à Belfast pour permettre l’envoi en Grèce d’avions du même type déployés en Afrique du Nord. Jusqu’alors, 16 squadrons et groupes de chasse anglais et français opèrent en Grèce continentale. Néanmoins, après plusieurs semaines de combat épuisant, leur effectif opérationnel combiné dépasse à peine 150 avions, contre un chiffre théorique de 320 machines. Les Etats-Majors alliés espèrent revenir à ce chiffre de 320 vers la mi-juin. De son côté, la force aérienne grecque est réduite à la moitié de son effectif normal.

 

 

31 mai

Paris

Gabriel Jeantet déjeune en tête-à-tête chez Lasserre avec Otto Abetz. Autour d’une pièce de bœuf en papillote aux pommes pont-neuf, accompagnée d’un château-margaux 1928 – les restrictions s’appliquent moins que jamais aux restaurants réputés que fréquentent les occupants, les dirigeants du Nouvel État Français et le Tout-Paris de la Collaboration des Arts et des Lettres, sans parler des profiteurs, des BOF et autres rois du marché noir – le nouveau patron d’Havas-OFI interroge son interlocuteur sur la réaction du Propaganda Ministerium et de la Wilhelmstraße à une éventuelle demande d’accréditation d’un correspondant à Berlin. « Une signature française, explique-t-il, donnerait au service de l’agence plus de crédibilité sur les nouvelles du Reich que la traduction des dépêches du DNB. Les journaux ne les reprennent que par obéissance aux consignes officielles ! »

Abetz, qui prend souvent ses désirs pour des réalités, lui répond qu’il appuiera cette proposition de toutes ses forces. « À mon avis, s’exalte-t-il (le bordeaux aidant), rien ne pourrait mieux conforter ces jours-ci l’amitié franco-allemande. Préparez-moi un petit dossier. Je le transmettrai à Berlin avec avis très favorable. »

 

Berlin

Affaire d’Irak, épilogue

L’amiral Canaris apprécie le samedi. Guerre ou pas guerre, la plupart des bonzes du régime s’absentent de la capitale et rejoignent leur résidence de campagne, proche ou moins proche, tel le Karinhall au luxe de satrape du Reichsmarschall Goering, à moins que le Führer ne leur ait fait l’honneur de les convier au Berghof. Il existe même des raisons de penser que la Gestapo de la Prinz-Albrechtstraße, qui marque de si près sa concurrence militaire, relâche un peu ses surveillances ce jour-là.

La Tirpitzufer, siège de l’Abwehr, conserve, elle, son activité de ruche vingt-quatre heures sur vingt-quatre et trois cent soixante-cinq jours par an – comme un navire de haut bord. « À la mer, explique l’amiral, on ne prend pas de permissions. » La règle du quart s’applique à tous, aux officiers comme aux secrétaires, aux radios et à l’amiral : lorsque l’on est de service, on travaille. Si l’on appartient à la “bordée de repos”, on risque tout de même d’être rappelé, à chaque instant, à son poste de combat. Il y suffit d’un appel téléphonique.

« Nie können die Nachrichten auf Morgen warten »[7] répète Canaris. Il se garde bien de préciser que cette maxime ne signifie qu’une chose : il entend être tenu au courant sur le champ, et quelle que soit l’heure, de toute information d’importance. Ensuite, à lui seul de décider si, et quand, il en fera part à la Chancellerie, à l’OKW, aux commandants des trois armées ou aux ministères concernés – mais jamais au Reichsführer SS, sauf pour lui apprendre, mit Schadenfreude[8], de mauvaises nouvelles.

Canaris n’ignore pas qu’il a peu d’alliés au sein des sphères dirigeantes, mais beaucoup d’ennemis qui lui ont imputé, non sans quelque satisfaction, l’échec de l’opération Ostmond. Il lui faut contre-attaquer – non en cherchant maladroitement à rejeter sur d’autres le fardeau, ce qui risquerait de lui faire de nouveaux ennemis, mais en présentant les faits sous l’éclairage adéquat. Au lecteur, en apparence, de tirer ses conclusions… C’est pourquoi il appelle sa secrétaire, Fräulein Boppenhausen, qui accourt dans son bureau, bloc-notes et crayon à la main.

– Angelika, je vais vous garder avec moi toute la journée. J’ai à vous dicter un nouveau mémorandum destiné au Führer et chancelier du Reich, et à lui seul. Vous me le mettrez en forme aussitôt. Il doit partir dès demain matin pour Berchtesgaden.

– Jawohl, Herr Admiral!

- Nu! Ich fange mit Diktieren an.[9]

Comme à son habitude, l’amiral dicte sans notes et sans même consulter les dossiers que son officier d’ordonnance a disposés sur sa table de travail, dans un ordre aussi maîtrisé qu’un jardin à la française – ou, si l’on préfère, avec une précision propre à satisfaire le plus psychorigide des Prussiens.

 

L’Évolution de la situation à l’est de Suez

 

La conjoncture s’est profondément transformée au Moyen-Orient depuis le 1er janvier dernier, date du mémo que j’avais alors soumis au Führer et à plusieurs autres personnalités du Reich. Ce changement s’est fait dans un sens que certains ont jugé négatif.

Il a été provoqué autant par les événements qui ont affecté tel pays de la région que par les opérations militaires dans le sud-est de l’Europe. Il faut y ajouter un rapport de forces encore influencé par les ultimes déboires de nos alliés italiens en Afrique Orientale : ils ne sont plus en mesure de jouer, en bordure de l’Océan Indien et aux débouchés du Golfe, le rôle de contrepoids aux menées des Britanniques et, secondairement, des Français.

Pour autant, il serait dangereux de s’arrêter à une vue superficielle de la question et de ne prêter attention qu’aux aspects négatifs. Le Reich conserve d’excellents atouts.

 

I. Bilan de l’opération Ostmond.

A. Contexte.

S’estimant menacés par la police du régent Abd al-Ilah et par les services spéciaux britanniques, par nature très présents et actifs en Irak, les officiers du Carré d’Or et Rachid Ali ont déclenché leur coup d’état bien avant que notre dispositif soit au complet et prêt à l’action selon nos prévisions. Ils ont agi dès le début d’avril alors que nous n’avions programmé notre intervention que pour la mi-mai. Nos éléments opérationnels issus de la Wehrmacht (1. Kompanie Brandenburger Regiments et 4. Kampfskompanie leichter Infanterie), dirigés par l’Oberst Pfiffelsdörfer, ont donc été contraints à des improvisations, tandis que les détachements de la Luftwaffe (Trasta 789, Kampfsgruppe Bäumler, Sonderostkompanie des 2. Fallschirmjäger Bataillon) ont dû se déployer dans des conditions d’une extrême difficulté.

B. Résultats militaires.

Certains ont pu juger nos pertes lourdes. Il est vrai qu’elles représentent un peu plus de deux cinquièmes de nos effectifs engagés (morts, disparus ou prisonniers) et une quarantaine d’avions[10]. Mais, en contrepartie, nous avons bloqué en Irak l’équivalent d’un corps d’armée, au moins, soit deux divisions britanniques et une division française, qui ont fait défaut à l’ennemi en Grèce et ailleurs, pendant deux mois environ.

Nous considérons d’ailleurs qu’échaudées par cette alerte, les autorités coloniales britanniques et françaises vont se croire dans l’obligation de continuer à maintenir des forces importantes dans leurs territoires du Moyen-Orient. Nous les évaluons à l’équivalent d’une division en Irak, autant en Palestine (en plus de la Légion arabe et d’un régiment en Transjordanie), deux brigades en Syrie et une brigade au Liban.

Nous avons d’ores et déjà appris que le Cabinet de Londres doit s’efforcer d’arbitrer au mieux entre les demandes de Wavell, qui réclame toujours plus d’unités fraîches, et les vœux du Colonial Office, attaché à de fortes garnisons dans l’Empire. S’agissant des Français, on peut poser en principe que toute unité chargée de tâches de garnison manque à leur corps de bataille et contribue à limiter davantage encore leurs possibilités.

C. Résultats politiques.

a) Dans tout le Moyen-Orient, la dénonciation de l’impérialisme britannique apparaît aujourd’hui comme une évidence aussi bien pour les purs nationalistes que pour les plus extrémistes. La Grande-Bretagne a dilapidé, en moins de vingt ans, le capital de sympathie né de l’engagement des Allenby et autres Lawrence en faveur de l’indépendance arabe. Nous sommes, à l’inverse, parvenus en quelques semaines à gommer le souvenir de notre alliance avec la Turquie pendant la guerre précédente et à acquérir à peu de frais la réputation de meilleurs amis des musulmans en général, et des Arabes en particulier. Il va de soi que la politique énergique du Führer à l’encontre des Juifs nous a donné là-bas un atout de poids.

b) De ce point de vue, la présence du Grand Mufti de Jérusalem et de M. Rachid Ali à nos côtés ne saurait être sous-estimée. Ces deux personnalités, extrêmement populaires désormais, vont contribuer à donner plus d’efficacité à notre propagande, nous aidant à entretenir et à attiser un climat d’agitation dans tout le Moyen Orient. Elles pourraient aussi nous aider à concrétiser le recrutement, dans les camps de prisonniers, ainsi qu’en Albanie et en Bosnie, d’une Légion Orientale, auxiliaire de la Wehrmacht, dont le projet est préparé par le Hauptamt persönlicher Stab[11] du Reichsführer lui-même[12].

 

II. Conjoncture locale.

A. Irak.

L’action militaire conjointe des Britanniques et des Français a ramené au pouvoir un gouvernement soumis à leurs souhaits. La justice expéditive du régent a liquidé sans procès la majorité de nos amis civils et militaires. L’armée, tenue en lisière par les conseillers envoyés par Londres, n’est plus en mesure de peser. Les informations qui nous parviennent indiquent que la population, assez indifférente lors du coup d’état, n’a guère accordé davantage d’intérêt au rétablissement du régent et de ses séides.

B. Turquie.

Le déroulement de l’opération Ostmond a montré, hélas, les bornes de la bienveillance turque à notre égard. Si nous gardons des amitiés agissantes dans les forces armées d’Ankara et, plus précisément, parmi les chefs de leurs nombreux services spéciaux, le président Inönü et son gouvernement, plus sourcilleux que les Suisses – ou plus précautionneux encore, si faire se peut – considèrent que leur pays doit s’en tenir à une politique de neutralité stricte ou, plus exactement, aux apparences d’une stricte neutralité.

Il est certain que nos avions ont trop souvent, trop longtemps, et trop ostensiblement surtout, survolé le territoire turc. Et peut-être, pour favoriser ce survol, certains de nos représentants officieux se sont-ils trouvés quelquefois obligés de se départir de la discrétion qu’ils auraient dû, par nature pour ainsi dire, observer[13]. Il a fallu, en tout cas, le doigté de l’ambassadeur Von Papen et l’excellence de ses relations personnelles dans tous les cercles d’Ankara et d’Istanbul, pour épargner au Reich une crise diplomatique majeure[14]. Afin de rétablir l’équilibre, la Turquie s’est engagée, de son côté, à augmenter ses livraisons de chrome et de bore à l’industrie anglaise. On ne doit pas se cacher qu’à l’heure actuelle, notre position n’est pas des plus enviables.

C. Iran.

Le chah Reza continue de faire preuve des meilleures dispositions vis à vis de l’Axe, à la mesure de son exaspération devant ce qu’il appelle la mise en coupe réglée de son pays par la British Petroleum. Il semblerait, cependant, que la Grande-Bretagne ait mis à profit les évènements d’Irak pour accentuer sa pression sur Téhéran. Nous avons de bonnes raisons de penser que le chah a été menacé d’une destitution et d’un remplacement par son fils, s’il se prononçait à l’excès en faveur de notre cause. Grâce à une source bien placée à la cour, je serai en mesure, dans les deux semaines qui viennent, de faire circuler le compte-rendu d’un récent entretien du souverain avec le ministre anglais, Sir Reader Mullard.

D. Territoires sous mandat.

Je n’ai rien à ajouter à mon rapport du 1er janvier, si ce n’est, en Palestine et en Syrie, une brève flambée d’espoir quand notre intervention en Irak a été connue. La déception est à la mesure des espérances. Je crois utile de noter que le haut-commissariat de Jérusalem s’est rapproché de l’Agence juive au début d’avril, tandis que les militaires britanniques entreprenaient de nouer de nouveaux contacts avec les forces, à peine clandestines, des mouvements nationaux juifs, laïques et religieux. Nous croyons que la Légion arabe a failli se mutiner quand les Bédouins ont renâclé devant la perspective d’être engagés loin de chez eux, mais leurs cadres ont vite repris les choses en mains.

E. Égypte.

Ce pays doit être rattaché à l’est de Suez malgré la géographie. La période de guerre y a accentué des traits visibles dès le temps de paix : la Grande-Bretagne contrôle le pouvoir politique et l’économie, la France domine la vie sociale et culturelle, et ces deux puissances se partagent l’exploitation du canal de Suez. Aux Égyptiens de gérer, sous surveillance, le reste – c’est à dire peu. La population paraît apathique. L’armée seule nourrit des velléités de révolte, mais elle a sans nul doute été découragée par la rapidité des défaites italiennes en Libye, puis par l’échec devant Khartoum de la poussée vers le Soudan des troupes du duc d’Aoste.

 

III. Possibilités d’action.

Les études menées par mes adjoints et le travail d’état-major réalisé quelques officiers du Generalstab der Luftwaffe[15], à la demande du Generalleutnant Student, ont montré que nos troupes, même dans l’hypothèse la plus favorable, n’auraient guère pu subsister en Irak au-delà de deux mois en raison de la disproportion des forces en présence et de la faiblesse de nos moyens logistiques. La théorie comme l’expérience doivent donc nous pousser à renoncer aux manœuvres de grand style dans la région. Par contre, nous pouvons jouer sur toute la palette des opérations clandestines, aux moments opportuns, afin de faire diversion s’il le faut, ou pour contraindre l’ennemi à accentuer la division de ses forces.

A. Chronologie de l’action.

La rapidité et la violence des réactions britanniques et, secondairement, françaises, nous ont prouvé que l’adversaire a redouté plus que tout une contagion. Il a voulu annihiler ab initio le risque d’une extension des troubles survenus en Irak aux pays et territoires voisins. N’hésitons pas à faire confiance à nos ennemis, qui savent encore mieux que nous que le feu n’a pas cessé là-bas de couver sous la cendre. La hâte apportée des deux côtés au rapatriement d’unités en Palestine, d’une part, en Syrie et au Liban, d’autre part, confirme que nous y trouverons des terrains propices à nos entreprises.

J’ai d’ores et déjà chargé notre Stellenchef[16] d’Istanbul d’augmenter les subsides que nous versons depuis 1934 à divers journaux de langue arabe de Palestine, de Syrie et du Liban pour entretenir leur hostilité aux autorités mandataires. Nous accroîtrons aussi nos versements aux partis politiques indépendantistes, quelle que soit leur nuance (même aux sympathisants du communisme et aux “frères arabes”).

Il ne s’agit que d’un premier pas. À l’automne prochain, il faudra monter d’un cran et passer à une véritable campagne d’agitation. Si le Dr Goebbels en est d’accord, nous pourrions charger le Grand Mufti de lancer durant tout l’été des appels à la Guerre Sainte, cependant que nous infiltrerions des agents à partir de la Turquie en suivant une procédure dorénavant bien au point. Ces personnels devront organiser des attentats aussi sanglants que possible dans le but d’aviver les antagonismes, à peine latents, entre communautés. Nous pouvons, là encore, nous fier à nos ennemis, ou, du moins, à leur aveuglement : ils s’adonneront, soyons-en sûrs, à une répression sans frein qui ne manquera pas de leur aliéner de nouvelles couches des sociétés colonisées.

La période du ramadan, puis des fêtes de la fin de l’année 1941, devrait marquer une accalmie trompeuse pour l’adversaire. Dès janvier 1942, les attentats devront reprendre sur un rythme accéléré et culminer au début d’avril 1942.

Simultanément, nous veillerons à un renforcement sérieux des moyens, en matériels et en hommes, de Fawzi Kawjki. Il pourrait, soutenu par le Grand Mufti, donner à nos adversaires l’impression de déclencher une révolte arabe de grande ampleur, notamment en Palestine. Ce trompe-l’œil permettra de semer la panique.

La situation de l’Iran revêt des particularités liées aux données géopolitiques du pays, à sa structure ethnique et aux caractères propres de sa religion. Il devrait y suffire d’une action diplomatique sur le chah Reza, toute en discrétion mais à un moment bien choisi en fonction de la situation militaire, afin de le pousser à revendiquer un peu plus d’autonomie – donc de menacer l’approvisionnement en pétrole de l’ennemi. Ici encore, tablons sur la réaction des Anglais aux risques qu’ils croiront discerner.

Enfin, nous accorderons la plus grande attention au groupe des “officiers libres” de l’armée égyptienne. S’ils nous présentent une évaluation de leurs forces qui, après vérification, a peu de points communs avec la réalité et une pesée de leurs besoins financiers qui prête à rire, nous devons pourtant les soutenir sans faiblesse. Ils nous paraissent en mesure, à quelques-uns, de mettre à mal le régime si peu assuré du jeune roi Farouk, d’affoler les franco-britanniques et, surtout, de créer le chaos sur la route de l’Inde et de l’Extrême-Orient.

Nos Kriegspiele donnent à penser que la détérioration de la situation amènerait sans doute l’ennemi à consacrer au Moyen-Orient l’équivalent de trois corps d’armée (un français et deux britanniques) accompagnés, bien entendu, des éléments organiques de l’équivalent d’une armée, de deux escadres aériennes, ainsi que l’équivalent de trois groupes navals d’escorte (dont au moins un porte-avions). Autant de troupes qui leur manqueront sur d’autres théâtres[17].

B. Voies et moyens.

Le schéma suggéré supra offre l’avantage de mobiliser peu d’hommes – une centaine d’agents et de Brandenburgers, tout au plus – et d’entraîner des dépenses raisonnables, soit, au maximum, en première analyse, la contre-valeur de quelque 200 000 Reichsmarks en livres sterling et en francs français (en billets émis par Alger et non par le gouvernement Laval). Via nos contacts en Suisse, se procurer des sommes aussi modestes ne devrait pas présenter de problème, à moins que nous ne puissions avoir recours aux sources de financement occultes que nous promet maintenant le Reichsführer SS Himmler[18].

Les services financiers de l’Abwehr, pour leur part, ont déjà élaboré dans le détail, en coopération avec nos deux correspondants de la Reichsbank (astreints au même secret que mes subordonnés) un document budgétaire qui figure en annexe.

– Angelika, conclut Canaris, deux exemplaires seulement de ce rapport. Datez-les de demain dimanche, 1er juin. Un pour moi, un pour le Führer. Voyez avec la Reichskanzlei pour qu’on nous envoie un messager. Il sera toujours temps d’en tirer d’autres copies si notre chef vénéré le permet.

 

Grèce

Les deux camps se préparent à une nouvelle épreuve de force.

 

Mer Egée

Les Alliés lancent une nouvelle opération.

Tôt dans la matinée, l’Escadre de Mer Egée quitte Héraklion. Les navires français de la Force C ont embarqué les hommes des deux bataillons d’Infanterie de l’Air et du Bataillon de Choc de la Légion Etrangère (200 à 250 hommes sur chacun des sept bâtiments). Après une feinte en direction de la Mer Egée, l’escadre vire de bord et passe le canal d’Anticythère (Antikithira), où elle est rejointe par la Force ABEL. Pendant ce temps, la Force de Soutien prend position au sud-ouest de l’île Gaudos.

Dans l’après-midi, l’Escadre de Mer Egée accélère et fonce vers Corfou.

Bataille de Corfou

21h00 – Les Forces B et C, sous la conduite des deux destroyers grecs, entrent dans le canal de Corfou, cap sur Igoumenitsa, tandis que la Force A reste en protection au sud de l’île.

22h30 – Les Forces B et C commencent à bombarder le port d’Igoumenitsa. Les navires grecs et français entrent dans le port, matraquant à bout portant les transports italiens, puis débarquent leurs troupes, qui prennent d’assaut la ville, détruisant le matériel de déchargement du fret et les entrepôts, dont un grand dépôt de ravitaillement. « C’était plus une récréation qu’une bataille. Nous étions comme des gamins qui auraient eu l’autorisation de tout casser sans risquer de se faire gronder ou comme des Vikings en train de piller un village ! Mais rassure-toi, mon cher Uwe : nous n’avons touché ni aux églises, ni aux dames ! » (A mon Frère Ennemi – Lettres d’un Légionnaire allemand, par Klaus Müller. Manuscrit rassemblé et présenté par Uwe Müller – Paris, 1959 ; Munich, 1968).

A ce moment, l’escadre italienne qui patrouillait aux environs (destroyers Libeccio et Scirocco, torpilleurs Calliope, Circe et Clio) contre-attaque. Elle est accueillie par les obus et les torpilles de la Force A et des navires anglais de la Force B. Le Libeccio, criblé d’obus de 5,25 pouces par le Dido et le Phoebe, s’immobilise, en flammes. Le Scirocco, sévèrement touché par plusieurs obus de 152 mm du Montcalm, bat en retraite derrière un écran de fumée, mais non sans avoir lancé une bordée de torpilles, dont l’une frappe le DD Kimberley. Les Calliope et Clio sont stoppés net par des tirs nourris (ils seront achevés un peu plus tard), tandis que la Circe se replie avec le Scirocco.

 

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[1] Dans l’édition 2000, un éditeur moins pudibond autorisa Leparc à rétablir la vérité. Reprenons… « (…) “Je l’ai baisé, Cap’taine.” Burgard ne se montrait pas grossier, il voulait dire “Je l’ai descendu” sans penser que le terme employé avait d’autres significations. Malheureusement pour Hugues du Mouzy, des oreilles amies avaient entendu l’échange, et tout le Groupe fit bientôt mine de penser que, pour faire son éducation, Du Mouzy emmenait son ailier dans des maisons peu recommandables. (…) »

[2] Seuls trois marins du Hood survivront au désastre. Ils seront sauvés par le destroyer Electra, après trois heures et demi passées dans l’eau glaciale.

[3] La zone immune est comprise entre la distance la plus courte qui permette à la ceinture blindée de résister aux impacts et la distance la plus longue qui permette au pont de résister aux impacts. Plus la distance augmente, plus l’angle d'arrivée des obus sur les ponts augmente, accroissant leur pouvoir de pénétration. Par contre, pour la ceinture blindée, plus on s'éloigne et plus la vitesse d'arrivée de l'obus diminue, réduisant sa capacité de perforation. Le Prinz Eugen a une distance de résistance de sa ceinture face aux obus de 203 supérieure à la distance maximale de résistance de ses ponts. Il n’a donc aucune zone immune. Par contre, l’Algérie, dont le pont blindé est plus épais que celui de son adversaire, est protégé pour sa ceinture au-delà de 20 000 m et pour ses ponts en deçà de 24 000 m (toujours face aux 203). Il bénéficie donc d’une zone immune entre 20 000 et 24 000 mètres.

[4] Le Richelieu peut parfaitement ressembler à un classe KGV de trois quart avant, d'où la confusion supposée des Allemands.

[5] En revanche, d’autres médecins n’eurent pas l’heur de plaire à l’honorable revue. « Plusieurs journaux médicaux, dont le vénérable Concours Médical, fondé en 1879, décidèrent de suivre les instructions du gouvernement Laval en bannissant les médecins juifs de leurs pages. Il est vrai que l’antisémitisme du Concours ne datait pas de l’Occupation, mais, le pays se retrouvant sous la botte, un peu de patriotisme aurait pu lui éviter de sombrer tout à fait dans l’ignominie. Nos chères Annales, en revanche, décidèrent d’interrompre leur parution plutôt que de se soumettre aux marionnettes des nazis – avant de ressusciter en 1944, au moment où le Concours, frappé par la loi républicaine, sombrait dans l’oubli. » (Discours prononcé en 1993 lors du centenaire des Annales de Médecine par Jean-Pascal Violet, directeur de la publication).

[6] Ce rapport, sans doute égaré au cours des péripéties de l’Histoire, ne figure pas dans les archives de Vincennes. Mais on sait, par les Mémoires de Larminat, Chroniques irrévérencieuses, qu’il contenait des notations assez critiques sur l’attitude des Britanniques au Moyen Orient depuis les années 20 et s’en prenait sans nuance au comportement des autorités civiles et surtout militaires de la Syrie et du Liban durant la Drôle de Guerre.

[7] « Le renseignement ne peut jamais attendre le lendemain. »

[8] « Avec un malin plaisir » ou, ici, plus précisément, « avec une joie mauvaise ».

[9] « Bien ! Je commence à dicter. »

[10] Canaris néglige (tout comme, il le sait, son principal lecteur) la destruction de l’armée et de l’aviation irakiennes, qui étaient portant objectivement des alliées de l’Allemagne.

[11] État-major personnel de Himmler.

[12] Ce dernier serait sans aucun doute furieux d’entendre parler d’une potentielle unité SS comme d’une auxiliaire de la Wehrmacht, mais c’est le cadet des soucis de Canaris.

[13] On notera comment, sans y toucher, Canaris met Goering en accusation…

[14] … Et comment il fait une bonne manière peu coûteuse à Von Papen.

[15] Etat-major général de la Luftwaffe.

[16] « Résident » ou « chef de poste ».

[17] Rappelons qu’il s’agit là d’hypothèses présentées par Canaris à Hitler, qui n’ont pas forcément de rapport avec la réalité, ni d’ailleurs avec les véritables prévisions de Canaris lui-même.

[18] Allusion à la production de fausse monnaie par la main d’œuvre des camps de concentration. Himmler a le choix : aider son ennemi ou admettre que sa fausse monnaie n’est pas au point.