Avril 1941 (1/3)

 

1er avril

Albanie

En ce jour prédestiné, le général Erwin Rommel, commandant du tout nouveau Skandenberg Korps, se moque du monde : contrairement à ses ordres, il lance une contre-attaque pour briser l’encerclement de Durres par les Grecs et les Britanniques et, ce faisant, il prétend n’attaquer que les unités britanniques opérant en Albanie (l’Allemagne n’est en effet pas encore officiellement en guerre avec la Grèce).

A ce moment, la British Expeditionary Force in Greece (BEFIG) atteint près de 100 000 hommes, avec la 6ème Division Australienne, la 2ème Division Néo-Zélandaise, les 4ème et 5ème Divisions Indiennes et la 7ème Division Blindée, plus le 7ème RTR. Le corps français, baptisé “Armée d’Orient”, atteint environ 30 000 hommes.

Le soutien aérien est également important – du point de vue de la RAF bien sûr. La BAFG (British Air Force in Greece) se compose de cinq squadrons de chasse, dont quatre sur Hurricane (n° 33, 73, 80 et 112) et un sur Blenheim IVF (n°30), cinq squadrons de bombardement, dont 4 sur Blenheim (n°11, 84, 113 et 211) et un sur Wellington (n°70), un squadron de coopération (n° 208, doté de Hurricane et de Lysander), plus deux squadrons sur Sunderland (n°228 et 230). Il faut y ajouter la 39ème Escadre Mixte française, avec un GC, un GB et un GR, basée en Crète et dans le Dodécanèse. La RAF a même constitué une réserve de cinq squadrons avec trois de chasse (RAF n°250, RAAF n°3 et SAAF n°2, en cours de conversion sur Tomahawk à Alexandrie) et deux de reconnaissance-bombardement (RAF n°39 et SAAF n°24, sur Martin Maryland).

Cependant, les forces alliées sont dispersées : si certaines ont avancé en Albanie avec l’armée grecque, d’autres ont été conservées pour garder la frontière gréco-bulgare ou pour se porter au secours de la Yougoslavie si Belgrade décidait (ou était forcée) d’entrer en guerre ; enfin, les Français sont encore, à cette date, en train de faire mouvement de Volos vers le nord.

 

Affaire d’Irak

Bagdad

Dans la soirée, un coup d’état, le sixième en moins de dix ans, renverse le Premier ministre Taha Pacha et chasse le régent Abd al-Ilah et le ministre des Armées Noury Saïd. La monarchie n’est cependant pas abolie.

Les conjurés – il s’agit bien sûr des colonels du Carré d’Or et de leurs amis– n’ont pas tenu compte des mises en garde de Herr Grobba. Le délégué de la Wilhelmstrasse – et, plus encore, de la Tirpitzufer – n’a pas cessé de faire valoir que l’aide promise par l’Allemagne s’accroîtrait considérablement dès que les Alliés auraient été chassés de Grèce, ce qui ne saurait tarder. Mais ses interlocuteurs lui ont répliqué qu’ils avaient payé le prix fort pour connaître l’efficacité des services secrets de Sa Majesté et la cruauté des sbires du régent. L’article paru le 8 mars dans le Jerusalem Post les avait beaucoup inquiétés, leur laissant craindre une opération de nettoyage brutale menée préventivement par le régent pour les Britanniques. Ils ont estimé qu’il leur fallait agir tout de suite, quels qu’en soient les risques. La seule chose que Grobba ait pu obtenir est l’autorisation pour l’Allemagne de préparer dès le coup d’état la montée en puissance de ses forces en Irak, en prévision de l’affrontement avec les troupes alliées qui semble inéluctable (même si Rachid Ali prétend encore qu’il espère l’éviter).

De son côté, le régent est parvenu à se réfugier, comme Noury Saïd, sous l’aile des Britanniques. Sortant pour une fois de son aboulie, il promet les pires châtiments à ses ennemis.

La population irakienne apprend la nouvelle avec une indifférence mêlée de quelque satisfaction. Trop récente, tenue par tous pour aussi étrangère que les anciens suzerains turcs, la dynastie ne s’est jamais enracinée dans le pays. Elle est d’ailleurs englobée dans le mépris que les Irakiens, peuple de vieille civilisation, vouent aux “brigands du Hedjaz” ainsi qu’ils les qualifient. Par contre, Rachid Ali, pas encore réinstallé à la tête du gouvernement, bénéficie d’une popularité véritable qui lui vaut cependant plus de sympathies que de soutiens actifs, sauf dans l’armée, professionnellement plus portée sur l’action concrète.

Sur le papier, les Irakiens pourraient aligner quatre divisions (deux dans la région de Bagdad, une à Kirkouk et l’autre à Al-Diwaniyah, entre Bagdad et Bassorah) et une grosse brigade motorisée (à Fallujah). La plupart des officiers supérieurs de ces unités ont servi dans les forces turques pendant la Première Guerre mondiale et y ont acquis une certaine expérience. Les jeunes cadres, formés à l’anglaise mais nationalistes, rêvent d’en découdre. Néanmoins, les soldats, dont le recrutement reflète la mosaïque d’ethnies du pays, paraissent aussi peu motivés que mal entraînés. Malgré l’aide discrète des Italiens, ils sont mal équipés – ce à quoi la Grande-Bretagne s’est gardée de remédier.

Quant à l’aviation, dite Royal Iraqi Air Force (RIAF), faute d’infrastructures et de personnels qualifiés, elle ne semble guère en mesure d’utiliser effectivement tous ses appareils – qui sont de toute façon assez loin d’être du dernier cri. Il s’agit de 35 Hawker Nisr[1] (squadron n°1), 15 Gloster Gladiator (squadron n°4), 15 Breda 65 (squadron n°5), huit DH-84M Dragon Rapide gréés en bombardiers légers et quatre SM-79B (version bimoteur du Sparviero)[2]. A ces 77 avions de combat s’ajoutent quelques avions de liaison (DH Dragon Rapide, DH Dragonfly, Avro Anson) et d’entraînement (Tiger Moth).

Les Britanniques, pris au dépourvu, se contentent de mettre en alerte le peu de troupes dont ils disposent dans le pays : essentiellement la 10e Brigade d’Infanterie à trois bataillons, arrivée à Bassorah début janvier[3] et, à Mossoul, un bataillon, le 3e London Rifles, chargé de veiller sur cette région pétrolière. Depuis la capture des quatre Brandenburger par les services du lieutenant-colonel Dujardin, le 3e London Rifles a été renforcé en hâte par deux groupes de 25-livres du Royal Horse Artillery et trois pelotons d’automitrailleuses Rolls-Royce du 11e Hussars, stationnés jusqu’alors en Palestine. Il faut y ajouter un groupe de trois compagnies motorisées de la Légion Arabe en place à Ar-Rutbah, sur la route d’Amman et, à Bassorah, un détachement de la Royal Navy avec une compagnie des Royal Marines.

Enfin et presque surtout, la Royal Air Force stationne sur la base d’Habbaniyah (80 kilomètres à l’ouest de Bagdad), dont les terrains sont utilisés pour le transit et l’entraînement, et sur celle de Shaibah (près de Bassorah). Les Britanniques ne peuvent mettre en ligne qu’un échantillonnage d’avions de combat hors d’âge – ou, au mieux, dépassés – et des appareils d’entraînement, gardés par une poignée d’hommes.

Quelques bataillons et de vieux avions, c’est peu pour tenir un territoire de 437 000 km2. Mais, du point de vue de la Grande Bretagne, seules comptent la maîtrise de ses liaisons aériennes avec l’Inde et l’exploitation du pétrole : par conséquent, à l’exception des environs de Bagdad et de Mossoul, elle concentre ses moyens sur le trajet des pipe-lines[4] Irak-Méditerranée et sur le terminal de Bassorah. Le reste n’est que du désert, d’aussi peu d’intérêt pour Britannia que ce Sahara où le Colonial Office, grand seigneur, a permis au coq gaulois de se dresser sur ses ergots. C’est du moins le point de vue du dit Colonial Office.

 

 

2 avril

Paris – Ambassade d’Allemagne

Otto Abetz, au détour de l’une des fastueuses réceptions offertes par l’ambassade au gratin parisien, annonce à Pierre Laval et à Simon Arbellot que le Reich a jugé contraire aux dispositions de l’armistice du 20 août 1940 tout accord entre Havas-OFI, qui avait sollicité la possibilité de se réabonner à Associated Press et à United Press, et ces agences américaines.

En outre, le Reich n’estime pas possible d’autoriser Havas-OFI à envoyer de nouveaux correspondants hors de France, que ce soit dans les pays neutres ou chez les alliés de l’Allemagne. Qui plus est, Havas-OFI devra dans les meilleurs délais rapatrier les trois correspondants maintenus jusqu’alors à Madrid, Stockholm et Lisbonne et dont la censure allemande caviarde d’ailleurs systématiquement tous les envois. Il est vrai que certains rapports de l’Abwehr accusent ces journalistes de collusion avec le 2e Bureau ou – pire ! – avec Havas Libre.

Dorénavant, Havas-OFI dépendra exclusivement du DNB allemand pour tout ce qui concerne l’actualité hors de France, si l’on excepte le dépouillement, forcément tardif, des rares journaux étrangers qui parviennent encore à Paris.

 

Affaire d’Irak

Londres

L’éditorial du Times sur le coup d’état en Irak indique le ton du jour : « Sources in Whitehall say Mr Rachid Ali’s Coup is a nuisance, nothing more, which is to be dealt with accordingly, on its own merits - if any. » La BBC donne quelque retentissement à ce texte méprisant, d’évidence inspiré d’en haut, dans ses émissions en toutes langues.

En bref, la Grande-Bretagne entendrait, à ce stade, se montrer pragmatique. C’est ce que recommande Sir Archibald Wavell, commandant en chef au Moyen-Orient, pour éviter de trop disperser ses forces, déjà écartelées entre la bataille de Grèce, l’occupation de la Cyrénaïque et de l’Afrique orientale et le maintien de l’ordre en Palestine. Elle n’exclurait même pas, à en croire le Times, de négocier un compromis qui ne lui coûterait ni un homme, ni un penny, si Mr Rachid Ali avait le bon sens de renoncer à l’alliance allemande.

En réalité Churchill, comme toujours d’humeur batailleuse, ne l’entend pas de cette oreille. Il bout de fureur à l’idée que Bassorah, qu’il tient pour l’un des joyaux de la Couronne, puisse se trouver en danger. À peine a-t-il achevé la lecture du grand quotidien conservateur – qui fut en son temps, ce qu’il n’a pas pardonné, l’un des porte-parole de l’appeasement – que plusieurs membres du cabinet, jusqu’à son vice-Premier ministre Clement Attlee, sont les victimes du bouillonnement de sa colère. Colère qui s’exprime également dans les télégrammes comminatoires adressés en rafale à Wavell.

Berlin

A l’annonce du coup d’état irakien, le Reich n’a pas le choix : il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur. L’OKW se prépare à lancer la phase active de l’opération Ostmond. Sans doute la diversion pour Barbarossa risque-t-elle de faire long feu, tout au moins l’affaire irakienne détournera-t-elle quelques renforts alliés du front grec.

Pour le public, l’agence DNB diffuse en fin de matinée une déclaration du ministre Joachim von Ribbentrop reconnaissant au nom du Führer le nouveau régime irakien et lui promettant l’amitié et l’aide de l’Allemagne. Jamais avare de gaffes, Ribbentrop ajoute que l’ambassadeur Fritz Konrad Grobba a déjà rejoint son poste et présentera dans les meilleurs délais ses lettres de créance aux dirigeants de Bagdad.

Rome

18h00 – Mussolini a pris son temps avant de saluer à la radio « le combat victorieux auquel s’apprêtent les fils de l’Islam. »

Damas

Les troupes françaises du Levant reçoivent l’ordre de se mettre sur le pied de guerre. Il s’agit, pour l’essentiel, d’unités de souveraineté, les “troupes spéciales du Levant”, d’une valeur combative parfois discutable et, en général, mal équipées.

Il faut cependant compter avec une série d’unités motorisées : le 11e RCA, à deux bataillons de chars R-35 en garnison à Alep, le RACL de Tripoli, à deux groupes de 75 et un groupe de 105 tractés, les trois bataillons du 6e RICMS déployés dans le Djebel Druze, à Damas et à Deir ez-Zor, les compagnies portées de la Légion Etrangère (CPLE) de Palmyre qui nomadisent dans le désert syrien[5], la compagnie mobile de fusiliers-marins de Lattaquieh, les 18e et 24e groupes autonomes d’Artillerie de montagne du Hermon et de la Bekaa, les batteries divisionnaires de 25 antichars de Damas et Homs et, s’il est opérationnel, le 1er groupe de compagnies des Chasseurs libanais.

Il y a là de quoi former une division de marche qui pourrait peser dans la balance. Le matériel automobile, bien entretenu, n’est pas de première jeunesse en général, ni forcément adapté à de longs trajets sur les pistes. Pour l’essentiel, il n’a pas été renouvelé depuis le début de la guerre et on attend avec impatience les 4x4 et les 6x6 américains promis par Alger. L’équipement radio est aussi suranné qu’insuffisant en nombre. Faute de dotations, on n’a pu descendre en dessous du niveau compagnie ou batterie, sauf aux CPLE. Au 11e RCA, seuls cinq chars par bataillon sont dotés d’un émetteur-récepteur. Du moins a-t-on assimilé et retenu les leçons de la Bataille de France : on s’est entraîné à se servir de ces radios vite et en clair.

Par ailleurs, le 8e Zouaves, reformé en Tunisie et équipé à neuf, est en cours de transfert à bord de quatre navires marchands. Il est attendu le 5 à Beyrouth, où il devait remplacer le 6e RICMS.

Sauf la Légion et les fusiliers-marins, ces unités se conforment au schéma adopté au Maroc sous l’impulsion du général Olry dès septembre 1940 : elles assurent une triple fonction de souveraineté, de veille à la frontière syro-turque et, d’abord, d’instruction.

L’Armée de l’Air aligne d’une part le 1er Groupe de marche du Levant, composé de six chasseurs Morane MS-406 révisés à neuf, de huit Morane MS-410[6] et de 12 Potez 63/11 de bombardement léger et de reconnaissance, d’autre part le 2e Groupe de Marche du Levant, composé de huit MS-406, 10 Potez 63/11 et 8 North-American T-6 d’entraînement convertis en avions de reconnaissance et d’appui au sol. Sur le plan qualitatif, son potentiel local surclasse de loin celui, plus que vieillissant, de la RAF (et de la RIAF !).

Bagdad

Prévenu trop tard par Bassidj, le major O’Flanaghan s’est fait tancer d’importance au téléphone par le colonel Carbury, qui n’a pas mâché ses mots. Entre deux expressions idiomatiques de l’Armée de Sa Majesté, Carbury lui a promis dix ans d’exil au fin fond de l’Assam, à Cherrapunji, l’endroit le plus humide de la planète. Mais O’Flanaghan est encore plus furieux d’avoir été joué que de cette sinistre perspective. Sentant bouillir son sang irlandais, il s’est juré d’abattre de sa propre main le fameux Grobba, cet ambassadeur de contrebande, auquel il compte bien refuser sans pitié l’immunité diplomatique.

 

Gibraltar

Le porte-avions HMS Formidable appareille avec un lot de Fulmar et d’Albacore neufs pour aller renforcer la flotte de l’amiral Cunningham à Alexandrie.

 

Indochine

Les forces françaises contiennent les forces thaï à l’ouest de Siem-Réap. Les Thaï lancent alors en avant leurs chars de fabrication japonaise, mais cette attaque est brisée par les 47 mm antichars des Français. L’activité aérienne des attaquants est très importante, et le commandement local français affirme avoir intercepté des communications radio en japonais sur les fréquences des forces aériennes thaï (RThAF).

 

 

3 avril

Affaire d’Irak

Bagdad

Rachid Ali est proclamé à nouveau Premier ministre. Fritz Konrad Grobba, sortant de sa clandestinité, s’empresse de lui présenter ses lettres de créance.

Pour premier geste du nouveau gouvernement, Rachid Ali convoque l’ambassadeur de Sa Majesté, Sir Kinahan Cornwallis GCMG CBE DSO. Il lui fait part de son désir de voir la lettre et l’esprit du traité anglo-irakien de 1932 respectés de part et d’autre. Sir Kinahan, dans l’attente de directives plus précises du Foreign Office, fait appel à toute son expérience (il est en poste au Moyen-Orient depuis 35 ans) pour se borner à répondre que cela va de soi.

Deux Hawker Nisr survolent à basse altitude la base d’Habbaniyah, qu’ils connaissent bien – presque tous les pilotes irakiens y ont été formés. Après cette tentative d’intimidation, Sélim Bassidj avertit O’Flanaghan que des mouvements de l’armée irakienne vers cette base sont prévus pour le surlendemain.

 

 

4 avril

Affaire d’Irak

Aérodrome de Vienne-Schwechat

L’Oberstleutnant Kurt Zapanski a été reçu l’avant-veille par Goering en personne (qui semble n’avoir pas bien saisi que le Führer considérait l’affaire Lune d’Orient comme une diversion). Dûment chapitré par le Reichsmarschall, il commence à organiser la Trasta 789. S’il peut rassembler sans peine les éléments de personnel au sol, puisque les pertes essuyées pendant l’opération Merkur ont contraint l’état-major de la Luftwaffe à fusionner par deux ou par trois ses groupes de transport étrillés par l’Armée de l’Air et la RAF, les avions lui font défaut. Il ne dispose, pour commencer, que d’un unique Junkers Ju-90 dont les quatre moteurs BMW 139, arrivés à bout de potentiel malgré leur robustesse légendaire, doivent être changés !

Berlin lui promet pour le lendemain deux autres Ju-90, peut-être même trois, et le seul Focke-Wulf FW-200 qui figure au tableau d’effectifs de la 789.

Albanie

Les forces britanniques lancent dans la plaine au sud de Durres une contre-attaque très malheureuse contre les deux divisions de Rommel. Les chars Cruiser et Matilda attaquent, tentent de poursuivre les panzers qui semblent battre en retraite et sont victimes des canons allemands embusqués, PaK-50mm et Flak-88mm. Ce scénario se répète à de nombreuses reprises et plus de cent chars britanniques sont détruits en une seule journée.

Simultanément, les squadrons de la RAF présents au-dessus de la plaine côtière d’Albanie, qui doivent soudainement faire face à l’assaut de la totalité du Xe FliegerKorps, ont du mal à résister. Deux des squadrons sur Tomahawk (Hawk-81) qui s’entraînent à Alexandrie vont être transférés en Grèce.

Bagdad

On signale des incidents. Des Européens ont été pris à partie par les foules chauffées à blanc par les proclamations enflammées de Radio Bagdad, où le grand Mufti Ali Husseini appelle au djihad. L’ambassade du Royaume-Uni et le consulat général de France s’apprêtent à lancer les mesures d’évacuation.

 

 

5 avril

Affaire d’Irak

Aérodrome de Vienne-Schwechat

Hans Jeschonnek a tenu ses promesses, à la surprise de Kurt Zapanski. Avant midi, ce dernier a vu atterrir d’abord le FW-200 (prélevé sur la réserve spéciale du haut commandement de la Luftwaffe !) puis trois Ju-90. Il donne ordre que les cinq avions dont il dispose désormais soient révisés à fond et entièrement peints en bleu marine. Cette couleur fort seyante de nuit détonera moins avec les marques de la Lufthansa que tous doivent porter que le noir, un peu trop militaire, au cas où une erreur de navigation, il va de soi involontaire, conduirait un avion à pénétrer dans l’espace aérien turc.

Beyrouth

Le 8e Zouaves commence à débarquer. Le général Dentz et le général de Larminat ont décidé de l’envoyer directement sur Palmyre, qu’il devrait atteindre assez facilement grâce à ses 4x4 et 6x6 GMC que tout le monde dans les Troupes du Levant admire et jalouse. On lui envie aussi ses radios américaines SCR 511 et 536 qui dotent jusqu’aux sections.

Bagdad

Sur instructions d’Anthony Eden, Sir Kinahan Cornwallis a envoyé le troisième secrétaire de l’ambassade informer Rachid Ali que la Grande-Bretagne va débarquer à Bassorah, à partir du 10, ses 21e et 25e Brigades d’Infanterie pour compléter les effectifs de la 10e Division Indienne, dont la 10e Brigade est en Irak depuis fin janvier. Le Premier Ministre irakien réplique qu’il est hors de question pour l’Irak d’accueillir de nouvelles unités avant que celles qui s’y trouvent déjà n’aient quitté le pays pour la Transjordanie et la Palestine. Il ajoute que les 21e et 25e Brigades ne seront de toute façon admises qu’en transit.

Le diplomate, dûment chapitré par Sir Kinahan, indique à Rachid Ali qu’il ne peut que transmettre son propos à qui de droit. Il croit cependant pouvoir lui affirmer, à titre personnel, que le gouvernement de Sa Majesté britannique rejettera ses demandes.

Quelques heures plus tard, on note le premier signal d’hostilité irakienne : un avion de transport Valentia essuie des tirs (sans dommage en dépit de sa lenteur) en survolant la station de pompage K4 du pipeline d’Haïfa. Les civils britanniques et français, les rares Belges et les quelques Néerlandais commencent à se diriger vers Habbaniyah. On constate de l’inquiétude mais aucune panique.

RAF Habbaniyah

Le Wing-Commander Arthur Davies DFC AFC, commandant de la base, fait l’inventaire de ses moyens de défense. Ils se résument à une clôture de barbelés continue, deux sections de RAF Infantry, une poignée d’automitrailleuses Lanchester à bout de souffle et quatre compagnies d’auxiliaires irakiens chrétiens, les Assyrian Levies. Son armement lourd est limité à deux 6-inch 26-cwt Howitzers, obusiers déjà démodés en 1915, qui décorent le jardin du mess des officiers, et à des mitrailleuses Lewis de .303 qui ont vu le feu à Gallipoli et à Paschendaele (mais marchent encore fort bien).

Les avions de la 4e Training School et du détachement de liaison, des Hawker Audax, des Fairey Gordon et des Vickers Valentia, ne valent pas mieux. Il n’y a rien de plus moderne à faire voler que des Airspeed Oxford désarmés et un unique Bristol Blenheim I.

Des éléments des 1ère et 3e divisions de l’armée irakienne, en garnison à Bagdad, commencent à prendre position autour du périmètre de la base, à distance respectueuse il est vrai. Deux Audax de la RAF envoyés en reconnaissance à basse altitude se font tirer dessus à la Vickers, sans grande conviction. Ils s’en sortent avec quelques trous dans l’entoilage de leur voilure et de leur fuselage.

 

 

6 avril

Brest

Six Beaufort de la RAF attaquent le port. Le Gneisenau, à l’ancre, reçoit une torpille qui lui vaudra plusieurs mois de réparations.

 

Affaire d’Irak

Londres

Alors que, par tradition, l’Irak relève de l’Indian Command, le général Sir John Dill, chef de l’État-Major Impérial (CGIS), décide de le placer désormais sous l’autorité du Middle East Command, en dépit des objections soulevées par le général Wavell, qui, fait-il valoir à Londres, s’estime « assis devant une table décidément trop bien garnie. » Winston Churchill n’a que faire de ces réticences. Le Premier ministre, il est vrai, a tendance à comparer Archibald Wavell au consul Fabius Cunctator.

Aérodrome de Vienne-Schwechat

L’effectif de la Trasta 789 est désormais au complet avec l’arrivée de trois autres Ju-90 (ce qui fait sept en tout) et de deux Junkers Ju-52 de servitude. L’Oberstleutnant Zapanski, encore étonné de la diligence dont fait preuve l’état-major de la Luftwaffe, entame la préparation du transfert de son unité dans les deux jours sur l’aérodrome de Tirana, tout juste réoccupé par l’Axe grâce aux contre-attaques de Rommel et seul dans la région à posséder une piste en dur assez longue pour ses avions.

Damas

Le général Dentz mobilise les deux seuls Amiot 143 de transport dont il dispose pour monter à Deir ez-Zor un dépôt de carburant et de ravitaillement destiné aux troupes qui feront mouvement vers l’Irak à partir du surlendemain, en suivant la piste à peu près roulante qui longe le pipe-line Kirkouk-Tripoli.

Confiée au général de Larminat, promu divisionnaire le 1er avril, la division légère de marche du Levant (DLML) comprendra un bataillon de R-35 du 11e RCA, dont les porte-char ont déjà pris la route, les six CPLE de Palmyre, les trois bataillons du 6e RICMS, le 8e Zouaves, la compagnie mobile de fusiliers-marins et quatre compagnies de Chasseurs libanais. L’artillerie se limitera à deux groupes de 105 et 75 du RACL et à la batterie de 25 de Damas. Des mitrailleuses Hotchkiss sur affût double tiendront lieu de DCA. L’apport du Génie va se limiter à une compagnie de sapeurs mineurs, une section de pontonniers et une section de radio-télégraphie. La logistique sera assurée par le 32e groupe autonome du Train du Levant, formé pour l’essentiel de personnels originaires d’Indochine.

Jérusalem

Le lieutenant-général Edward Quinan CB DSO OBE est nommé commandant en chef d’une “Iraqforce” à constituer. Elle comprendra notamment la 10e Division Indienne (la 10e Brigade est déjà à Bassorah et les 21e et 25e Brigades sont attendues d’un jour à l’autre) et les unités qu’il jugera possible de dégager sur les effectifs, déjà minces et seulement en début de motorisation, des garnisons de Palestine et de Transjordanie. Le major-général William Slim, remplaçant le général Fraser, malade, prendra la tête de la 10e Division dès qu’elle sera au complet, et le major-général John Clark celle des troupes mises à la disposition d’Iraqforce par le commandement de Jérusalem.

En première analyse, Quinan et Slim estiment possible de transporter la 21e Brigade par bateau à roues à aubes sur le Tigre de Bassorah à Kut – ce sera l’opération Regatta – et de confier la 25e Brigade à des remorqueurs et des péniches qui remonteront l’Euphrate au plus loin – opération Regulta. Déjà présente dans le sud, la 10e Brigade suivra le tracé de la grande route et de la voie ferrée Bassorah-Bagdad. La Palestine et la Transjordanie pourraient apporter à l’Iraqforce la 4e Brigade de Cavalerie, le 3e Bataillon de l’Essex Regiment, la 18e Brigade d’Infanterie Australienne et deux groupes de compagnies de la Légion Arabe qu’appuiera son détachement mécanisé. Ces unités devront se rassembler à Amman. Elles suivront par étapes les 800 kilomètres de la piste d’excellente qualité qui relie la Transjordanie à Bagdad.

RAF Shaibah (près de Bassorah)

Le Middle East Air Command transfère de Palestine et d’Égypte sur le terrain de Shaibah un light Squadron de dix-huit bombardiers Wellington et un Flight de neuf Gladiator. Ils viennent utilement renforcer les 17 Hawker Vincent du Sqn 244 et les sept transports du Sqn 31 (quatre Douglas DC-2 et trois Amstrong-Withworth Atalanta ; les six Valentia du squadron ont été transférés à Habbaniyah).

RAF Habbaniyah

Les civils continuent d’affluer dans le périmètre de la base. En fin de journée, on va décompter près de 9 000 personnes, dont quelque 5 400 femmes et enfants. Si les tentes pour les abriter et l’eau ne manquent pas, les stocks de nourriture risquent d’être vite épuisés.

Le Wing-Commander Davies, violant le sacro-saint repos dominical, a fait creuser des tranchées, disposer des emplacements de combat et installer des nids de mitrailleuses. Les armuriers de la RAF s’échinent à remettre en ordre de tir les deux obusiers pour lesquels un stock de projectiles a été découvert au fond d’une soute à munitions qu’on croyait vide depuis 1932. Avec une pointe d’humour à froid, Davies rappelle à ses supérieurs « with due respect » qu’Habbaniyah se situe sur la rive sud du lac éponyme et a toujours exercé la double fonction de terrain d’aviation et d’hydrobase. Il pourrait donc être renforcé et ravitaillé de Bassorah par hydravions, ajoute-t-il.

Les forces irakiennes, estimées à deux brigades, ont achevé d’encercler le périmètre. Elles font preuve d’une discipline de feu qui surprend – à moins qu’elles ne soient contraintes de ménager leurs munitions.

Rasheed Air Base (Bagdad)

Dès le déclenchement du coup d’état, les conjurés ont pris le contrôle de la base aérienne, dans la banlieue de la capitale, et les Brandenburger de Kalwer ont eu les mains libres. L’émetteur de radio-gonio qu’ils ont installé fonctionne à la fin de la journée. Cependant, son calibrage, sur Radio Berlin ondes courtes puis sur Radio Le Caire ondes longues, sera difficile.

Oasis de Deir Hassem (nord de l’Irak)

Le Leutnant von Stroltz rend compte qu’il a repéré, à une quarantaine de kilomètres de Mossoul, une zone qui se prêterait bien au largage de parachutistes. Il souligne que Deir Hassem n’est peuplée que de quelques familles appartenant à la minorité turcomane, très hostile aux Britanniques. L’oasis est situé entre Sinjar et Tall Aghfar, dans la province de Minawa, se prêtera bien aux actions contre Mossoul, à moins de cent kilomètres. Von Stroltz recommande d’équiper les troupes qui sauteront de Panzerbüchsen Boyes, récupérés en Norvège ou à Dunkerque[7]. Ces armes permettront si besoin de faire face aux automitrailleuses Rolls-Royce, qui sont ce que les Anglais possèdent dans la région qui ressemble le plus à un blindé.

La zone de saut, éloignée du hameau de trois kilomètres, mesure approximativement deux kilomètres et demi sur six cents mètres. C’est un reg autrefois dépierré par des paysans et irrigué avant d’être abandonnée à la friche. N’oubliant pas qu’il appartient à la Luftwaffe, Von Stroltz croit devoir noter que ce même terrain pourrait peut-être se prêter à l’accueil de bombardiers Heinkel 111 ou Dornier 17, qui tolèrent des conditions assez rustiques de décollage et d’atterrissage, voire à celui de chasseurs Bf. 110. Un bosquet d’oliviers retournés à l’état sauvage abrite, à l’écart, la haute margelle d’un puits toujours en eau (un peu saumâtre, mais ce détail ne figure pas dans le rapport). Et les arbres apporteraient de l’ombre aux tentes du personnel. Néanmoins, von Stroltz ajoute qu’il doit « émettre des doutes sur l’indice d’octane de l’essence d’avion disponible en Irak. »

Il ne mentionne d’ailleurs pas d’où viendrait cette essence, ni les munitions en général nécessaires à l’action d’un avion de combat.

 

Indochine

L’intensité de la bataille pour Siem-Réap s’accroît encore. La RThAF est très active et soutient les attaques des troupes thaïlandaises par des raids de Ki-30 et de Ki-51. Des bombardiers moyens Ki-21 frappent Phnom-Penh.

Dans le golfe de Siam, le sous-marin français Casabianca coule un cargo japonais bourré d’armes, provoquant une violente protestation diplomatique de Tokyo. Le gouvernement japonais commence à masser des troupes sur la frontière sino-vietnamienne.

 

 

7 avril

Londres

Première mise en ondes dans les studios de la BBC, à Bush House, du canevas d’une émission “noire” destinée aux forces allemandes d’occupation en France et en Wallonie. Cet essai “à blanc”, sans diffusion, sera suivi les jours suivants d’une répétition du programme destiné aux unités de la Wehrmacht stationnées en Flandres et aux Pays-Bas. On affirmera, pour brouiller les cartes, que l’émetteur est situé “quelque part dans le Grand-Duché” – ce qui devrait donner des sueurs froides à ces messieurs de la Gestapo.

Pierre Bourdan et Sefton Delmer prévoient de procéder aux réglages et aux mises au point durant le restant du mois d’avril et de commencer la diffusion proprement dite au cours de la première semaine de mai. Il reste aussi à compléter l’équipe recrutée, pour l’essentiel, dans les milieux juifs de l’émigration allemande et autrichienne en Grande Bretagne.

Les programmes prévus pour les troupes italiennes, nettement moins avancés dans leur préparation, ne devraient pas débuter avant l’été.

 

Albanie

A la suite de la bataille de Durres, les forces allemandes entrent à Vlöre après avoir sévèrement châtié les unités blindées britanniques. Plus de 3 500 soldats du Commonwealth sont faits prisonniers. Les troupes grecques et britanniques sont repoussées vers Gyrokaster. En une semaine, Rommel a reconquis la majeure partie de l’Albanie. Cette victoire impressionne considérablement le gouvernement yougoslave.

                    

Affaire d’Irak

Palmyre

Le général de Larminat installe le PC avancé de la DLML. Réputé pour son refus des conformismes, il va articuler ses forces en un groupe de reconnaissance divisionnaire – la compagnie mobile de fusiliers-marins, quatre CPLE et la batterie de 25 antichars – et en deux groupements tactiques formés autour du 6e RICMS et du 8e Zouaves. Chacun d’eux va réunir, outre son régiment d’infanterie, deux compagnies de R 35 à vingt chars (malgré la fusion Chars-Cavalerie, effective depuis le 1er janvier, le 11e RCA reste organisé en bataillons, compagnies et sections), une CPLE et deux compagnies de Chasseurs libanais, avec une batterie de 75, une batterie de 105 et une section de sapeurs-mineurs.

Dès que la DLML sera rassemblée, elle se dirigera vers Deir ez-Zor, puis, d’entente avec les Britanniques, elle montera au nord-est vers le Bec de Canard puis vers Mossoul (afin de prêter main forte au 3rd London Rifles) et s’assurera enfin de la région de Kirkouk.

Bagdad

Rachid Ali remercie le Führer d’avoir si rapidement reconnu son régime. Il lui promet d’envoyer à son tour, dès que les circonstances le permettront, un ambassadeur à Berlin. Son télégramme, en clair, est intercepté par les écoutes britanniques, tout comme un message de remerciement adressé au Duce, qui exprime l’espoir que l’Irak et l’Italie pourront bientôt échanger des diplomates. Sir Kinahan Cornwallis revêt alors sa jaquette pour aller présenter à Rachid Ali une “note verbale” de protestation.

Rasheed Air Base

Le FW-200 de la Trasta 789 se pose peu avant le lever du soleil. L’appareil, qui a décollé de Vienne sitôt reçu le message que l’émetteur de radio-gonio était opérationnel à Bagdad, transporte une douzaine de mécaniciens et électriciens qui vont constituer le personnel d’escale. Il amène aussi le major Herbert Pfiffelsdörfer, de l’état-major du Brandenburg Regiment. Il apporte encore quinze jerricans de méthanol : l’alcool, dans la proportion de 5%, sera ajouté à l’essence locale, elle même filtrée deux fois de suite à la peau de chamois, pour remonter le degré d’octane.

L’argent distribué sans parcimonie par Herr Grobba et le savoir-faire de l’Oberleutnant Kalwer et de ses hommes ont permis de réunir à peu près tout l’outillage en cotes métriques qui faisait défaut à l’équipement de la base. Les éclaireurs allemands se sont aussi débrouillés pour le ravitaillement, en se faisant passer pour des Américains prospecteurs de pétrole. Ils ont même réussi à dénicher chez un commerçant d’origine portugaise, le senhor Oliveira de Figueira, des saucisses de porc en conserve – un exploit en pays d’Islam.

Les fonds de M. Grobba ont également convaincu les Irakiens de peindre en noir leurs quelques SM-79B achetés à l’Italie en mars 1939, comme s’ils voulaient en faire des bombardiers de nuit. Des observateurs situés à quelque distance de la base – tels les guetteurs du major O’Flanaghan – pourraient ainsi ne pas remarquer l’arrivée d’autres avions de couleur nocturne.

Avant même d’avoir été déchargé, le FW-200 est caché dans un hangar construit dans les années 20 par les Britanniques pour loger leurs Vickers Vimy. Révisé et ravitaillé, il repartira sans encombre dès la nuit tombée pour Tirana, où la Trasta 789 va stationner sur l’aérodrome de Rinas à partir du 8.

Le major Pfiffelsdörfer prend le commandement du détachement du Brandenburg, qui doit atteindre le plus vite possible la taille d’une compagnie plus une section de transmissions. Les responsables allemands n’étant pas tout à fait assurés de la fiabilité des troupes irakiennes, la tâche principale de cette compagnie sera d’assurer le contrôle de l’aéroport jusqu’à ce que l’arrivée de la compagnie promise par la Wehrmacht permette aux commandos de se consacrer à d’autres tâches. Des escouades d’action et de sabotage devront alors agir contre les chemins de fer, les ouvrages d’art, les pipe-lines…

Quelques hommes partent cependant tout de suite vers le nord-ouest avec l’Oberleutnant Kalwer rejoindre le Leutnant von Stroltz pour organiser l’arrivée des parachutistes. Ils emportent pour cela la seconde balise radio-gonio.

Al Diwaniyah

La 4e Division d’Infanterie irakienne déploie ses trois brigades jusqu’à la frontière iranienne pour barrer l’Euphrate, la voie ferrée Bassorah-Bagdad et le Tigre face aux troupes britanniques qui pourraient monter de Bassorah. Son dispositif, en ligne, tire profit des nombreuses zones de marécages de la région.

RAF Habbaniyah

Venant de Bassorah, un Short S.26 Golden Boat du Squadron 119 de la RAF amène une vingtaine d’officiers et de sous-officiers du 1er Bataillon du King’s Own Royal Regiment, ainsi qu’un lieutenant d’artillerie qui se chargera des deux obusiers. L’hydravion repart après une escale de deux heures en emmenant des malades et des mères avec leurs bébés.

Le Wing-Commander Davies fait monter des lance-bombes de fortune, dessinés par le chef-mécanicien de la base, “Chieffy” McCornell, sur les Airspeed Oxford désarmés. En dehors de bombes d’exercice, il ne dispose pourtant que d’engins d’une vingtaine de kilos, d’un modèle archaïque, qui datent de l’Autre Guerre.

 

 

8 avril

Affaire d’Irak

Berlin – Reichsluftfahrtministerium

Hermann Goering, impressionné par le rapport du Leutnant von Stroltz, étudie sur la carte avec le général Jeschonnek la possibilité d’expédier dans le nord de l’Irak, le jour venu, un Staffel de chasseurs-bombardiers Bf. 110 et un de bombardiers He-111 afin de soutenir Rachid Ali. Le Reichsmarschall, revêtu ce jour-là de vert sapin des pieds à la tête[8], est enthousiaste. « Das kann meine Luftwaffe selbstverständig tun ! » s’écrie-t-il[9].

Pourtant, compte tenu de l’autonomie des deux modèles d’appareil (et même avec des réservoirs supplémentaires pour les Bf.110), il faudrait qu’ils décollent de Roumanie ou de Bulgarie – ce qui suppose de marchander sans fin avec Bulgares ou Roumains, qui ont le patriotisme chatouilleux, et surtout gourmand, alors que l’Allemagne ne peut gaspiller ses avoirs. Pire, après la Mer Noire, il faudrait qu’ils survolent le territoire turc pour rejoindre le nord de l’Irak – ce qui pourrait difficilement passer pour une erreur de navigation, de même que les He-111 et Bf.110 ne sauraient passer pour des avions civils.

« Oui, mais si c’est une seule fois, et de nuit, le Führer… » murmure Goering en flattant sa bedaine de la paume de la main. « Ja, freilich, Herr Reichsmarschall. Wenn es nur bei Nacht und einmal ist, unsere Führer will… » approuve Jeschonnek.

– Ah, regrette Goering, si j’avais les mains libres, en deux mois, je pourrais déployer là-bas une Luftflotte de cent ou deux cents avions et y transporter une division, au moins !

– C’est un très beau projet, Herr Reichsmarschall, tempère Jeschonnek, mais comme vous le savez, ce serait une division sans aucun armement lourd ni ravitaillement et une Luftflotte sans essence ni munitions. Et puis je crois que les Anglais s’apercevraient très vite de ce déploiement et ne manqueraient pas de réagir bien avant qu’il soit terminé.

– Oui, je sais, soupire Goering, qui s’était un instant imaginé en vice-Führer d’Irak. Bon, rappelez-moi ce que nous demandent ces Messieurs de l’Abwehr.

– D’abord, maintenant que nos amis ont pris le pouvoir à Bagdad, acheminer là-bas leur compagnie de commandos. Ensuite, y transporter toutes sortes de commodités dont manquent l’armée et l’aviation irakiennes : cela va des moteurs d’avion à des fusils antichars, mais cela inclut aussi des hommes. Faute de mécaniciens, une bonne partie de leurs avions sont hors d’état de prendre l’air. Et faute de gens expérimentés pour les mener au combat, une bonne partie des pilotes risque fort de ne pas oser décoller. Bien entendu, il n’est pas question de leur envoyer des hommes de chez nous, mais avec l’argent dont elle dispose, l’Abwehr n’aura pas de mal à recruter deux douzaines de mécaniciens et pilotes dans différents pays d’Europe.

Par ailleurs, nous devrons lâcher dans le nord une compagnie de Fallschirmjägers.

Enfin, nous devons renforcer cette compagnie d’une part, les commandos de Bagdad d’autre part, en déposant là-bas les deux compagnies de la Heer qui ont été affectées à l’opération. Il faudra ensuite approvisionner nos forces, soit quatre compagnies au total.

– C’est tout ? Pas un seul avion de combat ? Ma parole, ce Canaris se moque de moi ! grogne Goering. Il veut accaparer aux yeux du Führer tout le prestige de l’opération. Mais je ne me laisserai pas faire.

Tirana – Aérodrome de Rinas

La Trasta 789 est maintenant déployée au complet. Les aviateurs italiens qui occupent la base regardent avec étonnement ces gros avions peu communs, entièrement peints en bleu sombre et porteurs d’immatriculations civiles. Ils sont plus surpris encore de voir cantonner sous les hangars une compagnie du 8e Bataillon de Fallschirmjäger et deux compagnies d’infanterie légère de la Wehrmacht, arrivées par train et camions.

Le Caire

Alors que Wavell semblait privilégier la négociation et chercher à gagner du temps, il change d’attitude et souhaite maintenant accélérer les opérations en Irak. Il presse le général Quinan de hâter ses préparatifs et d’entrer en action dès le 15, même s’il lui manquait encore à ce moment une partie de ses forces. Par le truchement des officiers de liaison, il adresse la même demande à Dentz et à Larminat.

Bagdad

La Grande-Bretagne entend donner l’impression qu’elle s’en tiendra à la lettre du traité anglo-irakien jusqu’à la dernière extrémité. Sir Kinahan en personne va informer Rachid Ali que la 21e Brigade de la 10e Division Indienne commencera de débarquer à Bassorah à partir du 10, suivie par la 25e Brigade à partir du 14. Le Premier Ministre du nouveau régime lui répète qu’il n’en est pas question avant que la 10e Brigade n’ait quitté son pays. « J’en prends acte, réplique Sir Kinahan ; je transmettrai à Londres. » Puis, sans changer de ton : « Pour éviter tout regrettable malentendu, il me faut faire savoir au gouvernement de Sa Majesté irakienne que, d’ordre du gouvernement de Sa Majesté britannique, tout survol par des avions irakiens des bases de Shaibah et d’Habbaniyah ou du port de Bassorah sera considéré par les forces britanniques comme hostile et traité comme tel. » Le diplomate n’a pas élevé la voix, mais, du haut de ses six pieds quatre pouces (1 m 90) d’os et de muscles[10], il n’en a guère besoin.

Cependant, Sir Kinahan ne compte pas trop sur l’intimidation. Avant même de se rendre chez Rachid Ali, il a fait préparer par son second, l’hon. D’Arcy Saint-Lewis CMG, le repli de tout son personnel sur la base d’Habbaniyah à partir du 15 à l’aube.

RAF Habbaniyah

Deux Short S.26 de la RAF et deux Short “class C” de la BOAC continuent d’acheminer sur place les hommes du 1er King’s Own. Au retour, ils emmènent chacun une bonne trentaine de civils vers Bassorah. Davies a fixé un ordre de priorité pour les évacuations : d’abord les malades ou blessés, puis les femmes avec des enfants, enfin, les personnes, hommes ou femmes, de plus de soixante ans. Les autres, à son avis, doivent se tenir pour mobilisés tant que durera l’investissement de la base – ce qui n’est pas accepté à l’unanimité et provoque des mouvements divers, en particulier chez les ecclésiastiques et autres missionnaires.

Par ailleurs, le Middle East Air Command ordonne le transfert du Flight de neuf Gladiator de Shaibah à Habbaniyah pour renforcer la défense de la base.

 

Indochine

Les avions français envoyés d’Algérie et assemblés à Singapour commencent à arriver à Saïgon, renforçant considérablement les forces dont dispose l’Armée de l’Air sur place.

De plus, des unités du Commonwealth se sont déployées à Saïgon - Tan-Son-Nhut, où le squadron 243 de la RAF, sur Buffalo (chasse), a été rejoint par un squadron de la RAAF sur Wirraway (appui tactique).

 

 

9 avril

Oxford – Concorde s’inquiète

Sans réponse du Comité Uranium à son message du 8 février et craignant un blocage comme celui observé en octobre par la mission Tizard-Curie, la commission Concorde estime qu’il est impératif que Marcus Oliphant et Frédéric Joliot-Curie aillent en personne présenter les nouveaux résultat de Concorde aux scientifiques américains pour s’assurer que les Etats-Unis perçoivent bien l’enjeu de ces travaux.

 

Affaire d’Irak

Palmyre

13h00 – La DLML achève sa concentration. Le général de Larminat laisse aux unités un après-midi consacré au repos et à l’entretien des véhicules. Il en profite pour réunir ses chefs de corps et leur expliquer ses intentions. Il fixe le départ pour Deir ez-Zor à 05h00 le lendemain.

Bagdad

14h00 – Sélim Bassidj apprend au major O’Flanaghan que Rachid Ali et ses amis du Carré d’Or sont divisés sur l’aide à accepter des puissances de l’Axe. Conscient des faiblesses de l’armée irakienne, le Premier ministre voudrait éviter toute agression. Mais son entourage, sensible à la propagande du grand Mufti et aux subsides d’Herr Grobba, se montre plus va-t-en-guerre, d’autant plus que les victoires remportées depuis quelques jours par les troupes de Rommel en Albanie, culminant avec la reprise de Dürres, l’avant-veille, ont renforcé le moral des anti-anglais.

Oasis de Deir Hassem (nord de l’Irak)

14h30 – L’Oberleutnant Kalwer et le Leutnant von Stroltz signalent à Berlin par radio qu’ils seront prêts à recevoir les premiers Fallschirmjägers la nuit suivante.

Tirana – Aérodrome de Rinas

21h30 – Le Kommandeur de la Trasta 789 lui-même, l’Oberstleutnant Zapanski, a pris les commandes de l’un des quatre Ju-90 qui décollent à 30 secondes d’intervalle pour un long vol, à la fin du crépuscule de printemps : 2 600 kilomètres environ, à la limite des paramètres de distance franchissable, soit huit heures de trajet au moins en croisière économique.

Trois des appareils transportent une trentaine de parachutistes dotés d’un armement et d’un paquetage légers. Le quatrième a été chargé de caisses de ravitaillement et de munitions. C’est une nuit sans lune. Les Ju-90 partent tous feux éteints, à l’exception d’un feu rouge clignotant au sommet de la dérive, parfaitement invisible du sol.

Le plan de vol prévoit que les Junkers se tiendront à 3 500 mètres d’altitude, en suivant un itinéraire jalonné par Salonique, les îles de Skiros et Kos, puis Rhodes, Chypre, Lattaquié, Tabakah, Ash Shakada et Sinjar. Les navigateurs pourront se repérer sur les phares et balises de la côte turque, allumés comme en temps de paix. Ils seront guidés jusqu’à la zone de saut par la radio-gonio confiée au Leutnant von Stroltz. Les largages terminés, les avions iront se poser avant l’aube à Rasheed Airfield, où se trouve le major Pfiffelsdörfer.

 

 

10 avril

Casablanca

Nouvelle arrivée de matériel américain, dont 36 Grumman G36A pour la force aérienne grecque, 30 Hawk-81 de la nouvelle variante A2 (avec réservoirs auto-obturants) pour l’Armée de l’Air et 30 bombardiers en piqué Dauntless SBD-1, transférés à l’Aéronavale par le Marine Corps au moment où celui-ci reçoit les nouveaux SBD-2 et SBD-3.

 

Affaire d’Irak

Oasis de Deir Hassem

04h35 – Guidés par von Stroltz, les quatre Ju-90 sont en approche, à 600 mètres d’altitude. Kalwer fait allumer huit feux de broussailles qui délimitent la zone de saut et un fumigène rouge qui indique la direction du vent : presque dans l’axe du terrain, est-ouest. Une fusée verte est tirée pour indiquer que tout est clair.

L’avion de Zapanski se présente en tête. Il effectue son premier passage, suivi par les autres appareils, fait un large 360° et revient pour un second survol. Les largages sont achevés en moins de huit minutes. Malgré la nuit et la rocaille du terrain, l’entraînement féroce auquel le général Student contraint ses paras se révèle payant. On ne dénombre qu’un mort, dont le parachute s’est mis en torche, quatre fractures et quelques égratignures. Une caisse de munitions a éclaté en percutant le sol.

Les Ju-90 reprennent de la hauteur et filent presque plein sud vers Rasheed Air Base, où ils se poseront vers 05h50.

Palmyre

05h15 – Debout dans sa Laffly ST 20 6x6, le général de Larminat lève le bras pour donner le signal du départ à la DLML. Son troisième bureau table sur une vitesse moyenne de 15 km/h et espère une arrivée à Deir ez-Zor le 11 vers 18h00. Il n’est pas envisageable de rouler à plus vive allure sur la piste de sable et de rocaille, en raison de la vétusté des porte-char du 11e RCA. Ces Berliet et ces Saurer ont déjà beaucoup vécu et exigent un entretien quotidien.

Rasheed Air Base

06h15 – Le major O’Flanaghan se flatte de nombreux points communs avec T.E. Lawrence. Il a, en particulier, la même aptitude à se travestir. Habillé en chamelier bédouin – comme son modèle, il maîtrise l’arabe dialectal – il conduit quatre méharis paître en bout de piste. Il relève avec soin chaque détail. Sans se laisser impressionner par les bimoteurs SM-79B tout noirs qui s’exhibent devant les hangars, il prend le temps d’observer à la jumelle les quadrimoteurs entourés de mécanos et d’électriciens qui s’affairent à les préparer pour leur retour sur Tirana. Le moment venu, grâce aux croquis du major, la RAF pourra bombarder les installations des Allemands sans se tromper d’objectif.

RAF Habbaniyah

Pendant que les Short S.26 et “class C” continuent leurs navettes – amenant les hommes du 1er King’s Own et évacuant les femmes et les enfants – le Wing-Commander Davies constitue la “Habbaniyah Air Strike Force” (Sqn-Ldr W. A. B. Saville) : les squadrons A (10 Hawker Audax), B (8 Fairey Gordon, 26 Airspeed Oxford arborant fièrement leurs lance-bombes bricolés et l’unique Bristol Blenheim) et D (10 Audax) sont basés sur la piste principale de la base. Le squadron C (10 Audax) et les neuf Gloster Gladiator du “Habbaniyah Fighter Flight” sont basés sur le terrain… de polo, promu (ou dégradé, selon le point de vue) au rang de piste secondaire. Les six préhistoriques Vickers Valentia du Sqn 31, incapables de dépasser 210 km/h par vent nul, font la navette avec la Transjordanie pour ravitailler la base en munitions. En dehors des Oxford et du Blenheim, tout ce petit monde est biplan à train fixe ! Malgré l’étiquette martiale de sa force, Davies a soin, même pour des exercices, de ne faire voler ses avions que vers l’ouest, sans jamais survoler Bagdad, afin d’éviter toute provocation.

En face, les forces irakiennes améliorent leurs positions autour du périmètre et commencent à installer de l’artillerie.

Bassorah

13h00 – Le RFA Walvis Bay[11], à la tête d’un convoi de quatre navires escortés par la frégate HMS Saltash, achève la remontée du Chott-el-Arab et vient s’amarrer dans le port.

14h10 – Les opérations de débarquement de la 21e Brigade de la 10e Division Indienne sont entamées avec ardeur. En effet, le général Edward Quinan DSO OBE, un Anglo-Irlandais au caractère affirmé que ses subordonnés surnomment “The Terror”, et le général William Slim, guère plus réputé pour sa douceur bien qu’il soit surnommé “Uncle Bill”, veillent à hâter le rythme !

15h30 – Trois Breda Ba-65 de l’aviation irakienne survolent par deux fois les groupes d’hommes et de véhicules en dépit de la mise en garde de Sir Kinahan. Hors de portée de la DCA des bâtiments, ces avions assez rapides sont tirés sans succès par les troupes au Bren et à la Vickers.

Berlin – Reichsluftfahrtministerium

11h30 – Hermann Goering est enthousiasmé par le compte-rendu du premier lâcher des “ses” parachutistes en Irak. Il tient plus que jamais, il le dit et le redit à Jeschonnek, à envoyer en Irak des avions de combat. Mais le Reichsmarschall, s’il ne craint pas le bluff, joue toujours petit bras et, s’il le peut, à coup sûr, surtout s’il faut désobéir au Führer. Désireux d’avoir quelqu’un avec qui partager les responsabilités, il convoque Ernst Udet.

Le Generalluftzeugmeister s’ennuie profondément dans son rôle de technicien confiné dans un bureau. Il est prêt à courir tous les risques pour combattre son spleen – et, depuis l’échec de la Bataille d’Angleterre, sa certitude d’avoir failli à sa mission, confirmée à ses yeux par les pertes de la Luftwaffe au-dessus de la Sardaigne et de la Corse. Il nourrit des idées noires et boit trop, espérant trouver un apaisement dans le champagne et le cognac.

C’est pourquoi Udet accepte sans hésitation la proposition extrêmement risquée de son vieux camarade de la Jasta 11 et du Jagdgeschwader 1 de l’aviation impériale, Hermann Goering : essayer lui-même la piste de Deir Hassem aux commandes d’un avion ! Son Ju-88 personnel, avec seulement un navigateur et un mitrailleur, l’attendra le lendemain même à l’aube à Tempelhof. Il s’envolera aussitôt pour Constantsa, qu’il devrait atteindre en fin de journée, via Vienne. Il en décollera le 12 en début de nuit et traversera la Mer Noire puis le territoire turc, avant d’aller enfin se poser en Irak.

La décision arrêtée, Jeschonnek, en parfait organisateur, n’oublie pas d’envoyer un message à Kalwer et von Stroltz pour qu’ils se procurent l’essence d’aviation dont l’avion d’Udet aura besoin pour rentrer. Il néglige seulement de leur dire où la trouver.

Par ailleurs, en manière de remerciement, Goering accepte enfin une vieille requête d’Ernst Udet : il admet son navigateur, le Flugkapitän Thorvald Junck, dans les cadres de la Luftwaffe, avec le grade de capitaine (Hauptmann) et huit années d’ancienneté à titre rétroactif. Il s’y refusait jusqu’alors, car Junck a été classé dans la catégorie des Mischlinge[12] : il est à demi-juif. C’est pourquoi il n’a pas été intégré dans la Luftwaffe et figure encore sur les contrôles de la Lufthansa, dont il garde l’uniforme. Mais le Reichsmarschall, au vrai, à l’habitude d’assener, au mépris de la logique et des lois de Nuremberg: “Ich selbst wähle, wer Jude, oder nicht Jude, ist.“[13] Le Hauptmann Junck, au demeurant, restera le navigateur de l’avion personnel du Generalluftzeugmeister. Il ne sera pas affecté à une unité en ligne. La tolérance de Goering ne va pas jusque-là.

 

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[1] Version “irakisée” du Hawker Audax dotée d’un moteur Pegasus.

[2] Quinze Douglas-Northrop 8A-4 auraient dû être livrés fin 1940/début 1941, mais la commande a été “détournée” en faveur de l’Aéronautique militaire belge en septembre 1940.

[3] Cette brigade est le noyau de la 10e Division Indienne, qui doit être formée en Irak quand elle disposera de ses trois brigades.

[4] Le mot oléoduc n’a pas encore été forgé.

[5] Soit six compagnies légères, à deux sections de fusiliers voltigeurs avec un groupe de mortiers et mitrailleuses et un groupe de commandement. Livrés en mai 39, leurs robustes camions Citroën P 23 et P 45 4x2, tropicalisés par ajout d’un condensateur sur le circuit de refroidissement, d’une isolation par l’amiante de la cabine et d’une suspension tous-chemins, manquent évidemment d’aisance en tout-terrain.

[6] Transformation effectuée à Alger à la fin de 1940 avec les ailes fabriquées en France en mai et déménagées in extremis.

[7] Il s’agit de fusils antichars britanniques Boys, de calibre 13,97 mm, plus ou moins efficaces contre des blindés légers.

[8] Il porte l’uniforme de Reichswaldverwaltungshochmeiste, puisqu’il est (aussi) Grand-maître de la Régie des Forêts du Reich.

[9] « Ça, ma Luftwaffe peut le faire, bien entendu ! » Goering a déjà eu cette phrase pour convaincre Hitler de lui laisser les mains libres à Dunkerque. Il l’utilisera encore pour lui affirmer que ses aviateurs seront en mesure de ravitailler les troupes encerclées en URSS.

[10] Kinahan Cornwallis a jadis remporté des compétitions de course et même de boxe !

[11] Depuis 1905, les bâtiments de soutien et de ravitaillement de la Royal Navy, les Royal Fleet Auxiliaries, qui relèvent, en théorie, de la marine marchande (Merchant Navy), ne sont pas désignés par les initiales HMS avant leur nom mais par les lettres RFA.

[12] Métis. Littéralement : mélangé.

[13] « Je choisis moi-même qui est Juif ou pas. »