Alger
Selon une synthèse des premiers rapports d’écoute, les émissions de Tipasa ont été reçues sans difficultés jusqu’à une ligne La Rochelle - Genève, et moins bien jusqu’à la Loire. Des bribes seulement ont été captées à Paris. Ce bilan est considéré comme très satisfaisant par l’ingénieur Maurice Ponte et son équipe, car les installations n’ont fonctionné jusqu’à présent qu’aux trois cinquièmes à peu près de leur puissance “de croisière”, soit moins de la moitié de leur puissance maximale de 900 kW (deux ensembles d’émission couplés de 450 kW chacun, auxquels s’ajoute un émetteur ondes courtes de 100 kW).
Les phénomènes de diffusion, de réfraction et de réflexion sur la couche ionosphérique étant ce qu’ils sont à l’époque, c’est à dire assez mal connus et guère maîtrisés, Tipasa a pu être écouté à Beyrouth et Jérusalem un matin sur deux. L’opérateur d’un cargo des Messageries Maritimes, l’Étienne-Marcel, à l’ancre dans le Rio de la Plata en attendant de prendre une cargaison de viande et de laine à Montevideo, a même eu la surprise d’écouter l’hymne national durant une minute.
Par contre, il se confirme que l’eau fait obstacle à la transmission des ondes longues : le sous-marin Augustin-Fresnel, en plongée à 25 mètres devant Mers-el-Kébir, n’a rien reçu.
Alger – Conseil des Ministres
Un accrochage prévisible oppose de Gaulle et Daladier.
Le responsable de la Défense nationale se déchaîne contre un télégramme d’Alexis Léger, ex-secrétaire général du Quai d’Orsay devenu ambassadeur à Washington, concernant les modalités de paiement aux États-Unis des matériels acquis avant mars 1941 (instauration du Prêt-Bail). De Gaulle accuse Léger de justifier l’intransigeance américaine sur ce sujet et de ne plus défendre les intérêts de la France, ou de ne plus les distinguer de ceux des Etats-Unis d’Amérique : « Nous avons déjà un ambassadeur des États-Unis accrédité à Alger, lance-t-il. Nous n’avons pas besoin d’en avoir un second à Washington. »
Daladier prend toujours la défense des anciens munichois, même s’ils ont pu exprimer alors un point de vue plus nuancé que le sien : « Rien ne vous autorise à parler ainsi, Général, encore moins à sous-entendre que Léger trahit notre pays ! C’est un grand serviteur de l’État. Je réponds de son patriotisme ! »
– Peuh, laisse tomber de Gaulle, Léger se vendrait pour donner une conférence à Harvard ou pour une critique élogieuse dans le New York Times ! Après tout, peut-être faut-il parler anglais pour apprécier le galimatias qu’il voudrait faire passer pour de la littérature.
– Messieurs, messieurs, je vous en prie ! intervient Albert Lebrun.
De Gaulle et Daladier consentent à se taire, non sans échanger des regards dénués de toute aménité.
– Toutefois, reprend le Président de la République, cette controverse n’est pas sans intérêt… Je me demande si… voyez-vous… enfin, à circonstances d’exception, mesures exceptionnelles. Entre nous… et en toute discrétion… je vous avais pleinement approuvé, mon cher Daladier, quand vous aviez nommé ambassadeur chez Franco le maréchal Pétain qui n’avait pas encore, n’est-ce pas… mal tourné. Je me demande si la conjoncture n’exigerait pas aujourd’hui d’envoyer de la même façon à Washington une personnalité de premier plan mais étrangère à la Carrière. Un Paul-Boncour, par exemple, ou un André Tardieu. On peut envisager d’autres noms, d’ailleurs.
Un ange passe. Georges Mandel hoche la tête, la mine approbatrice. L’intervention de Lebrun possède d’autant plus de poids qu’elle est rare. On connaît en effet au Président une tendance à interpréter de manière plutôt restrictive les pouvoirs que la tradition et les usages, plus que les lois constitutionnelles, accordent au chef de l’État.
– Monsieur le Président, dit enfin Paul Reynaud, c’est la sagesse qui vient de parler par votre bouche. Continuez d’y réfléchir, voulez-vous, et, dès que vous le désirerez, faites-nous part de vos réflexions. Mes collègues et moi-même, nous y penserons de notre côté.
Afrique du Nord française
Les troupes que le gouvernement français a accepté d’envoyer en Crète (de l’ordre d’une division d’infanterie) sont embarquées en fin de journée par des transports rapides (le LCI Glengyle et trois paquebots français) ; ils doivent arriver en Crète le 23.
En sens inverse, les premières troupes yougoslaves qui doivent être réorganisées et réarmées de matériel américain sous supervision française arrivent en Afrique du Nord, venant du Pirée.
Malte – RAF Hal Far
Le Bulletin officiel du ministère de la Défense Nationale est arrivé tout à l’heure avec le courrier d’Alger. Il ne faudra pas quinze minutes pour qu’au GR I/33 puis dans la base d’Hal Far toute entière, on se répète le contenu de quelques lignes publiées dans la section “Air” : « Le lieutenant Mendès-France (Pierre), navigateur breveté, en service au GR I/33, est promu au grade de capitaine pour prendre rang à dater du 1er juillet 1941. Sur sa demande, le capitaine Mendès France est muté au groupe de bombardement GB II/60 à dater du 15 juillet 1941, avec la qualification de chef de bord.
Signé : Général de Gaulle (p/o Georges Boris) – Laurent-Eynac. »
Le futur capitaine Mendès-France va se ruiner ce soir en tournées générales dont il ne profitera même pas, restant fidèle à son verre de lait…
Grèce
La Luftwaffe multiplie ses bombardements sur Volos, coulant plusieurs petits caboteurs dans le port, sans interrompre les allées et venues de toute une flottille entre Volos et Eubée. En début de nuit, les navires rapides du groupe ABEL effectuent un ultime voyage, emmenant les dernières troupes britanniques et françaises et notamment les survivants du Bataillon de Choc de la Légion Etrangère, qui reste, malgré les pertes, en état de combattre. « Le sous-lieutenant Quittet a préféré en rire, en disant qu’on savait maintenant si bien rembarquer qu’on ne perdait plus une cartouche dans l’affaire. Le lieutenant Carlus a dit qu’il était patient, et qu’un jour ou l’autre, on ne rembarquerait pas. En attendant, moi, j’aimerais bien arrêter de tuer des Allemands, même si il paraît que je vais avoir droit aux galons de sergent, et peut-être à une médaille. » (Klaus Müller, op. cit.).
La ville de Lamia est évacuée par les troupes alliées, qui se replient un peu plus loin, sur la ligne de défense des Thermopyles.
Grèce
Les forces allemandes entrent dans Volos, dont la plupart des derniers défenseurs, tous grecs, se sont évanouis dans la nuit. Pendant plusieurs jours, ils continueront de se faufiler par petits groupes, bon nombre réussissant à embarquer sur un caïque, les Allemands ayant autre chose à faire qu’à leur donner la chasse autour du golfe de Volos. D’autres se sont métamorphosés en habitants de Volos ou des environs…
Les premiers éléments de reconnaissance allemands testent les défenses des Thermopyles. Mais le gros des troupes allemandes a du mal à traverser Lamia, qui n’est plus que ruines, les sapeurs britanniques ayant complété le travail déjà bien entamé par les Stukas.
A l’ouest, les unités du Skandenberg Korps débarquées à Astakos ne sont ravitaillées que par de petits bâtiments, la Regia Marina refusant de risquer à nouveau des navires d’une certaine importance. Dans ces conditions, les Allemands ne peuvent poursuivre leur effort vers Agrinion et Missolonghi, ce qui permet aux Grecs d’accélérer le transfert de leurs troupes vers le Péloponnèse.
Grèce
La première tentative allemande pour forcer les défenses des Thermopyles est repoussée. De nouveaux combats et violents combats aériens se déroulent au-dessus d’Athènes et de Thèbes.
Dans la matinée, Papagos et Giraud se rencontrent pour évoquer la question de Limnos. Les Allemands contrôlant le nord et le centre de la Grèce, et possédant une large maîtrise de l’air, l’île ne peut plus être défendue efficacement, et les deux généraux décident à regret de l’abandonner. Dans la nuit, les navires du groupe ABEL commencent l’évacuation des défenseurs… et de leurs prisonniers faits le 13 juin.
Extrême-Orient
Alors que les troupes de la 15ème Armée japonaise arrivent par pleins bateaux en Thaïlande, le gouvernement japonais envoie au gouvernement français une note diplomatique officielle, réclamant la fermeture de la ligne de chemin de fer Hanoï-Kunming, seul lien de la Chine de Chang Kaï-Chek avec le monde extérieur.
Grèce
Les forces allemandes (impressionnées, selon les souvenirs de certains officiers allemands publiés après la guerre, par la fameuse histoire de la défense des Thermopyles par Léonidas) décident de contourner cette position et débarquent à la pointe nord de l’île d’Eubée. Des moyens de franchissement légers suffisent, avec l’aide d’un puissant soutien de la Luftwaffe (qui est aussi très active sur Thèbes et Athènes). Il n’y a guère d’unités constituées sur Eubée, et la confusion qui règne permet aux Allemands de progresser vers le sud, s’approchant de Chalcis, où se trouve le pont qui relie Eubée à la région d’Athènes. La résistance ne s’organise qu’en fin de journée.
A l’ouest, des troupes allemandes venant d’Ioannina prennent Arta et menacent de déborder par le nord la ligne Agrinion-Missolonghi. Rommel a en effet fait faire demi-tour à son Skandenberg Korps, embouteillé avec le gros des forces allemandes du côté de Lamia, pour contourner les défenses alliées en passant par l’ouest de la chaîne du Pinde et soutenir ses deux bataillons débarqués à Astakos.
Un nouvel aller-retour du groupe ABEL permet d’évacuer les derniers hommes de la garnison de Limnos et même un certain nombre de civils.
A Athènes, une conférence réunissant les généraux Giraud, Papagos et Wilson (représentant le commandant en chef britannique pour le Moyen Orient, le général Wavell) prépare la retraite vers le Péloponnèse. Des unités grecques prendront position à Patras (au nord-ouest) et à Pyrgos (à l’ouest). Les unités françaises et britanniques encore en état de combattre efficacement s’efforceront d’arrêter les forces allemandes au niveau de Thèbes assez longtemps pour permettre une évacuation navale massive des autres troupes à partir du Pirée, puis se replieront par Mégare et Corinthe vers le Péloponnèse, dont elles défendront la partie nord-est. Pour éviter qu’elles ne soient débordées et ne se voient couper la retraite, Giraud accepte de faire débarquer à Mégare, sur le Golfe de Corinthe, des éléments des renforts arrivant d’Afrique du Nord, mais il souligne que le gros de ces troupes doit se rendre en Crète.
Alger
A la suite de l’ultimatum japonais de la veille, Paul Reynaud s’envole pour Washington afin de discuter la situation en Indochine avec le gouvernement américain. Pour gagner du temps, il demande au Haut-Commissaire français à Hanoï de suspendre provisoirement le trafic des trains Hanoï- Kunming à partir du 1er juillet.
Grèce
Les Allemands reprennent l’offensive frontale contre les Thermopyles. En effet, leur progression en Eubée est stoppée car leurs troupes manquent d’équipement lourd, faute de bâtiments capables de transporter des chars ou de l’artillerie lourde ! Les bombardiers légers alliés survivants harcèlent les positions allemandes, tandis que les bombardiers lourds basés en Crète attaquent les ports de Kavalla et d’Alexandroupolis, où le commandement allemand concentre des cargos bulgares (qui ont traversé les Dardanelles en tant que bâtiments civils) pour apporter du ravitaillement et des renforts à Lamia et en Eubée. Au soir, la Force D de l’Escadre de Mer Egée pénètre dans le détroit entre Skyros et Eubée et le Courbet et son escorte effectuent vers 22h00 un bombardement des forces allemandes en Eubée, près de Mandhoudion, bombardement fort efficace sur cette zone plate sans abris naturels. La Force D se retire ensuite vers Chio aux premières heures du 26.
A l’ouest, les troupes grecques qui n’ont pu traverser le Golfe de Patras évacuent la ligne Agrinion-Missolonghi et se retirent vers Delphes, d’où elles reprennent leur mouvement vers le Péloponnèse.
A minuit, le LCI Glengyle commence à débarquer l’équivalent d’un régiment français à Mégare. Puis, le navire se rend au Pirée, où il va participer à l’évacuation des troupes britanniques, françaises et grecques avec une flotte de 26 transports grecs et britanniques.
Washington
Le gouvernement américain envoie à Tokyo une note diplomatique protestant avec fermeté contre les exigences japonaises concernant la liaison ferroviaire Hanoï-Kunming.
Washington
Déclaration conjointe Roosevelt-Reynaud sur la situation en Extrême-Orient. Le gouvernement américain s’engage publiquement à soutenir « le droit de la France de commercer librement avec la Chine » et décrit la note japonaise comme « un document ouvertement hostile envers une nation amie ». Par ailleurs, un memorandum of understanding secret signé par la France et les Etats-Unis prévoit une coopération navale et aérienne entre l’Asiatic Fleet et les unités de l’USAAC aux Philippines d’une part, les forces françaises de mer et de l’air en Indochine d’autre part.
Reynaud demande personnellement à Roosevelt d’accélérer l’envoi d’armes selon la procédure Prêt-bail. Le gouvernement américain accepte d’allouer immédiatement à la France 200 chasseurs Hawk 81-A2 et Hawk 87 destinés aux squadrons de l’USAAC. Le Normandie, relâchant en ce moment à New York, doit transporter en Afrique du Nord 60 de ces appareils, en caisses, et le porte-avions USS Ranger doit escorter le grand paquebot, tout en emportant lui-même 60 autres avions, entiers ceux-ci.
Grèce
Durant toute la journée, les combats dans la zone des Thermopyles sont extrêmement violents, au sol comme dans les airs, où l’Armée de l’Air et la RAF s’efforcent de contester la supériorité de la Luftwaffe. Dans la soirée, profitant de la baisse d’intensité de la lutte, les troupes alliées commencent à se désengager. La situation logistique extrêmement précaire des unités allemandes les empêche de se lancer à leur poursuite (les Perses de Xerxès avaient eu des problèmes du même genre). De plus, le génie britannique a copieusement miné les Thermopyles (Léonidas, malheureusement pour lui, ne disposait pas de cette arme). Enfin, les interceptions radios montrant clairement que la situation logistique est devenue la principale contrainte limitant les capacités offensives de la Wehrmacht, les bombardiers alliés lourds et moyens concentrent leurs efforts sur les ports de Kavalla et d’Alexandroupolis. Profitant de la concentration des moyens de la Luftwaffe plus au sud, ils détruisent quelques transports et perturbent sévèrement le fonctionnement portuaire, ce qui n’arrange pas les maux de têtes des responsables allemands du ravitaillement…
Les Alliés peuvent ainsi se replier sans trop de difficultés sur une dernière ligne de défense établie autour de Thèbes.
« Au soir du 26, nous ne sommes plus que dix, tous sauf un comptant au moins cinq victoires. Du Mouzy décide de nous réorganiser en deux patrouilles doubles de quatre, “à l’allemande”, plus un élément de deux, pour nous donner la possibilité d’un minimum de rotation. Il décide aussi de faire peindre sur chacun de nos Hawk la superbe tête de Sioux de l’ancienne escadrille Lafayette. Les mécanos, pourtant aussi épuisés que nous, sont ravis de ce surcroît de travail. “J’espère que les photographes américains viendront vite nous voir” dis-je à Du Mouzy. Il sourit (ce qui ne lui arrive plus guère depuis qu’il commande le Groupe) et jette un coup d’œil à Burgard. Le lendemain à l’aube, nous avons la visite du fameux Robert Capa, équipé de pellicules capables de prendre des photos en couleurs ! Burgard a des relations bien placées… Son avion est le plus photographié, mais c’est vrai qu’il est beau, avec sa gueule de requin, sa tête de Sioux et les onze croix noires peintes sous son cockpit… surtout une fois qu’on a posé des rustines sur les trous faits par les balles des “Huns”. » (Jean-Pierre Leparc, op. cit.).
A l’ouest, le Skandenberg Korps commence à tâter les défenses grecques autour de Delphes.
Au Pirée, l’évacuation navale se poursuit activement. Les navires se dirigent soit vers la Crète (Héraklion), soit vers l’Afrique (Alexandrie ou Benghazi). Au large de Salamine, le vieux croiseur-mouilleur de mines grec Helle[1], qui couvre les allées et venues des transports, est endommagé par l’une des mines magnétiques mouillées par les avions allemands et doit s’échouer sur l’île historique.
Patras (Péloponnèse)
Le soir tombe sur le petit port grec, où s’accumule une flottille hétéroclite de petites embarcations (caboteurs et caïques de pêcheurs) qu’utilisent depuis quelques jours les troupes grecques pour traverser le détroit de Patras et se réfugier dans le Péloponnèse. C’est la cible choisie par la section de surface de la Xa MAS pour tester en opérations sa nouvelle arme, le MTS, un petit canot de 7 mètres armé de deux torpilles de 450 mm. Deux MTS, remorqués chacun par une vedette MAS, ont quitté Brindisi le 25 pour Corfou où elles ont passé la journée du 26. Leur objectif est de pénétrer dans le port et de couler plusieurs caboteurs ou chalutiers pour désorganiser la retraite ennemie.
L’approche s’est faite en toute discrétion, et à quelques centaines de mètres du port, les moteurs des canots rugissent pour donner la pleine puissance. Mais soudain, un projecteur fouille la mer, s’accroche à un des canots, bien vite accompagné par les tirs de mitrailleuses et d’un canon. Le canot est endommagé, et les opérateurs préfèrent faire demi-tour, puis qu’ils ne disposent plus de l’effet de surprise. Les deux MTS et leurs opérateurs réussissent à s’enfuir.
L’analyse à froid de la mission montrera que les défenseurs étaient en alerte suite à un raid nocturne de la Luftwaffe, moins de deux heures auparavant.
Grèce
Escarmouches le long de la nouvelle ligne de défense alliée, devant Thèbes.
Dans la région du Pirée, la Luftwaffe tente d’empêcher l’évacuation qui se poursuit à un rythme très élevé vers la Crète ou vers l’Egypte. Cependant, les pilotes allemands font l’erreur de s’attaquer aux navires de guerre qui couvrent les transports. C’est ainsi qu’ils mettent hors de combat le croiseur Helle, toujours échoué, et coulent l’antique cuirassé Lemnos (ex-USN BB24 Idaho, sister-ship du Kilkis/Mississippi).
Néanmoins, ces erreurs de cible n’empêcheraient pas les bombardiers allemands de faire beaucoup de mal aux transports alliés sans la réaction désespérée de tout ce qui reste de chasseurs français et britanniques en Grèce (l’aviation grecque a été anéantie en tant que force combattante, et ses survivants sont en train de la reconstituer en Egypte, sous supervision britannique). Toute la journée, les cieux d’Athènes et d’Eleusis sont le théâtre d’une bataille aérienne continue. Les pilotes de l’Armée de l’Air et de la RAF effectuent jusqu’à 5 missions entre l’aube et le crépuscule.
Ce terrible affrontement voit la mort du plus grand as de la RAF, le Squadron Leader Marmaduke Thomas “Tom” Pattle. Volant dès 5 heures du matin, Pattle conduit ce jour-là quatre missions d’interception d’affilée avec ses Hurricane, soutenus par des Hawk-81 français. Il a déjà détruit un Bf-109E et un 109F au-dessus d’Eleusis, un Ju-88 et un Bf-110 au-dessus du Pirée. Durant sa quatrième mission, ses équipiers le voient se lancer avec son ailier au secours de 5 Hawk-81 engagés contre 15 à 20 Bf-110. Il abat au moins un et peut-être deux bimoteurs allemands, mais ne peut échapper au tir de deux autres ; son avion prend feu et explose sans lui laisser le temps de sauter. Avec Pattle disparaît un chef doué et un tacticien de talent. Les archives de la RAF sont incomplètes en raison du chaos de l’évacuation, mais il totalise probablement 44 victoires confirmées et 12 probables, toutes sauf 4 remportées au-dessus de la Grèce et de l’Albanie.
Bien d’autres pilotes plus anonymes tombent ce jour-là… « Le 26 juin au soir, le gros Lucas (en fait, il avait bien maigri depuis quelques semaines, comme nous tous) comptait fièrement deux victoires. Le 27, à sa première mission, il signe sa troisième. Sa quatrième lors de sa deuxième mission, et la numéro 5 pour sa troisième mission. Il nous est malheureusement impossible de fêter son accession au rang d’As, car il est descendu et tué pendant sa quatrième mission de la journée… » (Jean-Pierre Leparc, op. cit.).
La réaction des chasseurs alliés empêche cependant les bombardiers allemands de s’en prendre sérieusement aux navires de toutes tailles qui circulent dans la région du Pirée et en baie de Salamine. Cible plus facile – et que les chasseurs alliés doivent renoncer à couvrir – la ville d’Athènes est durement bombardée et des incendies éclatent près de l’Acropole, achevant de soulever la rage de la population contre les nouveaux conquérants. Beaucoup rappellent que les Perses, eux aussi, avaient incendié Athènes…
Au sol, les unités alliées encore en état de combattre reçoivent l’ordre de battre en retraite vers le Péloponnèse par Mégare, où quelques renforts français sont acheminés par le groupe naval ABEL. Le gouvernement grec et le Roi quittent Athènes pour Héraklion.
Indochine
Les ouvriers manifestent à Hanoï et à Haïphong contre de possibles licenciements provoqués par la suspension du trafic ferroviaire avec la Chine.
Grèce
Les forces de Rommel, poussées par leur chef, sans cesse présent aux avant-postes, s’emparent de la ville de Delphes et, dans leur élan, commencent à rompre les défenses alliées autour de Thèbes.
Patakos, Wilson et Giraud ordonnent l’évacuation générale de la Grèce continentale vers le Péloponnèse et la Crète. Tous les navires civils, jusqu’aux bateaux de pêche et aux caboteurs, sont réquisitionnés pour participer à cette évacuation. Dans l’après-midi, les derniers avions alliés quittent leurs terrains de la région d’Athènes et s’envolent pour la Crète ou pour Molai et des terrains improvisés aménagés dans le Péloponnèse. « C’est à neuf que nous avons gagné la Crète, qui nous parut d’abord comme un havre de repos. Là, heureuse surprise : trois de nos blessés, guéris, et deux nouveaux sortis de l’Ecole de Chasse nous y attendaient depuis la veille. Cela nous redonna le moral – nous allions en avoir bien besoin (du moral et des renforts) dans les semaines suivantes. » (Jean-Pierre Leparc, op. cit.).
Dans la soirée, le groupe du Courbet entre dans la baie du Pirée. Le vieux cuirassé bombarde pendant deux heures à coups de 300 mm les colonnes allemandes qui se dirigent vers Athènes sur les routes côtières, puis se retire vers Héraklion.
Dans la nuit, l’avant-garde du Skandenberg Korps fait la jonction près de Thèbes avec les troupes venues de Lamia par les Thermopyles (et dont les chefs constatent sans plaisir que Rommel les a devancés et s’apprête à entrer le premier dans Athènes).
Indochine
Pour le deuxième jour consécutif, des ouvriers en chômage manifestent dans les rues de Hanoï et de Haïphong. Cette manifestation devient ouvertement anti-japonaise, et la résidence du consul du Japon est lapidée avant que la police puisse (ou se décide à) intervenir. D’Alger, Georges Mandel, qui a la charge de la direction du gouvernement jusqu’au retour de Paul Reynaud de Washington, ordonne au Haut-Commissaire d’autoriser la circulation d’un train par semaine – entre Hanoï et Kunming à partir du 1er juillet, au lieu de suspendre entièrement le trafic.
Grèce
Tandis que les premières troupes allemandes entrent dans Athènes (les photographes allemands se font un plaisir de portraiturer Rommel devant le Parthénon), des colonnes motorisées venant de Thèbes tentent de prendre d’assaut Mégare en début de matinée, mais sont stoppées net par les forces françaises débarquées trois jours plus tôt, et qui se sont solidement retranchées. La bataille fait rage toute la journée aux abords de la ville, les Français s’efforçant de maintenir ouverte la route de Corinthe pour les troupes et les nombreux civils qui fuient Athènes et Le Pirée vers le Péloponnèse. Après la tombée de la nuit, couverts par un bombardement naval effectué par la Force A de l’Escadre de Mer Egée (2 CL et 4 DD), les Français abandonnent Mégare et traversent à leur tour le Canal de Corinthe. Le pont, épargné par la Luftwaffe à la demande de Rommel, qui espérait que ses blindés puissent l’emprunter, est alors détruit avec soin… mais aucun photographe n’est là pour fixer sur la pellicule la déception des premiers soldats allemands qui arrivent devant les débris du pont.
En mer, la menace de la Luftwaffe s’accentuant, tous les navires alliés de quelque importance quittent Héraklion et la baie de Suda pour Rhodes.
Pendant ce temps, des troupes germano-italiennes transportées par des torpilleurs italiens et des vedettes rapides allemandes débarquent à Leucade, Céphalonie et Zante (trois îles situées le long de la côte ouest de la Grèce continentale et du Péloponnèse).
Extrême-Orient
Le gouvernement japonais proteste officiellement contre « l’injustifiable agression subie à Hanoï par les intérêts japonais ». Tokyo menace « d’envoyer des troupes assurer la protection des intérêts japonais et de la population civile paisible contre des manifestants visiblement manipulés par les communistes ». Cette note est dûment rejetée par le gouvernement français. A Washington, en fin d’après-midi (heure de la Côte Est), l’Hon. Cordell Hull, Secrétaire d’Etat, convoque l’ambassadeur du Japon pour l’avertir que toute action militaire contre l’Indochine aurait des conséquences « spectaculaires et des plus négatives » sur les relations américano-japonaises.
Londres
Der Chef, très en verve, accuse « les Français sournois et les Anglais hypocrites » de conspirer contre le commandement de la Luftwaffe et de tenter d’en empoisonner l’état-major. Il interviewe une soi-disant infirmière – en réalité, la fille d’un ex-banquier juif de Vienne – qui affirme au micro que le Generalluftzeugmeister Ernst Udet, est toujours hospitalisé dans une clinique de Berlin après une intoxication due, jure-t-elle, « à un cognac trafiqué à l’arsenic et à du whisky frelaté ».
Ainsi, les Allemands peuvent comprendre grâce à la radio noire qu’Udet, qui bénéficie, à la différence de nombre de personnalités du régime, d’une popularité authentique, est hors d’état d’occuper ses fonctions, quoi qu’en prétendent les journaux, et boit plus que de raison. « Arme Udet! Die Franzosen und Engländer verzichteten auf die Schlachtung. Sie haben ihm Gift gesendet »[2], feint de déplorer der Chef.
Grèce
A l’aube, des troupes allemandes traversent le Golfe de Patras sur des embarcations légères et tentent d’établir deux têtes de pont dans le Péloponnèse. Près de Patras, les unités débarquées sont rejetées à la mer par les forces grecques, mais sur la côte ouest, au nord de Pyrgos, elles s’accrochent, malgré des bombardements répétés effectués par quelques Blenheim et Maryland. Dénués de tout équipement lourd et n’ayant aucun blindé, les Grecs ne peuvent que limiter la taille de la tête de pont.
[1] Construit aux Etats-Unis en 1912 pour le compte de la marine chinoise, il a été acheté en 1914 par la Grèce, mais a commencé par servir en 1916-17 au sein de la Marine Nationale ; il a été modernisé et converti en croiseur-mouilleur de mines aux chantiers de La Seyne-sur-Mer dans les années 1920.
[2] « Pauvre Udet ! Les Français et les Anglais ont renoncé à le descendre. Ils lui ont envoyé du poison. »