Paris
Après avoir consulté le gratin de la Presse de Paris et de Province puis obtenu, en toute discrétion, l’aval de la Propaganda Abteilung, Laval, en qualité de ministre de l’Information, a nommé Gabriel Jeantet à la tête d’Havas-OFI. Son décret de nomination, publié par l’Officiel, attribue aussi à Jean Luchaire la présidence de droit du conseil d’administration de l’agence, qu’il n’exerçait jusqu’alors qu’à titre officieux.
Jeantet, issu d’une famille catholique et monarchiste, a appartenu à la Cagoule. Il s’est réfugié en Italie après la découverte du complot, mais il en est revenu à l’automne 1939 pour répondre à son ordre de mobilisation. Il s’est notamment illustré début juin dans la 4e Division Cuirassée du général de Gaulle. Légèrement blessé en juillet et hospitalisé dans un coin de France bientôt occupé, il a accueilli avec satisfaction sa démobilisation par Laval. Depuis, il a lancé un mensuel, France, Revue de l’État nouveau. “National” au sens que le mot revêtait avant-guerre, antisémite à tous crins, il présente, a estimé Laval, toutes les garanties et devrait donner à son nouveau poste plus de satisfactions qu’Arbellot, qui manifestait un fâcheux esprit d’indépendance.
Son frère, Claude Jeantet, venu de Je Suis Partout où il a signé jusqu’à la déclaration de guerre, a intégré la rédaction de L’Émancipation nationale, journal du PPF de Doriot, dont il est membre.
Alger
Le journaliste Jean Queyras est officiellement chargé de lancer le service photo international d’Havas Libre. Remis comme prévu le 15 avril, son rapport a été approuvé non seulement par Pierre Brossolette, mais encore par le Gouvernement, qui en a été informé par Jean Zay au cours du dernier Conseil des Ministres. Comme on aurait pu s’y attendre, il a été soutenu des deux mains par Roland de Margerie et Georges Mandel, ainsi que par le général de Gaulle. Malgré sa discrétion coutumière, Albert Lebrun – qui veille à rappeler toujours les prérogatives que lui accorde la pratique de la République en matière de politique étrangère – lui a apporté un appui remarqué. Ainsi qu’il était prévisible, Vincent Auriol a fait part de ses réticences. Mais chacun reconnaît au ministre des Finances le droit et le devoir de veiller sur les deniers de l’État avec autant de sollicitude qu’un notaire de Balzac.
Grâce à l’aval des autorités, Queyras disposera d’un budget de lancement dont nul à Havas Libre, à commencer par lui-même, n’aurait jamais rêvé. En contrepartie de son soutien et de sa subvention, l’État exige, compte tenu des impératifs de la Défense nationale au sens le plus large, que les premiers clichés soient diffusés dans le monde entier à partir de la première semaine de janvier 1942.
Grèce
Les troupes françaises débarquées à Volos rejoignent celles débarquées à Salonique, où le général Giraud installe son QG. L’Armée d’Orient organise des “colonnes volantes”, qui associent des chars légers, des 47 mm antichars montés sur camions et des troupes d’assaut du Génie. Ces formations font mouvement vers la frontière dans la vallée du Vardar (ce fleuve arrose Skoplje avant d’aller se jeter dans la Mer Egée).
Pour mieux soutenir la Royal Navy qui défend les convois transportant troupes et matériel vers la Grèce, la Marine Nationale envoie à Benghazi une forte escadre constituée des vieux cuirassés Bretagne, Provence et Lorraine, du croiseur lourd Colbert, des croiseurs légers Gloire et Montcalm, du “destroyer leader” Mogador, des contre-torpilleurs Le Fantasque et Le Triomphant et de quatre destroyers de classe Bourrasque, Mistral, Tempête, Tornade et Trombe.
Cambodge
Les forces thaï sont à nouveau arrêtées devant Siem-Réap. L’Armée de l’Air, appuyée par les deux squadrons de la RAF et de la RAAF, a en effet pris le meilleur sur l’aviation thaï (bien qu’un certain nombre des avions portant les insignes de la RTAF soient pilotés par les Japonais). Les MS-410 ont appris à éviter les combats tournoyants avec les Ki-27 et à profiter de leur vitesse très supérieure pour engager le combat à leur convenance (ce qui change agréablement leurs pilotes de ce qu’ils ont connu aux commandes de MS-406 contre les Bf.109E). Du coup, les Potez 63-11 et les Wirraway peuvent appuyer a fond les troupes franco-cambodgiennes.
Berlin
Le régiment Grossdeutschland, qui assure la garde d’honneur de la capitale du Reich, a déployé tout un bataillon, avec le drapeau et la musique du régiment, sur l’aérodrome de Tempelhof depuis le début de la matinée. Mais ce n’est qu’à 14h30 qu’un Ju-52 escorté par six Bf-109 se pose enfin. En descendent le grand Mufti, la barbe plus conquérante que jamais, Rachid Ali, qui paraît un peu fripé, et l’inévitable Herr Grobba. Ils sont accueillis par Joachim von Ribbentrop en personne avant de passer avec lui les troupes en revue.
Josef Goebbels a dépêché à Tempelhof plusieurs équipes du Propagandaministerium pour immortaliser, à toutes fins utiles, ce moment historique. Il a été cependant décidé, par ordre du Führer, que l’arrivée à Berlin des trois personnalités serait gardée secrète quelques semaines, afin d’égarer les services de renseignement des Alliés – pourtant, grâce à un prisonnier français, le caporal Lucien Pluvier, chef d’une équipe d’hommes de ménage de l’aérogare, ces services seront informés dès le lendemain.
Balkans
Le déclenchement simultané des opérations “25” (contre la Yougoslavie) et “Maritza” (contre la Grèce) est annoncé par des attaques massives de la Luftwaffe contre Belgrade, Salonique et différents objectifs plus ou moins militaires en Yougoslavie et en Grèce. Au-dessus de Belgrade, la défense est vite submergée et pendant trois heures, les avions allemands bombardent à loisir la cité et tous les centres administratifs, faisant plus de 17 000 morts. De même, la plupart des attaques contre les aérodromes yougoslaves sont réussies, bien que, lorsqu’ils parviennent à décoller, les Hurricane et les… Bf-109E yougoslaves leur opposent une résistance désespérée. Au-dessus de Salonique, la situation est bien différente, car, alertés par les radars britanniques, les chasseurs français infligent des pertes sévères aux attaquants.
Au sol, la 12e Armée allemande, basée en Bulgarie, attaque à travers le massif du Rhodope dans deux directions : vers le sud, contre le nord-est de la Grèce, et vers l’ouest, contre le sud de la Yougoslavie.
En Grèce, la ligne Métaxas est violemment attaquée par des bombardiers en piqué allemands, en soutien des troupes qui se dirigent vers les fleuves Strimon et Nestos. Cependant, dans cette région, les chasseurs français et britanniques réussissent à disputer aux Allemands la maîtrise de l’air. Le manque de troupes de montagne, qui sont loin d’avoir récupéré de leurs pertes lors de l’opération Merkur, réduit l’efficacité de l’offensive allemande et celle-ci s’épuise dans les gorges du Rupel.
Dans le sud de la Yougoslavie, le XLe PanzerKorps attaque vers Kumanovo, le long de la voie ferrée Sofia-Skoplje. Toute la journée, les troupes de frontière yougoslaves résistent avec entêtement et, en début d’après-midi, des bombardiers Martin 167 Maryland français harcèlent les pointes allemandes progressant vers Kumanovo. Les Maryland effectuent plus de 150 sorties offensives dans cette zone et subissent de lourdes pertes (14 appareils abattus, 18 endommagés). Mais l’avance allemande est significativement retardée par la farouche résistance yougoslave, les attaques aériennes françaises et… l’étroitesse des routes de montagne, qui n’ont jamais été conçues pour laisser passer des Panzers !
Pendant ce temps, les colonnes volantes françaises continuent à monter vers Skoplje pour prendre le contrôle de la haute vallée du Vardar.
Belgrade
L’un des deux journalistes locaux du bureau d’Havas Libre, Mladen Petric, un Slovène, est tué dans un des bombardements de la ville par la Luftwaffe.
Étudiant à Vienne avant 1914, partisan d’une union des Slaves de l’Adriatique, Petric avait déserté l’armée austro-hongroise pour s’engager dans les troupes du roi Pierre Ier. Outre le français, l’allemand, le hongrois et le tchèque, il parlait la plupart des langues et dialectes du monde balkanique. Il était en mesure, prétendait-on, de dépouiller et d’analyser la Presse de toute l’Europe centrale « Von der Maas bis an die Memel/ Von der Etsch bis an den Belt »[1]. Et l’ambassade de France en Yougoslavie ne se cachait pas de faire appel à lui pour éclairer ses diplomates sur les arcanes de la dispute des Serbes et des Croates.
Gotenhafen
Hitler effectue une visite surprise pour inspecter le Bismarck et le Tirpitz (celui-ci est arrivé récemment en Baltique en vue de ses premiers essais à la mer). L’amiral Lütjens lui présente les plans de l’opération Rheinübung, sans toutefois en préciser la date exacte. Lütjens, qui respecte les ordres donnés par Raeder dix jours plus tôt et qui a de plus en plus confiance en son navire, craint en fait qu’Hitler ne veuille retenir le Bismarck dans les eaux allemandes jusqu’à ce que son sister-ship soit prêt. Au demeurant, Raeder s’est bien gardé d’accompagner Hitler lors de cette visite pour éviter que la question ne lui soit posée.
Albanie
Rommel lance son Skandenberg Korps à l’attaque contre les Britanniques, vers Gyrokaster.
Yougoslavie
Le nord et le centre du pays sont la cible d’une attaque générale italo-allemande.
Au nord, les troupes italiennes pénètrent dans l’ouest de la Slovénie et marchent sur Ljubljana et vers la côte dalmate. Simultanément, la 2ème Armée allemande, basée en Autriche, avance vers Zagreb.
Au centre, les Allemands attaquent vers Belgrade sur trois axes : le XLVIe PanzerKorps, venant de Hongrie, passe la frontière à Barcs et à Koprivnica et progresse vers Novi Sad, au sud ; le XLIe PanzerKorps, venant de Roumanie (Timisoara) passe la frontière à Vrsac et fonce vers Pancevo et Belgrade, à l’ouest ; enfin le 1er Panzer Gruppe (général Von Kleist), venant de Bulgarie (Sofia), avance vers Nis, au nord-ouest. L’attaque du XLVIe PzKorps est immédiatement victorieuse, car les soldats croates de la 4ème Armée yougoslave se mutinent en de nombreux points contre leurs officiers serbes – à la grande satisfaction du soldat Uwe Müller, qui n’a jamais été un foudre de guerre et a des raisons personnelles de n’être pas emballé par cette campagne, et même par toute cette guerre. « Au moins, se dit-il, mon idiot de frère n’est pas dans le secteur. Peut-être en Grèce ? Il paraît que les Français y ont envoyé des hommes… » A l’est de Belgrade, le XLIe PzKorps avance moins rapidement, car il fait face aux principales concentrations yougoslaves. Quant au 1er PanzerGruppe, il se heurte à une vigoureuse résistance autour de la ville de Nis.
Dans le sud du pays, les troupes yougoslaves, soutenues par les colonnes volantes de l’Armée d’Orient et par les bombardiers français, continuent à freiner l’avance allemande vers Kumanovo. Les opérations aériennes sont très actives sur cette partie du front, car le commandement français engage le plus possible de moyens pour maintenir une certaine supériorité locale, ou au moins pour refuser à la Luftwaffe la maîtrise de l’air.
Grèce
L’armée grecque se bat efficacement pour soutenir les Britanniques en Albanie, tenir solidement la ligne Métaxas en Thrace et, entre les deux, pour assurer la liaison avec les troupes yougoslaves en Macédoine.
Le gouvernement grec a déclaré la guerre à l’Allemagne après le bombardement de Salonique et d’autres villes grecques. Il donne à ses alliés franco-britanniques le feu vert pour lancer l’opération “Coronation/Couronnement”.
Alger
Devant la dégradation rapide de la situation dans le nord de la Yougoslavie, le gouvernement décide de transférer en Grèce la 5ème Escadre de Chasse (équipée de Hawk-81). Le relais peut en effet être pris au-dessus de la Tunisie par la 13ème escadre, qui vient d’être rééquipée avec des Hawk 81.
Kirkouk (Irak)
10h00 – Le général Dentz, en sa qualité de gouverneur militaire des provinces du nord, remet la ville de Kirkouk à “Bill” Slim à l’issue d’une cérémonie franco-britannique. En réalité, c’est le colonel Arbuthnot qui y exercera les fonctions de commandant d’armes à partir de 16h30.
11h00 – Tous les avions en état de vol de l’EAML de Stehlin participent à un défilé aérien.
11h30 – La compagnie mobile des Fusiliers marins de Lattaquieh s’engage en avant-garde sur la route de Mossoul où toutes les unités de la DLML vont se regrouper avant de reprendre les unes après les autres le chemin de la Syrie et du Liban.
Gibraltar
Arrivée du convoi “Tiger” destiné à la Grèce. Après une brève escale, il se remet en route vers le détroit de Sicile, sous la protection des porte-avions HMS Ark-Royal et Eagle et d’une escadre française composée du CA Dupleix, des CL La Marseillaise et Jean-de-Vienne et des contre-torpilleurs Vauquelin, Cassard et Kersaint. Pendant ce temps, les bombardiers lourds Stirling I des Sqn 7 et 15 de la RAF quittent l’Angleterre pour Casablanca, puis joignent l’aérodrome de Maleme, en Crète, via Alger et Benghazi. La 60ème Escadre de Bombardement lourd française, sur LB-30, fait elle aussi mouvement vers la Crète.
Alger
Le gouvernement français accepte l’envoi en Grèce d’une nouvelle division d’infanterie, soutenue par une partie de la 2ème D.C. Ces troupes doivent se concentrer à Tunis pour passer en Grèce dès que possible. Elles s’ajouteront aux deux D.I. et à la 1ère D.C. déjà en Grèce et à la division de Tabors en garnison dans le Dodécanèse.
Albanie
Les troupes de Rommel progressent vers le sud et s’approchent de Gyrokaster, mais les forces britanniques et grecques parviennent à les ralentir en profitant du terrain très accidenté, à la grande frustration du général allemand.
Yougoslavie
Les mutineries se multiplient parmi les soldats croates et la 4ème Armée yougoslave se désintègre. En revanche, les combats se font plus nombreux et plus violents dans le sud. La ville de Nis est défendue avec énergie, empêchant le 1er Panzer Gruppe de traverser la Morava. De même, le XLe PanzerKorps est incapable de s’emparer de Kumanovo. En fin de journée, ses pointes avancées se heurtent aux unités blindées françaises parvenues dans la région Skoplje/Kumanovo et une bataille de rencontre s’engage.
Grèce
La ligne Métaxas est à nouveau violemment attaquée en Thrace, mais les troupes grecques tiennent bon.
Yougoslavie
Les troupes italiennes prennent Ljubljana sans avoir rencontré une grande résistance, mais cela permet à Mussolini de prononcer un grand discours de victoire, ce dont il avait perdu l’habitude. Au même moment, la 2e Armée allemande entre à Zagreb sous les applaudissements d’une foule joyeuse. Les politiciens croates décident de quitter le gouvernement yougoslave et de proclamer un “Etat croate indépendant”.
Au centre du pays, le gros de l’armée yougoslave, qui défend la route de Belgrade, continue de tenir bon.
Mais au sud, la ville de Nis est finalement enlevée par les forces du 1er PanzerGruppe, qui commencent à traverser la Morava et à progresser vers Belgrade, au nord.
Dans la région Skoplje/Kumanovo, des unités grecques et françaises viennent secourir les troupes yougoslaves, que des combats très intenses opposent aux divisions du XLe PzKorps. Alors que les unités de tête de la 9ème Panzer Division et du 1er Régiment motorisé SS débouchent des cols et des étroites vallées où elles ont été bombardées à de nombreuses reprises par l’Armée de l’Air, elles sont engagées par les chars de la 1ère D.C. et par des unités motorisées. Le 47 mm antichar “automoteur” (en fait, un 47 mm normal monté à l’arrière d’un camion Dodge) joue un rôle important pour tendre des embuscades aux blindés allemands. « Tenez encore deux jours ! » demande le général Giraud au général Kœnig, qui a pris le commandement de la défense de la région.
Grèce
Devant l’échec de l’offensive contre la ligne Métaxas et Salonique, le commandement allemand décide d’engager dans l’opération Maritza le LIe corps d’infanterie (stationné en Roumanie) et la 16ème Panzer Division (déployée en Bulgarie, près de la frontière turque).
Albanie
Le Général Wavell décide de retirer du front la 7ème Armoured Division pour la rééquiper avec le matériel apporté par le convoi “Tiger”. La défense de Gyrokaster repose à présent sur les divisions d’infanterie du Commonwealth, soutenues par le 7ème RTR. Cependant, les chars Matilda de ce dernier se montrent très efficaces dans le cadre d’actions défensives pour bloquer l’avance des unités allemandes.
Indochine
Le Gouverneur général est informé par le gouvernement français de l’impossibilité de lui envoyer de nouveaux renforts avant la fin des opérations en Grèce. Il reçoit l’autorisation de négocier un cessez-le-feu avec la Thaïlande dès l’instant que Siem-Réap reste sous contrôle français.
Atlantique Nord
Le Hood, le Richelieu et leur escorte quittent l’Islande pour revenir à Scapa Flow.
Londres
Sefton Delmer et Pierre Bourdan orchestrent la première émission “noire” de Gustav Sender Eins, l’émetteur soi-disant installé au Grand-Duché de Luxembourg à l’attention de la Wehrmacht. Élevé en Allemagne, Delmer joue, avec un haut degré de vraisemblance, le rôle de der Chef, un nazi fanatique qui, sous couleur de s’en prendre à Churchill (présenté à la fois comme un ivrogne fieffé qui ne sait pas ce qu’il dit et un valet des ploutocrates judéo-maçonniques internationaux), pointe – sans donner dans le raffinement – les tares du régime, de ses bonzes et du commandement de la Wehrmacht.
Der Chef feint de s’attaquer aussi au Parti communiste allemand qui, malgré les succès de la Gestapo, continuerait de s’enkyster, à l’en croire, dans les rouages du IIIe Reich afin d’y fomenter toutes sortes de complots et de sabotages. Delmer et Bourdan, qui ne manquent pas d’humour, s’amusent de retourner contre le Führer et ses sbires le mythe de la Cinquième Colonne.
Méditerranée Centrale
Le convoi “Tiger” passe le détroit de Sicile sous une massive couverture aérienne assurée par l’Armée de l’Air de Tunis et par la RAF de Malte. Il se dirige vers Le Pirée.
Yougoslavie
Les blindés du 1er Panzer Gruppe qui ont occupé Nis se dirigent vers le nord. En fin de journée, ils sont à 70 km de Belgrade, puissamment soutenus par la Luftwaffe, qui concentre la plus grande partie de ses moyens sur ce théâtre d’opérations pour appuyer les forces qui convergent sur la capitale yougoslave. Le général Simovic, Premier Ministre yougoslave, envoie à ses troupes ce message radiodiffusé : « Toutes les unités doivent engager l’ennemi où qu’elles le rencontrent et avec tous les moyens à leur disposition. N’attendez pas d’ordres directs de vos supérieurs, agissez de votre propre initiative et en suivant votre jugement et votre conscience. »
Pendant ce temps, le LIe Corps d’infanterie passe la frontière roumaine, progresse jusqu’à Nis puis se dirige vers le sud sans rencontrer beaucoup de résistance.
Autour de Kumanovo, les blindés du XLe PzKorps qui se battent depuis plusieurs jours commencent à manquer de munitions et de carburant, car les colonnes de ravitaillement sont bloquées dans les cols et harcelées par l’aviation française. Le général Stumme décide un regroupement partiel à l’est de Kumanovo pour attendre le ravitaillement et l’arrivée de la 16e Panzer Division. Ce faisant, il laisse la possibilité aux unités yougoslaves repoussées vers le sud-ouest de Nis par le 1er Panzer Gruppe puis par le LIe Corps d’infanterie de se replier pour faire leur jonction avec les forces franco-grecques.
Au sud de l’Islande, le sous-marin U-110 attaque un convoi allié. Son commandant, Fritz Julius Lemp, après avoir coulé deux navires marchands, hisse son périscope un peu haut, ce qui le fait repérer par la corvette HMS Aubretia. Celle-ci se précipite et lance des charges de profondeur. L’U-110 sort indemne de cette première attaque, mais deux destroyers, les HMS Broadway et Bulldog, sont accourus entretemps. Harcelé, obligé de faire surface, Fritz Lemp réalise que le Bulldog, portant bien son nom, s’apprête à éperonner son sous-marin agonisant. Il ordonne alors l’évacuation et le sabordage de son bâtiment, pour préserver à la fois la vie de ses hommes et les matériels secrets qu’il transporte. Mais à ce moment, le commandant du Bulldog comprend qu’il peut tenter de capturer le sous-marin ennemi et change de cap au dernier moment. Lemp, déjà dans un canot de sauvetage, comprend que son sous-marin n’est pas en train de couler et tente d’y retourner pour empêcher sa capture. On ne le reverra plus (certains affirment qu’il a été abattu par un marin anglais).
Les Anglais montent à bord de l’U-boot, où ils récupèrent en hâte une quantité de documents et de matériels. Le lendemain, ils découvrent qu’ils ont mis la main sur une machine à coder Enigma et ses documents secrets ! Le sous-marin coulera “accidentellement” pendant son remorquage vers l’Angleterre, sans doute pour éviter que l’état-major de la Kriegsmarine n’apprenne la capture, se doute de quelque chose et modifie tout son système de cryptage.
Gibraltar
Pour prévenir le risque de voir les croiseurs de bataille allemands Scharnhorst et Gneisenau tenter à partir de Brest une percée combinée à un mouvement du Bismarck, le Dunkerque et le Strasbourg, tout juste réparés après les avaries subies au large de la Corse, se joignent au croiseur de bataille HMS Renown et au porte-avions HMS Ark-Royal.
Mostar
Des combats éclatent entre des unités serbes et croates et s’étendent tout le long de la côte dalmate.
Adriatique
Les navires yougoslaves tentent de s’enfuir vers la Grèce, au sud (voir annexe 41-6-1). Ce faisant, le destroyer leader Dubrovnik est bombardé par des avions italiens et allemands ; touché à plusieurs reprises, il doit s’échouer ; il sera capturé par des unités de l’Axe. Les trois destroyers Beograd, Ljubljana et Zagreb, accompagnés par les vedettes rapides de construction allemande (chantiers Lürssen) Suvobor, Kajmakcalan, Orjen et Triglav, tombent au débouché du canal d’Otrante dans une embuscade tendue par des vedettes lance-torpilles italiennes. Si la MAS-540 est détruite, le Beograd est coulé. Le reste de l’escadre atteint Patras. Les deux sous-marins de classe “Osvetnik” sont capturés par les Italiens, mais les deux autres sous-marins, Nebojsa et Hrabri, gagnent Le Pirée.
Serbie
Le XLIe PanzerKorps est maintenant à moins de 80 km à l’est de Belgrade et le 1er Panzer Gruppe à moins de 40 km au sud de la ville. Prise à revers, la défense de la capitale craque peu à peu.
Autour de Kumanovo, le front se stabilise. Les forces yougoslaves, une division d’infanterie française et des unités grecques commencent à se fortifier.
Grèce
En Thrace, les attaques de l’infanterie allemande contre la ligne Métaxas reprennent, avec le soutien d’unités d’artillerie lourde acheminées de Roumanie.
A Athènes-Tatoï, la 5ème Escadre de Chasse arrive avant de se déployer dans le nord du pays. Les pilotes sont alors informés de “l’infiltration” de pilotes américains dans leurs unités…
« J’en riais sous cape. Sous cape, pour ne pas offusquer davantage mon ami Hugues du Mouzy. Je pouvais pratiquement lire dans ses pensées : “Un Indigène (d’Algérie), un Juif, et maintenant un Cow-Boy ! Ce n’est plus un Groupe de Chasse, c’est un cirque, une manière d’Exposition Universelle !” Le plus drôle était que le Commandant Monraisse, le chef du Groupe, venait de féliciter Du Mouzy pour le bon comportement de Ramdane et de Benamou, qui s’étaient tous deux retrouvés dans la patrouille double qu’il commandait et avaient tous deux remporté deux victoires. “Puisque vous réussissez bien avec les nouveaux, mon vieux, je vous affecte notre invité, le lieutenant George Thomas Burgard.” Du Mouzy avait articulé “Merci, mon Commandant !” mais il avait l’air d’avoir avalé son manche à balai… » (Jean-Pierre Leparc, Les gars du “Lafayette”, Paris, 1960).
Indochine
Une trêve est conclue entre les forces françaises et thaïs. Les négociations pour un cessez-le-feu stable commencent.
Londres – Le déclic américain
Marcus Oliphant et Frédéric Joliot-Curie font rapport devant la commission Concorde du voyage qu’ils viennent d’effectuer aux Etats-Unis.
« Comme vous le savez, nous sommes partis le 11 avril pour les États-Unis par avion[2] sous prétexte de discuter le programme RDF, mais nous devions en fait essayer de comprendre pourquoi le Comité Uranium ignorait les résultats que nous lui avions communiqués dès la mi-février.
N’ayant eu aucune réponse à nos lettres, nous avons réglementairement commencé par rendre visite à M. Briggs, président du Comité, que l’un de nous [Joliot-Curie] avait déjà rencontré. Nous avons découvert que cet homme avait mis nos rapports dans son coffre-fort et ne les avait pas montrés aux membres de sa commission. Nous avons alors rencontré officieusement un autre membre du Comité, M. Samuel K. Allison, ainsi que MM. Ernest Lawrence, James Conant, Enrico Fermi et Arthur Compton, de l’université de Chicago. Ce dernier a été chargé par M. Vannevar Bush, du National Defense Research Committee, de faire le point sur le potentiel, notamment militaire, de l’uranium.
Nous leur avons expliqué très nettement que la France et la Grande-Bretagne étaient en guerre et ressentaient un urgent besoin de la bombe atomique. Nous avons insisté sur le fait qu’il leur fallait concentrer tous leurs efforts sur la bombe et qu’ils n’avaient pas le droit de travailler sur des sources d’énergie ou sur toute autre application de l’uranium que la bombe. Car celle-ci va coûter très cher, or la France et la Grande-Bretagne n’ont ni l’argent, ni les travailleurs, pour la développer.
Nous croyons pouvoir dire que nous avons été entendus et que les Américains ont changé leur vision sur la faisabilité de la bombe atomique. Ils ont eux-mêmes suggéré un effort coopératif de nos trois pays. Nous aurons d’ailleurs le plaisir de recevoir d’ici une huitaine de jours pour en discuter deux envoyés américains, MM. Harold Urey et George Braxton Pegram. »
Londres et Alger
Dans l’après-midi, le Royaume-Uni et la France déclarent la guerre à la Hongrie, à la Roumanie et à la Bulgarie pour leur assistance à l’Allemagne dans son agression contre la Grèce et la Yougoslavie.
Yougoslavie
A Zagreb, alors que les combats entre Serbes et Croates s’intensifient en Dalmatie, le tout récent gouvernement croate appelle tous les Croates à cesser de se battre contre les troupes allemandes et italiennes et exige qu’ils soient libérés par l’Armée yougoslave.
La 3e Armée hongroise passe la frontière est de la Yougoslavie, au nord d’Osijek, près de Subotica.
En Serbie, les troupes allemandes s’emparent des ruines de Belgrade, encore fumantes après le bombardement du 4 mai. Le 1er Panzer Gruppe entre dans la ville par le sud et la 8ème Panzer Division du XLIème PanzerKorps par le nord-est.
En Macédoine, le général Stumme reprend l’attaque de la ligne Kumanovo-Skoplje, avec l’aide des éléments avancés de la 16ème Panzer Division. La ville de Kumanovo est prise et reprise à trois reprises. En fin de journée, il n’en reste que des ruines, mais les défenseurs ont tenu.
Se souvenant qu’il fut capitaine d’infanterie, le général Erwin Rommel conduit personnellement une hardie manœuvre d’enveloppement avec l’infanterie du Skandenberg Korps. Il parvient ainsi à faire tomber la ville de Gyrokaster. Cependant, les troupes britanniques et grecques ne se sont pas laissé encercler. Elles réussissent à battre en retraite en bon ordre dans les montagnes au-dessus de Gyrokaster et bloquent les cols conduisant à la frontière grecque.
Au coucher du soleil, le convoi “Tiger” entre dans le port de Volos et commence aussitôt à débarquer des chars, de l’artillerie et 48 chasseurs Hurricane, pendant que trois nouveaux squadrons de la RAF se déploient en Grèce : Sqn 44 et 55 avec des bombardiers Blenheim, Sqn 113 avec des Blenheim de bombardement et d’autres de chasse à long rayon d’action.
Durant la nuit, des bombardiers Wellington de la RAF attaquent la gare de triage de Sofia pour désorganiser l’acheminement des renforts allemands (c’est pour cette attaque que les Alliés ont, l’après-midi même, déclaré la guerre à la Bulgarie).