Bataille de Crète
Le deuxième jour de l’offensive de la Luftwaffe commence tôt le matin par deux raids massifs contre Maleme et Héraklion et totalisant 110 Ju.88 et 45 Ju.87, avec une escorte de 72 Bf-109 et 60 Bf-110. A midi, deux autres raids ciblent Réthymnon et, de nouveau, Maleme, mettant cette fois en ligne 122 Ju.88, 45 Bf-109 et 36 Bf-110. Dans l’après-midi, un dernier raid s’en prend à Héraklion avec 44 Ju.88, 72 He.111, 54 Bf-109 et 34 Bf-110. Au total, les avions allemands effectuent dans la journée 694 missions offensives contre la Crète. La bataille aérienne se déroule d’une façon assez semblable à celle de la veille, les Hawk-81 servant de premier rideau et les Hurricane de second. Mais cette fois, le radar du Phoebe détecte les raids se dirigeant vers Maleme à plus de 180 km de la Crète, avertissant les défenseurs avec plus de 30 minutes de délai, ce qui facilite beaucoup la protection de l’ouest de l’île.
Un raid de diversion contre Chio, effectué par 44 Ju.88 escortés par des Bf-110 et basés en Bulgarie et en Thrace se heurte aux Dewoitine D-520M basés à Chio et à Lesbos. Là aussi, les combats aériens sont très sévères et les chasseurs alliés, aidés par les efficaces radars de contrôle de la chasse et les longs délais d’avertissement, obtiennent de bons résultats.
En fin de journée, les Alliés revendiquent 145 avions allemands abattus – les chiffres réels sont de 84 avions détruits et 53 endommagés, contre 29 chasseurs alliés perdus et 17 endommagés.
En toute fin de journée, d’autres avions allemands sont détruits quand 17 DB-73 français, 12 Maryland et quatre Beaufighter IC de la RAF attaquent les terrains d’Eleusis, Mégare, Tatoï et Tanagra au moment où les avions du dernier raid sont dans le circuit d’atterrissage ou en train de se poser. La surprise est complète.
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Thomas-Bernhardt Von Stahlman entama le circuit d’atterrissage et se détendit dans l’étroit cockpit de son Me.109F. Son ailier devait au même moment barboter dans la Mer Egée, mais il n’avait à s’en prendre qu’à lui : Von Stahlman lui avait bien dit de refuser le combat avec les Hawk-81 français qui les poursuivaient. D’après ses appels au secours à la radio, il était tombé en panne d’essence 50 km au sud du cap Sounion…
Le soleil couchant silhouettait sur un somptueux fond orangé les avions en approche. Venant en sens inverse du “Fritz” de Von Stahlman, sur la droite et plus bas, un Heinkel 111 en finale étalait ses larges ailes, suivi par un bimoteur plus petit, sans doute un Bf-110… Hé, un instant ! Le fuselage massif n’était pas du tout celui d’un 110, et l’empennage n’était pas bidérive ! Von Stahlman articula une malédiction en basculant son avion sur la droite et en remettant les gaz au moment où les deux autres le croisaient. Il n’eut pas le temps de lancer un avertissement, le Beaufighter ouvrait déjà le feu sur le He.111 insouciant. Quatre canons de 20, plus des mitrailleuses légères : tout ce qu’il fallait pour transformer le bombardier en torche en quelques secondes pendant que le Bf-109 de Von Stahlman achevait son 180° et se retrouvait derrière le bimoteur anglais qui dégageait sur la gauche. Le pilote allemand lâcha une longue rafale et eut la satisfaction de voir le moteur gauche de l’intrus se mettre à cracher une épaisse fumée. Satisfaction brutalement balayée par la sensation d’avoir reçu une énorme gifle et la vision de son aile droite raccourcie d’un bon mètre…
Heinz Becker offrit une bière (malheureusement plutôt tiède) à son camarade pour le réconforter, sans y parvenir. Il est vrai que se poser en catastrophe à quelques centaines de mètres du terrain et revenir à pied pouvait à bon droit mettre de mauvaise humeur, d’autant plus qu’il était évident que les responsables de la perte du Bf-109, irréparable, étaient les artilleurs de la flak de l’aérodrome. « Et le pire, hurlait Von Stahlman, c’est qu’ils m’ont juré qu’ils n’avaient jamais fait de mal à un appareil ami, et qu’ils venaient au contraire d’abattre un Beaufighter et un Spitfire dans le circuit d’atterrissage ! Non mais, tu ne penses pas qu’Hermann pourrait leur payer des lunettes ? »
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Cette opération se solde par la destruction de 25 avions allemands, en l’air ou au sol, pour la perte de trois DB-73, trois Maryland et un Beaufighter, pour la plupart abattus par la flak (qui, du coup, a aussi détruit deux ou trois appareils allemands).
Le total des pertes allemandes pour la journée atteint donc 109, contre 36 avions alliés. Néanmoins, la répétition des combats épuise les pilotes comme leurs montures.
Conscient que les chasseurs alliés vont bientôt avoir du mal à suivre le rythme des opérations, Leigh-Mallory demande des renforts immédiats.
Dans la nuit, des Wellington de la RAF attaquent les terrains allemands de la région d’Athènes et à Dadion, Mégare et Corinthe. Les dommages matériels sont légers, mais la désorganisation de l’entretien des avions est significative.
Tard dans la nuit, les marines alliées lancent l’opération “Substance”. La Force H de Gibraltar, avec les Renown, Dunkerque et Strasbourg, trois croiseurs, huit destroyers et le porte-avions Ark Royal, pénètre dans la Méditerranée pour escorter un convoi rapide de six cargos destiné à la Crète ainsi que le vieux porte-avions Argus, qui transporte 40 Hurricane. Simultanément, l’escadre basée à Alexandrie sous le commandement du Contre-Amiral Pridham-Whippel (BB Valiant et Warspite, CV Eagle, 2 CL, 1 CLAA et 6 DD) se dirige vers l’ouest.
Bataille de Crète
Troisième jour d’attaque des aérodromes. Deux raids totalisant 84 Ju.88 escortés par 66 Bf-109 et 44 Bf-110 ciblent Maleme et Réthymnon.
Mais la présence de la petite escadre d’alerte avancée n’est pas passée inaperçue. 36 Ju-87, 24 Bf-109 gréés en chasseurs-bombardiers et 30 Bf-110 attaquent les trois bâtiments en trois vagues successives. Les deux premières vagues ne donnent aucun résultat, contre des navires rapides qui manœuvrent brutalement tout en maintenant une densité de tir anti-aérien « déplaisante », selon l’expression d’un pilote de Stuka. La chance de deux des trois vaisseaux les abandonne lors de la troisième attaque. Le Lance reçoit une bombe sur son avant, puis, quelques secondes plus tard, un Stuka désemparé s’écrase avec sa bombe dans une gerbe de flammes en plein milieu du destroyer, qui coule peu après. Le Phoebe, touché par deux bombes et durement secoué par trois qui le frôlent, doit stopper. Epargné, le Lance tente de remorquer le Phoebe immobilisé. Obligé de rompre la remorque par une nouvelle alerte, qui se révèle heureusement fausse, le Lance fait une nouvelle tentative et, en fin de soirée, réussit à ramener le croiseur en Baie de Suda avant d’aller se mettre à l’abri.
Au total, bien que des He.111 bombardent dans l’après-midi les îles Tinos, Syros et Serifos, dans les Cyclades, l’activité de la Luftwaffe est notablement plus réduite que les deux jours précédents. Les Allemands perdent dans la journée 36 appareils (et 21 endommagés), contre 11 chasseurs alliés abattus.
A Alexandrie, l’Amiral Andrew Cunningham ordonne l’envoi au nord-est de la Crète du CLAA Carlisle et des DD Hero et Hotspur.
A Héraklion se posent en fin d’après-midi 20 des 50 Hawk-81 livrés l’avant-veille à Alger par l’USS Wasp.
Dans le Golfe de Salonique, des hydravions Laté-298 opérant de Chio commencent pendant la nuit à mouiller des mines.
Tokyo
Le gouvernement japonais ne réagit pas officiellement à la déclaration conjointe franco-américaine, mais commence à envoyer des unités de blindés et de l’aviation de l’Armée en Thaïlande.
Le convoi “Substance” est violemment attaqué par l’aviation de l’Axe en passant au sud de la Sardaigne, mais les chasseurs de l’Ark Royal et des Groupes français basés en Tunisie veillent au grain. Parmi eux, Yvon Lagadec : « Nous commencions à nous lasser des patrouilles dans l’Atlantique, dans l’espoir toujours déçu d’une sortie des croiseurs de bataille allemands, alors qu’on se battait en Crète. L’opération Substance nous donna enfin de quoi nous battre nous aussi, en pensant à autre chose qu’à ce que nos parents et nos amis subissaient en France… Il était facile de prévoir que les Allemands et les Italiens ne laisseraient pas le convoi traverser le Détroit de Sicile sans réagir. Exacts au rendez-vous, ils nous offrirent les adversaires que nous attendions. C’était bien différent des combats presque désespérés de février-mars. Les bombardiers de l’Axe devaient d’abord passer à travers les collègues de l’Armée de l’Air, et nous, les chasseurs de l’Ark Royal, nous étions un peu le gardien de but derrière ce solide rideau défensif. De plus, nous étions guidés par un officier contrôleur très efficace. C’est ainsi qu’embusqué très haut, j’ai pu sur ses instructions rattraper un Stuka qui avait réussi à échapper à la vigilance de l’Armée de l’Air, et l’abattre alors qu’il commençait déjà son piqué : ma quatrième victoire. »
Dans la journée, les chasseurs alliés détruisent 51 avions ennemis au-dessus du convoi, mais le destroyer Fearless est coulé par des bombes allemandes et le croiseur Manchester endommagé par une torpille italienne.
L’Air-Vice Marshal Tedder demande au Fighter Command de la RAF d’allouer à la Crète au moins un squadron de Spitfire V, pour constituer une dernière ligne de défense.
Bataille de Crète
Seulement deux raids majeurs de la Luftwaffe aujourd’hui, car les réserves d’essence d’aviation disponibles en Grèce continentale commencent à baisser. Au total, 98 Ju.88 escortés par 68 Bf-109 et 44 Bf-110 visent Maleme et la Baie de Suda d’une part, Héraklion d’autre part. Le Phoebe, amarré en Baie de Suda et toujours incapable de se mouvoir, est touché par trois bombes et chavire dans l’après-midi.
Dans l’après-midi, des He.111 et des Ju.87 (Kesselring juge ces derniers trop vulnérables pour être employés en présence de la chasse adverse) bombardent de façon répétée Syros et Serifos.
Le bilan de la journée s’élève à 19 avions allemands détruits et 11 endommagés pour la perte de sept chasseurs alliés.
Pendant ce temps, les 30 derniers Hawk-81 du Wasp ont gagné Héraklion par Benghazi.
Brest et La Pallice
Pour alléger la pression de la Luftwaffe sur la Crète, la RAF commence une série de raids contre les croiseurs de bataille Scharnhorst et Gneisenau. Plusieurs attaques sont lancées en plein jour, avec des Short Stirling et des Bristol Beaufort. Le Scharnhorst est touché par cinq bombes, mais le bombardement du Gneisenau échoue.
Bataille de Crète
Trois grands raids de la Luftwaffe dans la journée, les deux premiers contre Maleme et Réthymnon, le troisième contre Chio. Ces attaques rassemblent 124 Ju.88, 42 He.111, 108 Bf-109 et 54 Bf-110 en tout, auxquels s’opposent 88 chasseurs alliés, dont 16 Dewoitine D-520M opérant de Chio. 41 avions allemands sont détruits par la chasse et la DCA, pour la perte de 17 avions. Malgré ces bonnes performances, la répétition des attaques allemandes commence à produire des résultats tangibles. En dehors d’une poignée de Hurricane, le terrain de Maleme est abandonné par l’aviation alliée. Réthymnon est gravement endommagé, quoiqu’encore opérationnel. En revanche, le complexe de terrains d’Héraklion est encore à peu près intact.
« Sixième jour de combat. Au large de Réthymnon, le GC Lafayette au complet – les seize avions qui restent, alors que le groupe était remonté à vingt une semaine plus tôt – se lance de face sur une vague d’assaut comptant une soixantaine de Ju.88, peut-être 40 Bf-109et une vingtaine de 110. “Frappez à la tête, ils n’aiment pas ça !” a lancé Hugues du Mouzy en déclenchant l’attaque. Il paraît que César a dit quelque chose de semblable avant une bataille de la guerre civile romaine, mais pour nous, cela veut surtout dire qu’une seule rafale dans le nez d’un Ju.88, où sont regroupés les membres d’équipage, vaut un grand nombre d’autres coups au but dans les ailes ou le fuselage. Cette fois encore, ça marche : plusieurs avions à croix gammée partent en vrille distraire et nourrir les poissons de la Mer Egée. Mais cette fois encore, c’est insuffisant : les autres s’obstinent et effectuent leur bombardement, avec leur efficacité professionnelle coutumière. Et cette fois encore, le duel avec l’escorte nous coûte du monde, même si nous rendons coup pour coup.
Le soir, je fais remarquer à Du Mouzy que le Lafayette, à ce rythme de victoires, sera dans quelques jours le meilleur groupe de la chasse alliée ! “Oui, murmure-t-il. Mais à ce rythme de pertes, ce sera à titre posthume.” » (Jean-Pierre Leparc, Les gars du “Lafayette”, Paris, 1960).
Les besoins en essence des FliegerKorps basés en Grèce sont toujours aussi grands. C’est pourquoi une escadre italienne composée du grand DD éclaireur Carlo Mirabello et de six DD (Calatafimi, Castelfidardo, Giuseppe La Masa, Giuseppe La Farina, Giacomo Medici et Angelo Bassini) quitte Le Pirée pour aller escorter un convoi de six transports, dont deux pétroliers, venant de Constantza et en train de traverser le Bosphore.
Mer Egée
Dans les Cyclades, les torpilleurs Castore, Centauro, Cigno et Climene et les dragueurs de mines RD-38 et RD-39 escortent un petit groupe de caïques qui débarque des troupes allemandes sur l’île de Syros.
Dans le golfe de Syrte, le convoi “Substance” rejoint en fin de journée l’escadre d’Alexandrie et met le cap sur Rhodes, tandis que la Force H retourne vers Gibraltar.
Norfolk (Etats-Unis)
Le croiseur Emile-Bertin entre dans le grand port militaire américain au lever du jour, après une véritable course transatlantique. Il a traversé l’Atlantique en 5 jours et demi, à 25 nœuds de moyenne environ sur 3 300 nautiques. Aussitôt, tandis que les pleins sont à nouveau faits, le navire est pris d’assaut par une foule d’hommes, techniciens, dockers, mécaniciens… pour des opérations d’entretien éclair et surtout pour le chargement de volumineuses caisses marquées “Fragile” et “Ne pas ouvrir sans la présence d’une personne autorisée” en anglais et en français.
Le croiseur repart dans l’après-midi, cap à l’est. « Allons, les enfants, annonce le commandant, courage, nous avons fait plus de la moitié du travail ! »
Alger
Un décret d’Albert Lebrun, contresigné par Paul Reynaud, Édouard Daladier, Georges Mandel, le général de Gaulle, Vincent Auriol, Raoul Dautry, Jean Zay et Roland de Margerie, met fin aux fonctions de Léon Brillouin à la tête de la Radiodiffusion nationale. Un autre décret du président de la République, revêtu des mêmes contreseings, nomme Jean Guignebert pour le remplacer.
Choisi par Daladier en 1939, Brillouin, physicien de grand talent mais administrateur couleur de muraille, paie au prix fort l’échec d’une opération préparée depuis des semaines par le général de Gaulle et Jean Zay. Il s’agissait d’inaugurer l’émetteur de Tipasa le 14 juillet par une célébration en grande pompe de la fête nationale à l’intention des auditeurs de Métropole. Aussi populaires l’un que l’autre, le reporter Georges Briquet, par ailleurs spécialiste des Six Jours et du Tour de France, et l’animateur Jean Nohain, dit Jaboune, s’étaient préparés, avec le concours de l’EMGDN, à assurer le compte-rendu radiophonique des cérémonies d’Alger et du défilé des troupes sur le front de mer. Des liaisons en duplex avec plusieurs capitales de l’Empire, y compris Saïgon et Tananarive, avaient été difficilement mises sur pied pour bien démontrer l’unité des forces combattantes. Mais la défaillance de deux condensateurs dans la soirée du 12 a réduit ce projet à néant.
On raconte, dans certains salons de la capitale provisoire, que le général de Gaulle en a été si contrarié qu’il a lancé en pleine rue, par la fenêtre de son bureau, un cendrier empli de mégots de ses éternelles Players.
Moscou
Impressionné par les nouvelles victoires d’Hitler dans les Balkans et voyant la menace qui s’étend sur son flanc sud, Staline accepte de rompre les relations diplomatiques avec la Belgique, la Norvège, la Yougoslavie et la Grèce dans le but d’apaiser Hitler (la Pologne et les Pays-Bas ne sont pas touchés… car ils n’avaient pas de relations diplomatiques avec l’URSS). Les diplomates sont expulsés vers la Chine. Cette décision met les gouvernements concernés en fureur et frappe de stupeur les militants des partis communistes de ces pays.
Belgique
L’appareil du PC belge a beau se contorsionner pour expliquer que la rupture des liens diplomatiques entre l’URSS et la Belgique n’est en fait qu’une rupture avec le gouvernement bourgeois de Pierlot inféodé aux plouto-capitalistes anglais et français, non un abandon de la Belgique, son discours ne passe pas. La rupture fait d’autant plus mal aux militants que le Parti, sous la pression de sa base, avait depuis l’invasion évolué considérablement vers une opposition plus nette à l’occupant.
Mer Egée (Cyclades)
Peu après minuit, la Force C de l’Escadre de Mer Egée (un CL, un DL et trois CT, tous français), escortant le mouilleur de mines rapide Abdiel, chargé de soldats, atteint Syros. L’Abdiel décharge hommes et matériel pendant que son escorte détruit quelques caïques qui s’étaient attardés et effectue un bombardement de 70 minutes sur les troupes allemandes débarquées la veille. Avant l’aube, les navires se retirent vers Rhodes à grande vitesse.
Bataille de Crète
Au lever du jour, la Luftwaffe lancent deux raids majeurs contre Héraklion et un contre Karpathos. Les attaquants comptent au total 136 Ju.88, 65 He.111, 108 Bf-109 et 64 Bf-110. Mais ce jour là, le dieu Eole vient au secours des Alliés. Un vent d’est inhabituellement fort oblige les Bf-109 à faire demi-tour entre Santorin et la Crète, laissant les Ju.88 et les He.111 sous la seule escorte des Bf-110 bimoteurs, incapables d’empêcher les chasseurs alliés de multiplier les attaques de face contre les bombardiers. Les pertes allemandes atteignent 87 avions détruits et 56 endommagés sur 265 avions qui sont effectivement parvenus dans la zone de l’objectif, en échange de la destruction de seulement 19 chasseurs alliés (plus 11 endommagés).
Ce massacre crée un choc profond dans l’ensemble de la structure de commandement allemande. Goering est furieux, et plus furieux encore à l’idée de ce qu’il va devoir entendre de la bouche de Hitler quand celui-ci apprendra l’importance des pertes : « Je ferai traîner en cour martiale les commandants des Gruppen de Me.109 ! Ils ont lâchement laissé les bombardiers aller à leur perte alors qu’ils venaient de recevoir des réservoirs supplémentaires d’Allemagne ! » Les officiers supérieurs des unités de Bf-109 doivent envoyer dans la nuit une protestation formelle au QG de Kesselring et à Hitler lui-même, indiquant que le court rayon d’action de leurs appareils empêchait leurs avions d’aller jusqu’à Karpathos ou Héraklion et que les réservoirs supplémentaires invoqués par Goering n’avaient pu être remplis en raison du manque de carburant.
Ce désastre, couplé au fait que ses unités sont bel et bien à court d’essence, conduit Kesselring à demander une suspension d’Ikarus. Depuis le 20 juillet, la Luftwaffe a perdu 381 avions détruits et 233 endommagés (dont 165 peuvent être réparés), soit près de la moitié des appareils déployés sur les aérodromes de la ligne de front, autour d’Athènes, à Corinthe et dans le Péloponnèse. Dans un message à l’OKW, Kesselring affirme la nécessité, d’une part, de stabiliser la logistique de la Luftwaffe en Grèce, d’autre part, de s’attaquer aussi bien aux installations portuaires d’Héraklion, Karpathos et Rhodes qu’aux aérodromes pour empêcher l’acheminement des renforts.
Le Haut Commandement allemand ignore que, dans la même période, la chasse alliée a perdu 120 avions (plus 77 endommagés). Presque tous les chasseurs envoyés en Crète depuis le 15 juillet ont été dévorés en six jours par les combats. Cependant, des renforts continuent à arriver. En fin de journée, le vieil HMS Argus envoie ses Hurricane vers Héraklion, où ils sont accueillis avec gratitude.
Mer Egée
Au coucher du soleil, l’escadre italienne en route pour le Bosphore est attaquée au large de l’île d’Agios Evstratios par 14 Laté-298 torpilleurs. Le Castelfidardo et le Giacomo La Farina sont torpillés et coulés, pour la perte d’un seul hydravion français. Le commandant de l’escadre italienne met ses bâtiments à l’abri à Limnos et demande au convoi (qui est encore en Mer de Marmara) de ne pas passer en Mer Egée.
A la nuit faite, la Force D de l’Escadre de Mer Egée (groupe du Courbet) entre dans les Cyclades.
Dans la nuit, des Wellington de la RAF lâchent des mines dans le Canal de Corinthe.
Mer de Chine
La marine japonaise débarque de l’infanterie et des unités du génie dans les îles Paracels, au large de la côte d’Indochine. Ces troupes commencent aussitôt la construction d’un vaste ensemble de terrains d’aviation.
Washington
Le gouvernement américain réagit à l’occupation militaire par les Japonais des îles Paracels. Le Président Roosevelt donne l’ordre de geler les avoirs japonais aux Etats-Unis et de mettre en place un embargo sur le pétrole à destination du Japon. Le gel des avoirs est également mis en œuvre par la France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Simultanément, le Président américain signe un ordre “américanisant” les forces armées du Commonwealth des Philippines. Le Maréchal Douglas MacArthur, de l’Armée Philippine, redevient un général américain, commandant les forces de l’U.S. Army en Extrême-Orient.
Ile de Syros
Les troupes allemandes sont bombardées peu après le lever du soleil par le groupe du Courbet. La Force D se retire ensuite vers Samos, mais elle est attaquée à 11h00 par 20 Ju.87. Ce premier raid est peu efficace : le DD MN Mistral et l’aviso HMS Egret sont légèrement secoués par des bombes qui les ratent de peu, mais peuvent continuer avec le reste de la force. Un nouveau raid de même importance, vers 13h25, se heurte à une couverture assurée par une patrouille double de D-520M (six avions) venue de Chio. Sept Stukas sont détruits et les autres forcés de s’enfuir.
En dépit des missions d’appui tactique assurées par des Ju.87 et des Bf-110, les troupes allemandes de Syros, dont tout le ravitaillement a été détruit par les obus du Courbet, sont forcées de quitter l’île. Elles sont évacuées en fin d’après-midi par des vedettes rapides. Les troupes franco-grecques font prisonniers 278 soldats, blessés pour la plupart.
Nord de la Mer Egée
Sur l’ordre de Supermarina, l’escadre italienne réfugiée à Limnos (cinq DD) repart escorter le convoi sortant des Dardanelles. Mais les transmissions radio entre Limnos et Athènes ont été interceptées et déchiffrées. En début d’après-midi, la Force A de l’Escadre de Mer Egée (2 CL et 4 DD commandés par le Captain William “Bill” Agnew) quitte Rhodes et se dirige vers le nord pour pouvoir intercepter le convoi entre les Dardanelles et Le Pirée.
Bataille de Crète
Pour la première fois, la Luftwaffe essaie la formule des raids nocturnes. Une force totale de 56 He.111 attaque Héraklion et Rhodes. Les résultats sont peu concluants, même si quelques bombes tombent relativement près des quais du port de Rhodes. La DCA française et britannique réagit énergiquement, sans plus d’efficacité. Cependant, les Beaufighter IF, équipés de radar, abattent quatre des bombardiers.
A la même heure, des Wellington de la RAF s’attaquent à la gare de triage d’Athènes et aux terrains d’Eleusis et de Tatoï. Là aussi, les résultats sont peu concluants.
Mer Egée
La Force A de l’Escadre de Mer Egée, guidée par un Wellington équipé d’un radar de veille navale (ASV) intercepte non loin des Dardanelles le convoi en route vers Le Pirée. Le radar du croiseur léger Aurora détecte le convoi à 00h25 et les navires britanniques s’approchent pour combattre à courte portée. “Bill” Agnew maintient le cap droit sur les escorteurs, pour éviter les torpilles, bien que cela réduise la puissance de feu de ses navires à leurs tourelles avant.
Cette fois, les Italiens aperçoivent leurs adversaires avant l’ouverture du feu. Le commandant de l’escorte, sur le Carlo Mirabello, tente d’éloigner les Britanniques du convoi en chargeant avec l’aide du Calatafimi pour mener une attaque à la torpille, pendant que le La Masa, le Medici et le Bassini tendent un écran de fumée devant le convoi et que celui-ci fait demi-tour vers les Dardanelles. Cependant, les canons de 6 pouces de l’Ajax et de l’Aurora ont tôt fait de mettre hors de combat le Mirabello, qui stoppe, pendant que le Calatafimi s’efforce de le protéger par un écran de fumée. Les deux croiseurs ouvrent alors le feu sur le convoi (quatre cargos et deux pétroliers) en réglant leur tir au radar. Deux cargos sont bientôt en flammes et les trois derniers destroyers italiens font une nouvelle tentative pour éloigner les Anglais en attaquant à la torpille, à moins de 4 000 mètres. Les huit 4 pouces à tir rapide du Lightning sont particulièrement efficaces à cette courte portée et le Giacomo Medici est transformé en épave brûlant furieusement. Pendant ce temps, touché par le tir des croiseurs, l’un des pétroliers explose. En revanche, l’une des torpilles italiennes frappe l’Isis, qui doit stopper.
Profitant de la confusion et de l’obscurité, les trois derniers transports réussissent à regagner les eaux turques, escortés par le Giuseppe La Masa et l’Angelo Bassini. Agnew décide alors de se retirer vers Samos, le Greyhound remorquant l’Isis.
Casablanca
Le Normandie décharge cette fois des caisses contenant 40 Hawk-81A2 pour l’Armée de l’Air et 24 Grumman G36A destinés à un squadron de chasse grec reformé en Crète. Le porte-avions USS Ranger, qui a escorté le paquebot, lance 40 Curtiss Hawk-81 qui vont rejoindre par Tobrouk les squadrons de la RAF et du Commonwealth en Crète.
Mer Egée
Alors que la Force A se replie vers Rhodes à faible vitesse (l’Isis toujours en remorque), des Laté-298 décollent de Chio pour « finir le boulot de la Royal Navy ». Dans la matinée, ils trouvent le Carlo Mirabello, toujours stoppé, qui est achevé par 2 torpilles et 3 bombes de 225 kg. Le Calatafimi est lui aussi repéré et endommagé par deux bombes, mais réussit à éviter les torpilles et finira par rejoindre Le Pirée. A ce moment, le Giacomo Medici a déjà sombré. Une seconde attaque lancée peu avant midi à la recherche des transports est interceptée par des Bf-110 qui patrouillent dans la zone. Sur neuf Laté-298, trois sont détruits et les autres endommagés, trois d’entre eux s’écrasant même à l’amerrissage à Chio. De plus, un Loire-130 de reconnaissance est détruit dans l’après-midi par des Bf-110 en maraude. A la suite de ces pertes, très lourdes pour une petite flottille, l’Aéronavale demande à la RAF la livraison de 20 Beaufighter pour remplacer les bien trop vulnérables Laté-298. Mais la production des usines Bristol est déjà trop lente pour les besoins de la RAF, et cette demande est rejetée.
La Luftwaffe remplace ses raids sur la Crète par des attaques de Chio et de Samos. Une formation du GC I/39 comptant six Dewoitine D-520M et quatre Hawk-81 intercepte la première. Neuf avions allemands sont abattus, dont trois Bf-110 d’escorte, au prix de deux chasseurs français. Le raid sur Samos ne rencontre pas d’opposition, mais ne cause que de légers dommages au cuirassé Courbet et à l’aviso Black Swan.
Au Pirée, tard dans l’après-midi, des bombardiers légers français DB-73, après une approche inaperçue à basse altitude, attaquent des navires au mouillage, avariant le torpilleur Castore et le dragueur RD-18.
Mer Egée
Les trois transports survivants (dont un pétrolier de taille moyenne), escortés par les DD La Masa et Angelo Bassini, font route vers l’ouest puis vers le nord-ouest et atteignent le Golfe de Salonique.
La Luftwaffe lance un petit raid contre Samos (15 Ju.88 escortés par 12 Bf-110). Mais cette fois, le raid est intercepté et six avions allemands sont abattus. Cependant, les Ju.88 parviennent à toucher l’aviso Egret, qui doit être échoué et est perdu. Le commandant de la Force D décide de replier le groupe du Courbet jusqu’à Rhodes.
La Luftwaffe lance de nouveaux raids nocturnes, cette fois contre Rhodes et Héraklion. Les chasseurs de nuit, dont des Martin 167 Maryland convertis avec quatre mitrailleuses dans le nez, détruisent cinq bombardiers.
Dans les Cyclades, un convoi de ravitaillement franco-grec se dirigeant vers Syros et Tinos tombe dans une embuscade tendue par des vedettes lance-torpilles italiennes et allemandes. Le contre-torpilleur Vauban est torpillé et, sur le point de couler, s’échoue à Syros. Un cargo et deux vedettes grecques sont aussi coulés. Deux vedettes italiennes (MAS) sont coulées et deux E-boots allemands sont endommagés.
Faute de pouvoir obtenir des Beaufighter, l’Amirauté française décide de demander à Douglas 50 bombardiers légers A20C modifiés, équipés pour porter une torpille (la 400 mm française ou la 18 pouces britannique). Vingt avions sur cinquante doivent être équipés de quatre canons Hispano de 20 mm à la place du poste vitré du navigateur. Ces avions seront désignés DB-73M1 et DB-73M2 par l’Aéronavale (M pour Marine). Cette commande est considérée comme urgente, et Douglas promet que les livraisons seront effectuées début novembre.
Indochine
Le cargo hollandais Jaegersfontain, venant de San Francisco, arrive à Haïphong avec 150 mécaniciens et 96 pilotes de l’American Volunteer Group. Treize autres pilotes, qui font partie du personnel américain “infiltré” dans l’Armée de l’Air et l’Aéronavale, sont attendus fin août.
Paris
Arrêté le 18 mai par le Service de Répression des Menées Anti-Nationales (SERMAN) de la police du NEF, interné depuis à la prison de la Santé, le dirigeant communiste Gabriel Péri, rédacteur en chef de l’Humanité clandestine, est remis aux Allemands.
Alger
Le ministre de la Guerre, le général de Gaulle, en compagnie du chef d’état-major de la Marine, l’amiral Lemonnier, et de deux ingénieurs navals, s’envole pour Washington. L’objet de ce voyage est de discuter avec les autorités américaines la situation militaire en Extrême-Orient et de lancer les travaux de transformation du Jean-Bart en porte-avions. Les ingénieurs navals emportent avec eux des plans détaillés. Ils espèrent que les travaux dureront 18 mois et s’achèveront en janvier 1943 pour une mise en service opérationnelle en septembre 1943 (voir annexe 41-5-3).
Mer Egée
Le convoi italien ressort du golfe de Salonique et se dirige vers le sud. Malgré une couverture aérienne fournie par des Bf-110, il est alors attaqué par des Maryland français et des Beaufort de la RAF. L’un des deux cargos est coulé et le pétrolier est endommagé, pour la perte de six bombardiers alliés. Le commandant des restes du convoi décide alors de faire route sur Volos, car longer la côte de l’île d’Eubée lui paraît trop risqué. Mais lorsque les deux transports et les deux destroyers entrent à Volos, en fin d’après-midi, ils trouvent le port encore encombré de bateaux coulés et de nombreuses destructions, tandis que la plus grande partie de son matériel de déchargement est encore indisponible.
Nouveau raid de la Luftwaffe contre Chio. Les attaquants perdent sept avions contre deux pour les défenseurs. Pendant ce temps, des Stukas bombardent Syros et Tinos, achevant le malheureux Vauban, évacué par son équipage.
Un nouveau raid nocturne contre Héraklion provoque des dommages dans la cité, mais rate complètement le port et les terrains d’aviation.
Les Wellington de la RAF attaquent à nouveau Mégare et Corinthe, sans succès notable, mais le général Kesselring réclame l’envoi en Grèce d’unités de chasse de nuit spécialisées.
Alger
Radio Alger, enfin diffusée par Tipasa en ondes longues, annonce que « par l’entremise de leurs complices français, les nazis ont pu mettre la main sur Gabriel Péri, le plus patriote des responsables du PCF ». Le speaker ajoute, en citant « des milieux autorisés », qu’on a des raisons de soupçonner le Komintern de n’avoir pas été étranger à son arrestation.
Mer Egée
La Luftwaffe maintient un raid quotidien contre Chio, dans l’espoir de neutraliser la base aérienne française. Cependant, la pénurie de carburant l’obligeant à n’envoyer ses bombardiers que par relativement petits paquets, ces raids ne peuvent endommager de façon importante le terrain d’aviation ou la base navale.
A Volos, l’essence d’aviation est pompée du pétrolier dans des barils, qui sont ensuite transportés en camion jusqu’aux aérodromes autour d’Athènes. Mais Kesselring a besoin de bien davantage et l’état-major allemand décide de favoriser la solution adriatique : des barges à faible tirant d’eau sont remplies à Venise et acheminées le long de la côte dalmate jusqu’en Albanie et en Grèce, puis enfin au Pirée en passant par le canal de Corinthe.
Pendant que les mouilleurs de mines rapides anglais Abdiel et Manxman débarquent du ravitaillement et des troupes à Naxos et à Syros, les grands destroyers Volta, Verdun et Fantasque foncent à 35 nœuds jusqu’en baie de Salamine, où les Verdun et Fantasque posent une centaine de mines, pendant que le Volta engage et coule le dragueur italien RD-39 qui montait la garde. Les trois bâtiments français se retirent alors à vitesse maximum, retrouvent les deux anglais au sud de l’île de Santorin avant l’aube et poursuivent ensuite tout aussi vite jusqu’en des eaux plus sûres.
Méditerranée
Les Hawk-81 de la RAF amenés par le Ranger passent de Tobrouk à Héraklion. En fin de journée, 36 avions sur 40 ont rejoint la Crète.
La nuit suivante, un convoi français de onze navires quitte Tunis et passe le détroit de Sicile, se dirigeant vers Benghazi puis vers Rhodes.
Washington
Début des conversations entre De Gaulle, Lemonnier et les officiels américains.
La délégation française trouve les Américains dans un état de grande incertitude sur la défense des Philippines. Jusqu’à fin juillet, les plans de guerre américains – Rainbow 5 ou WPL 46 – considéraient les Philippines comme impossibles à défendre, en dehors de la péninsule de Bataan et de Corregidor. Cependant, depuis son retour dans l’US Army quatre jours plus tôt, MacArthur n’a pas arrêté de dire à Washington qu’à condition que les forces sous son commandement soient portées à 200 000 hommes et qu’il dispose d’une puissante force aérienne bâtie autour d’un fort noyau de bombardiers à long rayon d’action B-17, la retraite pouvait être évitée. Ecoutant MacArthur, l’Etat-Major Général de l’Armée commence à considérer que, si une telle force pouvait en effet être mise sur pied, Luçon et les Visayas pourraient être défendues et transformées d’ici mars 1942 en une forteresse auto-suffisante bloquant la mer de Chine Méridionale.
Ce changement d’état d’esprit influence considérablement la rencontre franco-américaine. Jusqu’alors, on s’attendait à ce que, sans couverture aérienne convenable, l’escadre française d’Indochine dût se retirer jusqu’à Singapour pour y rejoindre l’Asiatic Fleet américaine et une escadre spéciale que la Royal Navy avait l’intention d’envoyer. Cependant, si l’US Navy devait combattre à partir de la Baie de Manille, on pourrait tenter de défendre Cam-Ranh. De Gaulle et Lemonnier sont cependant sceptiques sur le plan MacArthur, d’autant plus que l’on a appris que le Japon construit des terrains dans les îles Paracels, occupant ainsi une position stratégique entre les Philippines et l’Indochine. « Nous ne pouvons envisager de laisser notre escadre opérer à partir de Cam-Ranh qu’à la condition que les terrains japonais de Haïnan et des Paracels puissent être rapidement neutralisés par des B-17 basés aux Philippines », plaide Lemonnier.
Le général Marshall et l’amiral Stark admettent que le taux de montée en puissance des forces terrestres et de la flotte de B-17 basée aux Philippine est le facteur clé du nouveau plan. « Cependant, affirme Stark, nous ferons tout notre possible pour que la défense des Philippines devienne une option viable au début du printemps 1942. Les forces aériennes positionnées là-bas seront disponibles pour défendre l’Indochine et au minimum pour “stériliser” les forces offensives japonaises à Haïnan et aux Paracels. » Et Marshall ajoute : « En retour, nous avons besoin que vous renforciez la défense de l’Indochine, par exemple en y déployant deux divisions d’infanterie et une brigade blindée. »
De Gaulle rejette immédiatement un tel déploiement, au moins jusqu’à ce que les forces évacuées de Grèce continentale soient rééquipées et ré-entraînées et que d’importantes forces américaines soient déployées en Afrique du Nord. « Le mieux que la France puisse faire dans sa position actuelle est d’envoyer en Indochine un bataillon de chars et une Escadre de chasse. Je vous rappelle, Messieurs, que nous livrons cette guerre avec l’échine brisée, en quelque sorte, sans industrie de guerre propre et avec une population mobilisable très limitée. Seule la récupération d’une partie significative du territoire français métropolitain pourrait améliorer cette situation. En dépit de tout, nos forces ont joué et continuent de jouer un rôle capital dans l’élimination de la présence italienne en Afrique du Nord et dans le maintien d’une menace permanente sur le flanc balkanique des puissances de l’Axe. Dans ce contexte, divertir une fraction notable de nos forces vers l’Extrême-Orient ne saurait être justifié que par un très important bénéfice stratégique. Au contraire, accroître la pression sur l’Italie, qui est visiblement le maillon faible de l’Axe, représente le plus grand espoir de victoire. »
La conférence se conclut par un accord visant à renforcer la coopération entre les deux pays dans la planification stratégique. La France « fera de son mieux » pour renforcer la défense de l’Indochine sans compromettre l’équilibre stratégique en Méditerranée. Les forces navales françaises resteront basées en Indochine aussi longtemps qu’elles seront à l’abri de la menace aérienne japonaise. Dans ce contexte, l’Escadre Française d’Indochine coopérera étroitement avec l’Asiatic Fleet américaine (amiral Thomas C. Hart) et une force conjointe incluant les unités de la Royal Navy et de la Marine Royale Néerlandaise présentes dans la région sera constituée sous l’appellation ABDF (American-British Commonwealth-Dutch-French force) aussi tôt que possible. Le commandement de l’ABDF sera confié à un amiral britannique une fois arrivée l’importante escadre que la Royal Navy s’apprête à envoyer à Singapour.
Gibraltar
Le croiseur Emile-Bertin arrive de Norfolk, après cinq jours et demi de mers, les soutes pratiquement à sec. Sitôt ravitaillé, il repart pour Malte.
Malte
Création de la Joint British-French Submarine Force ou Joint SubForce, dirigée par le Commodore Max Horton. Elle comprend la Xe Flottille sous-marine de la Royal Navy, avec dix sous-marins de type “U”, et une flottille de la Marine Nationale, avec six sous-marins de classe Minerve (Cérès, Iris, Junon, Minerve, Pallas et Vénus) et trois sous-marins mouilleurs de mines de classe Saphir (Perle, Saphir et Turquoise). La Joint SubForce reçoit la tâche d’interdire le trafic maritime dans les mers Adriatique et Ionienne.
Mer Egée
En baie de Salamine, un convoi allemand composé de ferries Siebel, de quelques péniches grecques et de vedettes rapides transportant des troupes pour la garnison d’Andros tombe dans le champ de mines posé la nuit précédente et subit de lourdes pertes.
La noria de renforts aériens vers la Crète se poursuit. Les Hawk-81A2 et les Grumman G36A apportés par le Normandie commencent à être convoyés de Casablanca à Benghazi avant de partir pour la Crète. Le porte-avions Furious entre en Méditerranée et expédie vers Oran-La Sénia 30 Hurricane qui seront transférés en Crète. Enfin, 14 Beaufighter (six du type IF et huit du type IC) arrivent par leurs propres moyens d’Angleterre à Gibraltar, d’où ils passent à Alger avant de rejoindre Benghazi puis Héraklion.