Février 1941 (1/3)

 

1er février

Londres – Amirauté britannique

Les services de renseignements britanniques et la Résistance norvégienne ont repéré les Scharnhorst et Gneisenau dans le fjord de Bergen. Informée, l’Amirauté comprend évidemment de ce qui se trame. Elle mobilise le Hood, cinq croiseurs et onze destroyers pour tendre un écran d’interception entre l’Islande et les îles Féroé. Une seconde force est maintenue en alerte à Scapa Flow avec le King George V, trois croiseurs, six destroyers et le groupe du Richelieu.

 

Londres – Emission flamande de Radio Belgique

A son tour, Fernand Geersens lance le “V” de sa voix truculente. La formule connaît un succès immense en Belgique occupée et déborde même des frontières, aux Pays-Bas, dans le Nord de la France et en Normandie. Partout surgissent des V espiègles et vengeurs.

 

Atlantique Nord

Le croiseur lourd Admiral Hipper quitte Brest pour une nouvelle croisière corsaire.

 

 

2 février

Bergen

10h00 – Un message de l’Amirauté annule l’appareillage prévu le lendemain. Lütjens est informé qu’il devra profiter de la confusion créée dans les états-majors alliés par le déclenchement de l’opération Merkur, en Méditerranée, pour tenter le passage en Atlantique.

Cela laisse au vice-amiral deux bonnes semaines pour parfaire ses préparatifs. Quelques travaux sur les chaudières sont notamment bien utiles, car leur manque de fiabilité a une nouvelle fois été remarqué lors du transit depuis la Baltique. Ce matériel est le cauchemar des mécaniciens : la pression de fonctionnement des surchauffeurs a été poussée à 50 Bars pour obtenir de meilleures performances (sur les navires alliés équivalents, elle ne dépasse pas 35 Bars). Il en résulte des ruptures fréquentes des tubes des faisceaux de surchauffe et des fuites aux brides des collecteurs d’alimentation des turbines. Le pire, pour le personnel de quart dans les chaufferies, c’est d’imaginer la rupture d’un collecteur lors d’une avarie en combat : le compartiment immédiatement noyé par de la vapeur à 500 degrés, aucune chance de survie et une mort atroce.

 

Afrique Orientale Italienne

Nord : l’offensive indo-australienne – Keren

La ligne de défense italienne se désintègre lentement en raison de l’épuisement des forces disponibles. Les contre-attaques des derniers jours ont saigné à blanc les réserves italiennes et les troupes alliées constatent une diminution de l’opposition.

 

 

3 février

Atlantique Sud

L’Admiral Scheer doit renoncer à passer dans l’Océan Indien, car l’aventure semble trop risquée devant l’importance des moyens navals franco-britanniques déployés. C’est le sens du message de l’état-major de la Kriegsmarine reçu par Kranke.

Ce message ajoute qu’une opération d’envergure « sur un autre théâtre d’opérations » devrait distraire les Alliés et lui faciliter le retour en Mer Baltique. Déçu de ne pouvoir se diriger vers les “rivages enchanteurs” des îles de l’Océan Indien, Kranke prononce pour son équipage une allocution à base de nostalgie de la patrie pour leur annoncer leur retour au pays, où ils seront bien sûr accueillis en héros. « Le Führer a besoin de nous dans les mers froides et je doute, conclut-il, que nous puissions lui rendre service dans les Mers du Sud, ite missa est. »

 

Afrique Orientale Italienne

Nord : l’offensive indo-australienne – Keren

Dans la nuit du 3 au 4, les troupes du Commonwealth lancent de nouvelles attaques et s’emparent de plusieurs sommets.

 

 

4 février

Oran

Les « 600 tonnes » Minerve et Junon, « libérés » par les Anglais, rejoignent la Méditerranée. La Minerve (LV Sonneville) a mené trois patrouilles sans résultat dans les eaux de la Norvège, la Junon en a accompli deux, tout aussi infructueuses. Quelques jours plus tard, le LV Jaume est remplacé au commandement de la Junon par le CC Jean-Marie Querville.

 

Méditerranée centrale

La 4ème Escadre de Chasse (sur Hawk-81C), basée à Malte, est réduite à 23 avions opérationnels, la 5ème EC (mêmes montures), basée à Tunis, est réduite à 37 avions opérationnels et les squadrons basés à Malte n’ont plus que 17 Hurricane en état de vol. Le commandement français redéploie la 7ème EC (2 groupes de D-520) d’Oran-La Sénia à Tunis pour renforcer les défenses. Churchill promet d’envoyer des renforts, mais demande au gouvernement français d’envoyer davantage de chasseurs en Tunisie. Reynaud et Mandel appellent Roosevelt pour faire accélérer les livraisons de Hawk-81.

Il est vrai que les défenseurs de Malte et de la Tunisie ne se sont pas laissé faire. Les pertes de l’Axe sont d’environ 90 avions allemands et 145 italiens pour 70 chasseurs alliés détruits en combat.

 

Afrique Orientale Italienne

Nord : l’offensive indo-australienne – Keren

Au matin, les positions italiennes attaquées la nuit précédente, isolées et encerclées, commencent à se rendre les unes après les autres.

Dans la soirée, le génie allié achève le percement d’un passage de quatre mètres de large au milieu des décombres, éboulis et obstacles naturels et artificiels barrant la vallée de Dongolaas. Dans la nuit, alors que les travaux se poursuivent, les premiers blindés commencent à avancer.

 

Ouest : Le retour du Lion de Juda – Prise de Buré

Carnets du commandant Salan : « Après une semaine de harcèlement intensif par les troupes alliées et les partisans, la ville de Buré est tombée ce matin. Le colonel Wingate avait organisé la Force Gédéon et les irréguliers éthiopiens de façon à donner l’impression d’une troupe bien plus nombreuse que dans la réalité. Une série d’embuscades savamment orchestrées ont déstabilisé le commandement local, qui a apparemment obtenu de l’état-major italien l’ordre d’évacuer la place.

Grâce aux informations interceptées par Khartoum[1], nous avons reçu cet ordre en même temps que le commandant local. Cette nuit, une partie de la garnison a ainsi pu être surprise en plein mouvement vers le fort de Dembecha, à l’est de Buré, et le fort en cours d’évacuation a été pris d’assaut. Les troupes italiennes ont subi de lourdes pertes (325 hommes, dont le chef de la garnison, le Colonel Natale), pour seulement 48 morts dans les troupes alliées, dont 8 de nos goumiers. »

 

 

5 février

Tunis

Willliam « Bill » Clifton, du New York Times, a réussi à quitter Malte. « Bien sûr, je ne suis plus dans une petite île, mais sur le continent africain, entre Sahara et Méditerranée. Néanmoins, en dehors de cette situation, je ne vois pas grand-chose de changé, sinon le fait que les minarets des mosquées tunisiennes remplacent les clochers des églises maltaises. La bataille de Tunisie bat son plein, et elle n’est pas loin de valoir la bataille d’Angleterre de l’automne dernier, au moins pour ce qui est de l’intensité des combats, sinon pour le nombre des avions engagés.

Les alertes aériennes se succèdent à intervalles rapprochés et des carcasses d’avions jonchent littéralement le sol ! Les équipes de mécanos de l’Armée de l’Air récupèrent certaines pièces sur les avions alliés, des spécialistes du renseignement fouillent les avions de l’Axe, puis les débris sont abandonnés à la population locale, qui s’est vite révélée experte en récupération et réutilisation… »

 

Afrique Orientale Italienne

Nord : l’offensive indo-australienne – Keren

Après une nouvelle journée de combats acharnés contre des troupes italiennes pourtant en pleine retraite, blindés anglais et infanterie indienne pénètrent dans Keren.

« Ceux qui peuvent comparer à d’autres fronts savent que rien, aucun autre combat de la guerre n’a été pire que ceux de Keren. » dira un vétéran anglais. La bataille est de nos jours considérée comme un épisode positif de l’histoire militaire italienne, malgré la défaite finale, en raison du courage dont ont fait preuve les troupes érythréennes et italiennes, et des qualités démontrées par le général Carmineo.

« Keren fut une des batailles les plus dures de la guerre, et jamais les Allemands n’ont montré autant de détermination que les bataillons italiens des Alpini, Bersaglieri et Granatieri n’en firent preuve à Keren. Dans les cinq premiers jours de combat, les Italiens perdirent près de 5 000 hommes, dont 1 135 tués. Le jeune et courageux général italien Lorenzini reçut une balle mortelle en attaquant à la tête de ses Erythréens.

La propagande de guerre britannique peignit les Italiens comme des soldats ridicules, mais, à l’exception des divisions parachutistes allemandes dans les Appenins et des meilleures unités japonaises en Malaisie, aucun ennemi n’affronta avec autant de courage les troupes britanniques et indiennes que les Granatieri di Savoia. De plus, les troupes coloniales d’Erythrée, avant qu’elles ne cèdent dans les tout derniers jours de la bataille, se battirent avec valeur et détermination. Leur loyauté indéfectible porte témoignage de l’excellence de l’administration italienne et de l’entraînement des troupes coloniales d’Érythrée. » (Compton Mackenzie, Eastern Epic)

 

 

6 février

Madrid

Pierre Brossolette signe un accord de coopération entre agences avec Ramón Serrano Súñer, qu’on surnomme el cuñadísimo[2], ministre des Affaires étrangères du régime franquiste (et ancien ministre de l’Information et de la Propagande), et avec Manuel Aznar Zubigaray, le patron de l’agence espagnole EFE, en présence de l’ambassadeur François-Poncet.

Aux termes de ce texte, dont chaque mot a été soupesé par les deux parties durant de longues semaines, EFE recevra par fil le service Europe d’Havas Libre et pourra l’utiliser ad libitum dans son service étranger, Mundo especial. L’abonnement annuel est fixé pour 1941 à l’équivalent en monnaie fiduciaire de 1 500 pesetas/or (monnaie de compte seulement). En échange, EFE fournira gratuitement son service intérieur, España Uno[3], au bureau madrilène d’Havas Libre (deux journalistes français et deux journalistes espagnols), qui aura la faculté d’y recourir pour la rédaction de ses propres dépêches.

De plus, Havas Libre s’engage à entreprendre toutes démarches utiles pour qu’EFE puisse accréditer un correspondant à Rabat et ouvrir un bureau à Alger. Une clause, négociée entre le Caudillo lui-même et François-Poncet, prévoit qu’Havas Libre renonce à réclamer aux Espagnols le retrait de l’accréditation du correspondant de l’OFI de Laval. En contrepartie, EFE se limitera désormais à la mention EFE/OFI – et non plus EFE/Havas-OFI – dans le dateline[4] de ses nouvelles.

Le gouvernement d’Alger a hésité avant d’autoriser la conclusion de cet accord suggéré dès novembre 1940 par Serrano Súñer : le franquisme, qui sait sa position internationale fragile, craint pour le maintien de sa présence au Maroc et n’en finit pas de solliciter des marques de reconnaissance. Mais Roland de Margerie et Jean Zay sont parvenus in fine à convaincre leurs collègues qu’il est de l’intérêt de la France et des Alliés d’entrer – les yeux ouverts, s’entend – dans le jeu d’équilibrisme pratiqué par l’Espagne, voire de le favoriser avec prudence. « Aujourd’hui, tout ce qui peut contribuer à éloigner les dirigeants espagnols de l’Axe et à les rapprocher de nous est bon à prendre » a souligné Margerie.

 

Tunis

Le GC II/6 (20 D-520), basé à Calvi-Sainte Catherine, et le GC III/13 (20 Hawk-75A4), basé à Cagliari-Elmas, se redéploient aux alentours de Tunis pour renforcer la 5ème EC. Le Xème FK et la Regia Aeronautica vont encore souffrir, mais cela signifie que la Corse et la Sardaigne sont dégarnies, donc que le plan allemand fonctionne.

 

Afrique Orientale Italienne

Nord : l’offensive indo-australienne – Asmara

De Keren, la 5e Division Indienne se dirige vers la capitale de l’Erythrée, Asmara, 80 kilomètres au sud-est de Keren. La 4e Division Indienne doit passer quelques jours à Keren pour terminer le nettoyage de la place avant de faire mouvement vers le sud, en direction de Gondar. Quant aux Australiens et à la Force Briggs, ils doivent à partir du 9 se mettre en marche vers Massaoua, sur la côte.

………

Massaoua

Comprenant que la chute du principal port italien de mer Rouge n’est plus qu’une question de jours, l’amiral Bonetti ordonne à ses derniers submersibles opérationnels, l’Archimede, le Guglielmotti et le petit Perla, de regagner l’Europe en contournant l’Afrique. Après un périple de deux mois, seul le Guglielmotti arrive à Bordeaux. L’Archimede, à bout de combustible, a dû se faire interner à Buenos-Aires et le Perla a disparu corps et biens.

 

 

7 février

Atlantique Sud – Point Andalusien, 15°S. 18°W.

Dernier ravitaillement de l’Admiral Scheer avec l’Eurofeld, le Pinguin et le Kormoran.

 

Tunis

Les survivants de la 5e EC, un peu soulagés par l’arrivée des GC II/6 et III/13, reçoivent aussi en renfort quelques Hawk-81… et leurs pilotes. Ainsi au GC II/5…

« Hugues du Mouzy fit irruption dans le mess peu avant le dîner, alors que la nuit venait depuis une heure d’imposer une trêve aux combats. Contrairement à son habitude, il était décoiffé et sa cravate était de travers. J’étais le seul du Groupe à être déjà là ; les autres récupéraient encore après une nouvelle journée passée à tenter de tuer et de ne pas se faire tuer dans le cockpit de nos Hawk-81… « Tu as vu ce qu’on nous envoie de Meknès ? » s’exclama Hugues. Je levai les yeux de L’Echo de Tunis. Mon ami était écarlate et je ne compris pas tout de suite ce qui motivait son émotion. « Hmm ? Ah, oui, les aspirants. J’espère qu’ils feront plus d’usage que la précédente promo. Les pauvres n’arrivent pas au meilleur moment pour faire de vieux os, les 109 sont mauvais ces temps-ci. »

– Tu sais très bien de qui je parle ! Le nommé Ramdam !

– Hein ? Ah, oui, Aziz. C’est Ramdane, pas Ramdam.

– Et tu l’appelles Aziz !

– Ben, je t’appelle bien Hugues, non ?

Je commençais à bien m’amuser.

– Attends, mes ancêtres ont arraché Jérusalem aux siens !

– Euh, c’est peu probable, je crois qu’il est kabyle…

– Si tu veux ! C’est pire : mon arrière-grand-père était officier dans les troupes du duc d’Aumale lors de la prise de la smalah d’Abd-el-Kader !

– Les temps changent… Demain, il te sauvera peut-être la peau, ou le contraire, non ? Et puis, tu n’es pas content de tous ces régiments de tirailleurs nord-africains, qui remplacent bien utilement les Métropolitains qui sont dans des stalags en Bochie ?

– Oui, bon, c’est très bien pour les biffins, mais l’aviation, c’est une arme noble, non ? On ne peut pas mettre un manche à balai entre n’importe quelles mains !

– Même pour balayer la cour ?

Du Mouzy leva les yeux au ciel devant une pareille indifférence aux traditions les plus sacrées de l’Armée française. J’en profitai pour mettre du sel sur la plaie.

« Dis donc, il y a un autre aspirant qui ne doit pas beaucoup te plaire, pas vrai ?… Le petit Albert… »

Hugues grogna. « Benamou ? Ouais. Mais, comme l’a écrit Bernanos, Hitler a déshonoré l’antisémitisme, alors je me tais. »

(Jean-Pierre Leparc, Les gars du “Lafayette”, Paris, 1960)

 

Mer Rouge

Les derniers éléments opérationnels de la flottille italienne de mer Rouge, le contre-torpilleur Leone et trois grands torpilleurs, tentent une sortie vers Port Soudan. Mais le Leone s’échoue et doit être détruit, l’un des torpilleurs, victime d’une défaillance mécanique, doit être sabordé et les deux autres, repérés par l’aviation britannique, sont coulés par les Swordfish du porte-avions Eagle, redéployés à Port Soudan. Les dernières unités italiennes seront sabordées dans le port de Massaoua, à l’exception d’un navire-hôpital (voir annexe 40-6-12).

 

 

8 février

Oxford – Les premières conclusions de Concorde

La commission Concorde reçoit deux rapports préliminaires : “Usage de l’uranium pour une bombe” et “Usage de l’uranium comme source d’énergie”.

Le premier rapport conclut qu’une bombe est faisable et la décrit dans ses détails techniques, donnant des propositions spécifiques pour son développement, y compris des estimations de coût. Une bombe contiendra environ 12 kg de matériau actif, ce qui sera équivalent à 1 800 tonnes de TNT, et que son explosion relâchera de grandes quantités de substances radioactives, qui rendront les lieux près du point d’explosion dangereux pour les humains pendant une longue période. Il estime qu’une usine produisant 1 kg d’uranium 235 par jour coûtera 5 millions de livres et demandera une grande quantité de travailleurs qualifiés, dont les Alliés ont aussi besoin pour le reste de leur effort de guerre. Il suggère que les Allemands peuvent continuer à travailler sur la bombe et recommande donc que le travail soit entrepris avec une haute priorité en collaboration avec les Américains, bien que ces derniers semblent se concentrer sur les usages futurs de l’uranium pour la production d’énergie et la propulsion navale.

Le second rapport, rédigé notamment sous l’impulsion de Frédéric Joliot-Curie et Mark Oliphant, conclut que la fission contrôlée de l’uranium pourrait être utilisée pour produire de l’énergie sous forme de chaleur utilisable dans des machines, ainsi que pour produire de grandes quantités de radio-isotopes, qui pourraient être utilisés comme substituts pour le radium. Il fait référence à l’utilisation de l’eau lourde, ou éventuellement du graphite, comme modérateur pour les neutrons rapides. Il conclut qu’en temps de paix, une “chaudière à uranium” (un réacteur nucléaire) possède des perspectives considérables, mais que sa réalisation ne vaut pas la peine d’être considéré pendant la guerre actuelle.

La commission décide de transmettre immédiatement ces résultats au Comité Uranium américain. Son message mentionne la possibilité que le plutonium soit plus approprié que l’uranium 235 pour les divers usages prévus et indique que la recherche sur le plutonium continue. Par ailleurs, Hans von Halban et Lew Kowarski sont envoyés aux États-Unis, où la production d’eau lourde à grande échelle est envisagée.

 

Paris

L’essayiste Thierry Maulnier écrit très confidentiellement à Charles Maurras pour lui annoncer qu’il renonce à sa collaboration à l’Action Française.

« Je ne souhaite donner nulle publicité à ce départ d’un journal que j’ai beaucoup aimé, ni faire étalage de nos désaccords, affirme-t-il. Mais vous comprendrez sans doute que je ne puis davantage voir mon nom figurer dans des colonnes où l’on en est venu à donner un blanc-seing à l’ennemi sous couleur de combattre la Gueuse. Le cœur de la Patrie, je le constate, bat aujourd’hui à Alger, serait-ce sous la défroque lie-de-vin de la République, plus à Paris. »

 

Méditerranée

Les VIIIème et XIIIème FliegerKorps commencent à attaquer les aérodromes de Corse et de Sardaigne (voir annexe 41-2-2). A l’Etat-Major français, on a des soupçons, mais que faire ?

A toutes fins utiles, l’Amirauté décide de concentrer à nouveau ses moyens en Méditerranée. L’escadre déployée à Gibraltar et les croiseurs envoyés dans l’Atlantique vont devoir rentrer à Mers-el-Kébir et Alger.

 

 

9 février

Tunis

Bill Clifton a réussi (non sans peine) à obtenir une interview pour le New York Times avec un représentant de la nouvelle Armée française, l’aspirant Aziz Ramdane.

– Vous êtes le premier pilote de chasse arabe de…

– Kabyle, s’il vous plaît.

– Kabyle, OK. Le premier pilote de chasse “algérien indigène” de l’aviation française. C’est une sorte de révolution. Je doute que l’US Army soit prête à accepter des Noirs dans l’Air Force (phrase coupée avant publication par la rédaction du New York Times). Comment y êtes-vous parvenu ?

– Vous savez que, depuis les décrets de l’an dernier, les engagés volontaires dans l’Armée française gagnent le droit à la nationalité française pour eux et leurs proches. Mais mon père s’était fait naturaliser il y a quinze ans en renonçant à son statut musulman (mais non à sa religion) : j’étais déjà Français. En m’engageant, j’ai donc demandé à choisir mon affectation et à être incorporé dans l’Armée de l’Air. Comme mon père avait gagné beaucoup d’argent dans le commerce, il avait pu donner à ses enfants une très bonne éducation, et j’avais le niveau nécessaire pour suivre les cours de l’Ecole de l’Air. De plus, je crois que les énormes besoins en pilotes ont facilité l’acceptation de ma requête.

– Mais l’affectation à la Chasse ne faisait pas partie du marché ?

– Exact. Seulement, je me suis classé deuxième de ma promotion. Et j’ai donc eu le choix…

– Vous pensiez être bien reçu par vos camarades d’escadrille ?

– Je ne me faisais aucune illusion. A l’Ecole de Chasse, à Meknès, cela n’a déjà pas été facile. Mais à terme, j’ai la certitude d’être accepté.

– La certitude ?

– Oui, dès que j’aurai abattu cinq Allemands et que je serai un As.

– Je ne veux pas être désagréable, mais…

– Si je me fais tuer avant ? Alors je serai accepté aussi, et peut-être mieux encore, même si seuls mes successeurs en profiteront…

– Je vois… Et si tout va bien pour vous, vous espérez faire carrière dans l’Armée de l’Air ?

– Si je sors vivant de la guerre, vous voulez dire ? J’espère devenir le premier Chef d’Etat-Major de la Force Aérienne Algérienne. Oh, non, je vous en prie, n’écrivez pas cela, je vous en prie.

De fait, ce dernier échange ne figure pas dans l’article envoyé par Bill Clifton à New York. Il a été retrouvé après la guerre dans ses notes, chez sa logeuse à Alger.

 

Afrique Orientale Italienne

Ouest : Le retour du Lion de Juda – Après Buré, la poursuite

Carnets du commandant Salan : « Le reste des troupes italiennes, en pleine retraite, a été de nouveau accroché le 7 près de la rivière Chakara. Le soutien de la garnison de Dembecha leur a permis de se dégager, malgré de nouvelles pertes.

Après une pause le 8, les éclaireurs du 108e Goum n’ont pu que constater l’évacuation du fort. Selon les écoutes de Khartoum, cette évacuation a été effectuée en contraction absolue avec les ordres reçus par le commandant italien.

La prise du fort de Dambacha et la destruction de Fort Emmanuel, autre point d’appui de la ligne de défense italienne, à l’est de la rivière Tamcha, nous permet d’envisager dès maintenant de nous emparer des forts protégeant Débré Marquos. »

 

 

10 février

Corse

Le radar britannique d’alerte avancée intallé près du Mont Cinto est totalement détruit par des Ju-87 après trois jours d’attaques répétées.

 

Afrique Orientale Italienne

Nord : l’offensive indo-australienne – Asmara

Les troupes italiennes en retraite ne sont pas en mesure de monter une résistance efficace et doivent se contenter d’actions de retardement. Devant l’échec de ces actions, Asmara est déclarée ville ouverte et les troupes indiennes y entrent sans coup férir.

 

2/3 3/3



[1] Effet des interceptions Enigma, mais aussi du décryptage des codes italien (les machines italiennes utilisées étaient d’un modèle courant et non pas du type de celui déployé par l’armée allemande).

[2] Le beau-frèrissime, en raison de son lien de parenté (ils ont épousé les sœurs Carmen et Zita Polo) avec Franco, el generalísimo.

[3] España Dos regroupe les cours des bourses de Madrid et Barcelone, les résultats des courses, les comptes-rendus des corridas, etc.

[4] Le dateline (en franglais dans le texte) d’une dépêche d’agence indique sa date et son origine. Il est quelquefois complété par un byline (autre franglais) qui précise le nom de son auteur.